Tegan avait décidé que Xever et lui passeraient une dernière nuit dans la maison avant de partir sur la route le lendemain. Le jeune homme mourrait d'en savoir plus sur l'adolescent, mais il avait peur de mettre Xever dans une situation délicate. Lui qui détestait les effusions de sentiments, il n'avait pas envie que le petit blond se mette à pleurer comme la dernière fois. Il s'était donc tu et avait fait de son mieux pour qu'ils passent ensemble une agréable soirée.
Ils s'étaient mis en route dès les premières lueurs du jour. Ils formaient un duo singulier : un jeune homme au regard et aux cheveux noirs, la démarche flegmatique, flanqué d'un petit collégien à la crinière blonde bouclée et aux lunettes trop grandes pour son visage enfantin. Xever portait sur son dos un sac qui était presque aussi grand et gros que lui, et cette vision ne cessait de faire sourire Tegan.
Petit dernier de la famille, il comprenait enfin ce que c'était que d'être un grand frère.
Tout au long de leur marche, le plus jeune ne cessait de parler. Il avait des connaissances sur tout un tas de sujets et Tegan, même s'il essayait de ne pas le montrer, était impressionné. Malgré sa grande culture, Xever n'était encore qu'un enfant, et il faisait parfois preuve d'une naïveté touchante. Avant de s'arrêter pour la nuit, les deux garçons faisaient toujours un petit tour dans les quelques maisons qui les entouraient. Xever ne comprenait pas toujours pourquoi Tegan tenait tant à ce rituel. Pour l'adolescent, la quantité de denrées qu'ils avaient accumulée jusqu'alors lui semblait suffisante, et il trouvait cela inutile de se charger « pour rien ». Lorsque Tegan lui expliquait qu'il fallait faire des réserves pour les jours où ils ne dénicheraient rien, il s'exclamait : « Mais ce n'est pas la peine ! On trouvera toujours de quoi manger dans les maisons ! ».
Il est vrai que pour le moment, ils avaient eu de la chance. Chaque expédition nocturne se soldait par une victoire. Eau en bouteille, boîtes de conserve, ils trouvaient chaque soir de quoi augmenter leur stock. Cependant, Tegan n'était pas aussi optimiste que son compagnon de voyage. Il savait qu'ils leur faudrait quitter la ville pour pouvoir avancer. Xever avait beau avoir une mémoire motrice exceptionnelle, il avait tout de même de sérieux doutes sur sa capacité à pouvoir chasser du gibier en pleine nature, lui qui avait toujours vécu en ville.
Cette réflexion le mena à repenser au Beretta. Bien caché au fond de son sac à dos, Tegan lui avait préféré un robuste bâton de marche déniché dans quelque maison. Il avait également un couteau de combat qui comportait quatre anneaux où l'on pouvait insérer les doigts afin de rendre la prise en main plus facile. Il avait laissé le santoku dans la maison, avant de partir. L'ustensile japonais, avec sa lame trop grande, n'était pas aisé à transporter, et Tegan en avait plus peur qu'autre chose. Il aurait voulu laisser le Beretta 92 sur place également, mais, poussé par une petite voix intérieure, il l'avait tout de même pris. Il espérait ne jamais avoir à s'en servir. Xever, quant à lui, avait jeté son dévolu sur un couteau papillon et s'amusait à lui imprimer des mouvements de rotation autour de son pouce. Tegan était à la fois impressionné par la technicité du jeune homme et effrayé qu'il s'entaille la main. Ce dernier lui avait dit en riant qu'il avait vu ces tours dans un film d'action et donc, qu'avec sa mémoire, il avait retenu les enchaînements et qu'il n'y avait aucun risque pour qu'il se blesse. Tegan se disait souvent que, mentalement, c'était Xever qui avait vingt ans, et lui treize.
A peine une semaine après être partis de la zone pavillonnaire dans laquelle Tegan avait élu résidence, les deux garçons se retrouvèrent à la sortie de la zone urbaine. Jusqu'ici, ils avaient pu enchaîner différents villages, passant de la grande ville à des bourgades où les habitations étaient de plus en plus espacées. Tout au long de leur marche, ils n'avaient rencontré personne. Le Virus avait bien fait son boulot, songeait souvent Tegan. Ils n'étaient même pas tombés sur des animaux. Pourtant, les chats errants ne devaient pas manquer. Il y en avait déjà tant avant que tout cela ne se produise ! Le jeune homme avait demandé son avis à Xever qui, pour une fois, n'avait pas pu lui fournir d'explication satisfaisante.
