Je courais à nouveau, j'étais à bout de souffle, les soûlards de la taverne à mes trousses. Leurs yeux avaient virés au rouge et leur comportement ressemblait à celui d'une bête sauvage. Le vent me faisait frissonner, le croassement des corbeaux au loin donnait à la forêt une ambiance pesante, mais bon, je n'avais pas vraiment le temps de m'occuper de ça avec ces gens qui me couraient après.
Je peinais à les distancer, certains me rattrapaient et étaient sur le point de m'attraper au col, je tentais de les esquiver par des mouvements brusques. À un moment, l' un deux, un homme à l'apparence d'une personne relativement âgée se mit à quatre pâtes, un son grave me traversait les oreilles, comme si la terre allait s'ouvrir en deux pour nous engloutir, il se mit en position de course et, d'un coup, se propulsa à mon niveau, bien qu'il était à une cinquantaine de mètres derrière moi.
Surpris, je perdis l'équilibre et tomba à la renverse, il se plaça au dessus de moi, de sorte à ce que je ne puisse pas me relever, de la bave coulait de sa bouche pour tâcher mon habit, ses yeux injectés de sang allaient de gauche à droite, de bas en haut, les autres se regroupèrent en cercle autour de nous, ils commencèrent à taper le sol du pied, en suivant le rythme donné par les corbeaux, le son était insoutenable, il occupait l'entièreté de mon cerveau, ça bondissait, ça fracassait, j'étais désorienté, je perdais mes notions premières.
J'étais seul, entouré de ces créatures qui, de leurs pieds, réalisaient une mélodie macabre, en harmonie avec le vent soufflant sur les feuilles des arbres, et les corbeaux annonciateurs de mauvais augure. Le vieil homme me dévisageait, il semblait m'analyser, m'observer. D'un coup, une brume épaisse nous entoura, à l'intérieur d'elle j'entendais des bruits de pas, il y en avait partout, je ne pouvais compter, mais j'avais une certitude, quelque chose se déplaçait à travers le brouillard, une seule chose, bien trop rapide. Les corbeaux s'étaient tus, et où était passé le vent ? Tout semblait s'être arrêté dans cette arène délimitée par la brume.
Les créatures semblaient affolées, elles jetaient des regards terrifiés à la brume, je sentais qu'elles redoutaient la chose à l'intérieur. Mes doutes furent confirmés quand certains d'eux se firent happés par la brume, je ne les entendaient même plus, comme si leurs existences avaient entièrement été effacées, elles disparaissaient chacun leur tour, toutes happées par le brouillard, cela allait il bientôt être mon tour ?
Il ne restait plus que la créature à l'apparence d'un vieux monsieur, les pas à l'intérieur du brouillard s'arrêtèrent et elle sortit, elle était magnifique, façonnée tel une statue, un museau allongé, des dents affûtées, de la fumée sortant de ses tempes, elle semblait être un immense loup, mais différent à la fois, elle s'approcha, me renifla, renifla la créature, et la décapita d'un coup de patte. Elle ne semblait pas s'intéresser à moi. À mon grand soulagement, elle répartie dans son brouillard, qui disparut quelques instant après, laissant apparaître un véritable charnier, des corps entassés partout... Je ne sais pas vraiment comment, ni pourquoi, mais j'étais encore en vie. Ce qui était sûr, c'est que ne retournerait pas à ce village avant longtemps.
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