Chapitre 9

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9.Jay

Lorsque j'arrive chez Grace, en milieu d'après-midi, un sourire béat flotte sur mes lèvres. À dire vrai, je ne me suis pas senti aussi bien depuis un bon moment. Ces derniers mois ont été difficiles. Et même pire que ça, si je dois être tout à fait honnête.

La mort de mon frère m'a profondément secoué. Je mentirais, cependant, en affirmant que nous étions proches. Emmett était l'espoir de la famille Calloway ; l'enfant solide et en parfaite santé qui excellait dans tous les sports ; le soldat destiné à revenir à la maison, auréolé d'une aura de bravoure.

Moi, je ne tenais pas la comparaison. J'étais pourtant doué aussi bien pour les études que sur un terrain de base-ball ou dans une piscine, mais, lorsqu'on m'a diagnostiqué un diabète de type trois à l'âge de 8 ans, j'ai basculé dans la catégorie des « inutiles ». Pas pour mon père. Lui m'a toujours encouragé à suivre ma voie, quelle qu'elle soit. Sauf qu'il est mort quand j'avais 11 ans et que ma mère n'a jamais fait preuve de la même bienveillance.

À ses yeux, Emmett était le seul qui comptait. Et mon frère a largement profité de son statut de fils préféré. Il m'a mené la vie dure pendant des années, rejetant le pauvre gosse extatique que j'étais alors. L'admiration n'a pas duré, pas plus que mon envie de me rapprocher d'un type qui continuait de me jauger de haut à chacune de ses permissions.

Pourtant, à son décès, j'ai regretté ces années à nous éviter. Une nostalgie qui n'atténue en rien l'enfer que me fait vivre ma mère. De fils décevant, je suis devenu l'ultime rescapé d'une famille à la dérive. L'ultime chance, surtout, pour elle, d'associer son nom à la gloire des Calloway.

Diabète ou pas, je n'ai jamais eu aucune envie de m'enrôler dans l'armée. J'aime mon job et ma vie tels qu'ils sont. Je me sens utile, ici, près de ceux que je connais depuis toujours. Ma mère n'a jamais digéré mes choix, mais maintenant qu'Emmett est mort... elle me harcèle. Tantôt pour me reprocher d'être imparfait. Tantôt pour dénigrer mon comportement rebelle. Quant à sa dernière lubie, elle me hérisse carrément le poil, au point que je l'évite à chaque fois que je croise son chemin.

— Bon, déclare Finn en me tirant de mes réflexions intérieures, je pense que le meilleur endroit pour installer le mobil home, c'est juste là.

Du doigt, il m'indique une zone sur la droite du manoir, encombrée par les mauvaises herbes, mais assez plate pour représenter le socle idéal. Et la proximité avec la maison garantit un accès facilité à l'eau et à l'électricité.

— OK, parfait, abondé-je en manœuvrant avec adresse.

Le bruit finit par attirer Grace, Cassidy et Didi. Elles émergent d'une porte latérale qui, d'après les meubles visibles, donne sur la cuisine. Je termine de positionner le mobil home près d'une rangée d'arbres, puis, une fois satisfait, je coupe le contact et saute au bas de mon pick-up.

Si Didi nous accueille avec un sourire éclatant, Cassidy tire la gueule. Évidemment, elle sait que je l'ai démasquée. J'ai vite compris que la personne qui volait dans le coin était avant tout affamée. Quand j'ai découvert que Cassidy était à l'origine de ces larcins, j'ai convaincu les voisins de ne pas porter plainte. Ce qui m'intrigue, cependant, c'est la cause de ce comportement, même si l'absence de Beverly l'explique certainement. En fait, je ne peux pas croire qu'elle ait laissé ses deux filles au manoir, seules, poussant son aînée à marauder pour avoir de quoi manger, mais j'ai du mal à analyser autrement les événements.

Heureusement, la présence de Grace va rétablir les choses, même si je compte bien obtenir quelques éclaircissements sur la situation. Mais pas aujourd'hui, avisé-je en la détaillant.

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