II

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 ❄you are my home, my home for all seasons

Ces mots avaient ôté toute envie à Izuku de débattre davantage. L'ange l'avait remercié, il se sentait tout chose. Une douce chaleur s'était répandue dans sa poitrine. Izuku ne savait pas ce que c'était, mais il la trouva très agréable. Il avait l'impression d'avoir fait un pas en avant dans sa relation avec ce curieux garçon aux cheveux sucre d'orge. Mais Izuku voulait en apprendre plus sur lui. Il voulait savoir pourquoi il parlait tout le temps de la mort, pourquoi il semblait tant différent de lui.

— Dis, est-ce que tu es malade ?

C'était la première fois qu'Izuku découvrait cette expression sur son visage habituellement si froid. Ses yeux s'étaient légèrement écarquillés, tandis que ses petites mains s'étaient raidies sur le rebord de la fenêtre.

— Ma mère arrive, je dois y aller. Au revoir, Izuku.

Comme la dernière fois, il se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre la poignée de la fenêtre et la refermer. Il remit les rideaux en place et disparut à nouveau derrière eux. Izuku se mordit la lèvre, il s'en voulait d'avoir cédé à sa curiosité. Il était clair que Shoto avait des secrets, mais il était sans doute trop tôt pour qu'il les partage avec lui. Il ne fallait pas y aller trop vite. Cet ange semblait aussi fragile qu'un flocon de neige, il fallait lui parler avec précaution pour éviter de l'effacer pour toujours.

Izuku ne voulait pas perdre ce flocon qui faisait fondre son coeur. Il voulait le chérir et le protéger, pas le briser comme un stalactite qui se serait décroché de son support. Il quitta ses deux bonshommes de neige d'un pas penaud. Il reviendrait le lendemain, et le surlendemain, et tous les autres jours. Il voulait le revoir, et il espérait que sa question ne l'ait pas trop brusqué. Heureusement, Shoto n'avait pas eu l'air en colère, simplement surpris. Néanmoins, Izuku ne reprendrait pas le risque de le questionner davantage.

La prochaine fois, il prendrait le temps d'apprendre à le connaître et de se familiariser avec lui avant d'aborder le sujet sur ses secrets.

 ❄❄❄

Un an passa durant lequel Izuku continua de rendre inlassablement visite à Shoto. En hiver, il passait pour reconstruire ses bonshommes de neige qui rapetissaient au fur et à mesure du temps qui s'écoulait. Au printemps, une fois la neige fondue et les premiers bourgeons apparus, Izuku s'était mis à apporter des fleurs des champs qu'il disposait sur le rebord de la fenêtre. Shoto n'avait alors qu'à tendre la main pour attraper les différentes espèces qu'il lui apportait, telles des marguerites, des pensées ou des bleuets.

En été, Izuku remplaçait les fleurs par des fruits. Il lui ramenait des cerises de son jardin, ou des fraises des bois qu'il avait trouvé en chemin. Enfin, les fraises, c'était surtout pour lui: Shoto refusait d'y toucher, prétextant qu'on n'était jamais à l'abri qu'un chien ait eu la fâcheuse idée de se soulager dessus. Alors il ne mangeait que les cerises, mais ça allait à Izuku qui préférait les fraises. Et quand l'automne s'ensuivait, les fruits qui décoraient son rebord de fenêtre étaient à leur tour remplacés par des marrons, des châtaignes ou des feuilles d'érable.

Izuku avait désormais dix ans, et l'année prochaine, il passerait au collège. Il ne marcherait plus devant la maison de Shoto, car le collège se trouvait à l'opposé de son école primaire. Mais Izuku en avait discuté avec Shoto, et il lui avait assuré qu'il passerait quand même après les cours, qu'importe l'heure à laquelle il sortirait. Shoto avait feint l'indifférence, mais au fond, l'ange était content d'avoir autant d'attention.

Le lendemain de ce fameux jour où Izuku avait posé la question de trop, il ne s'était pas attendu à retrouver Shoto à la fenêtre. Il s'était attendu à ce qu'il ne veuille plus lui parler, mais il lui avait jeté le même regard glacial que d'habitude et lancé les mêmes piques désagréables sur ses bonshommes de neige. Izuku avait alors pris la sage décision de ne pas remettre le sujet sur le tapis, et de faire comme si rien de fâcheux ne s'était passé là veille.

Un an avait passé, et ils n'avaient pas reparlé du secret de Shoto. À force de s'interdire de poser des questions trop personnelles, Izuku avait tout simplement fini par oublier qu'il faudrait en reparler, un jour ou l'autre. Toute l'année, il avait profité de pouvoir admirer son ange à travers la fenêtre et de pouvoir lui parler lorsqu'il daignait les ouvrir. Il ne passait pas le voir tous les jours, seulement en semaine lorsqu'il avait cours et qu'il rentrait chez lui seul en fin d'après-midi. Avant, Shoto n'était pas toujours au rendez-vous, mais plus les mois passaient, et plus il attendait avec impatience la visite d'Izuku. Désormais, quand il arrivait au niveau du portail, Shoto avait déjà tiré les rideaux rouges et l'attendait à la fenêtre.

Izuku ne connaissait toujours pas grand chose de cet ange énigmatique. La plupart du temps, ils échangeaient des banalités. Izuku racontait sa journée à l'école, ce qu'il y avait appris et les jeux qu'il avait fait avec ses amis. En échange, Shoto hochait la tête ou se contentait de le taquiner un peu, mais rien de bien méchant. Il n'était pas très loquace, Izuku s'en était rapidement aperçu. La seule chose qui le motivait à ouvrir la bouche était la fâcheuse manie qu'il avait de se moquer de lui. Quand il était question de le tourner en ridicule, Shoto était plus bavard qu'une pie.

Cependant, il arrivait de temps à autre qu'il se laisse aller et lui parle un peu de sa vie. Izuku avait ainsi appris qu'il vivait seul avec sa mère, et que c'était elle qui se chargeait de l'éduquer à domicile. Izuku n'avait pas osé demander pourquoi il n'allait pas à l'école, de peur de le mettre à nouveau mal à l'aise. Voilà pourquoi il n'avait jamais vu personne entrer ou sortir de cette maison: le jour, la femme qui vivait là s'occupait de son fils. Elle devait donc sortir la nuit, lorsqu'Izuku était couché.

SnowmanOù les histoires vivent. Découvrez maintenant