Ksenia avait mis plusieurs secondes avant de prendre une décision. Elle était finalement entrée dans la chambre 410, celle qu'elle s'apprêtait à visiter. Puisqu'elle seule possédait le pass permettant de déverrouiller toutes les pièces, il était peu probable que l'intrus essaie de forcer les portes fermées. Par prudence, elle s'était tout de même cachée dans la grande armoire à panneaux coulissants qui meublait la chambre à coucher. Elle se rendait bien compte que c'était une réaction digne de la jeune fille ingénue pourchassée par de sombres inconnus, mais honnêtement, elle ne voyait pas dans quelle autre cachette elle aurait pu se terrer. Elle avait laissé quelques centimètres de jour entre la porte coulissante et le bord de l'armoire, lui donnant ainsi la possibilité d'apercevoir une petite partie de la pièce. Le placard ne contenait pas grand-chose si ce n'était des cintres, ainsi qu'un énorme manteau de fourrure. A en juger par sa couleur beige, il devait être fait avec du renard. Enfin, c'était ce que Ksenia supposait – elle n'était pas une grande adepte de ce genre de vêtements. Beaucoup trop encombrant et ostentatoire à son goût. Elle se souvenait que Natalia en possédait un, mais de couleur grise. Il était beaucoup moins tape-à-l'œil et la jeune femme n'était pas sûre de l'authenticité de la fourrure, ce qui n'était sans doute pas plus mal. Quoi qu'au vu des ressources de son mari, ce n'était pas impossible que le manteau de Natalia fût effectivement fait avec des petits animaux tués spécialement pour leur pelage.
Ksenia secoua la tête. Accroupie dans la pénombre du placard, elle pestait intérieurement. Cela ne lui ressemblait pas de perdre ses moyens de la sorte. Vivre seule, sans côtoyer de réel danger pendant quelques semaines l'avait psychologiquement ramollie.
Plongée dans ses réflexions, la jeune femme n'entendit pas tout de suite les bruits sourds qui venaient du couloir. Etre cachée dans la pénombre du placard lui rappelait ses parties de jeu avec Natalia lorsqu'elles étaient plus petites. Ksenia avait un don pour trouver les cachettes les plus improbables – en tout cas, sa meilleure amie la trouvait rarement. Et maintenant que ça te serait utile, tout ce qui t'es venu à l'esprit, c'est l'armoire. Génial, se réprimanda-t-elle intérieurement.
La porte de la chambre s'ouvrit avec fracas. Dans son armoire, Ksenia ne put s'empêcher de sursauter. Il fallait une sacrée force pour défoncer une porte pareille ! L'intrus devait être accompagné. En effet, même s'il avait utilisé un bélier semblable à ceux dont usent les forces de police et qui pouvait être manié par un seul homme, sa taille restait imposante, et elle ne voyait pas comment l'individu pourrait transporter autre chose. Il y avait également une seconde possibilité, plus inquiétante. L'intrus pouvait agir seul. Cette dernière option signifiait que la personne qui s'était introduite dans l'hôtel était infectée, et avait développé une force surhumaine.
« Ces chambres sont toutes aussi grandes les unes que les autres ! », s'exclama une voix masculine.
« Ouais, bah elles sont pas très remplies en tout cas, répondit une voix grave et renfrognée. On n'a rien trouvé d'intéressant depuis tout à l'heure. »
Ksenia se tortilla dans son placard pour essayer d'apercevoir à qui appartenaient ces deux voix. C'était trasans aucun doute des hommes, à en juger par leurs timbres.
« Bon, tu fouilles à gauche, reprit la seconde voix. Si on trouve rien, on fait une chambre de plus et on repart. On va pas s'amuser à visiter toutes les pièces de cet hôtel.
- Ouais, Neri comprendra », acquiesça celui à qui appartenait la deuxième voix.
Les quelques secondes de silence qui suivirent firent comprendre à Ksenia que les deux hommes s'étaient séparés et allaient maintenant fouiller la pièce chacun de leur côté. Elle se releva le plus doucement possible pour ne pas faire de bruit. Son cœur battait la chamade. Calme-toi, s'intima-t-elle. Tu respires un grand coup, et s'il ouvre la porte, tu lui assènes un mawashi-geri pour le mettre à terre. Pas de panique.
