Chapitre 1 : Son nom

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Cette vision lui donna des sueurs froides. Était-ce un souvenir ou tout simplement un rêve éveillé ?
Oui. Peut-être que s’il se rendormait et se réveillait, toute cette situation pour le moins perturbante s’envolerait et il se souviendrait à nouveau.

Il s’allongea sur le canapé et essaya de s’endormir. Mais à chaque fois qu’il fermait les yeux, il revoyait cette scène.
Il chercha alors un trousseau de clés, qu’il trouva dans le réfrigérateur. Que faisaient-elles là ? Mais surtout, pourquoi semblaient-elles ensanglantées ? Il les lâcha d’un seul coup, surpris et effrayé. Étaient-elles à lui ? Et pourquoi tout ce sang se trouvait-il dessus ?

Affolé, il les passa sous l’eau chaude et les frotta vivement, comme s’il avait été l’auteur d’un crime. Était-ce le cas ? Non. Il n’aurait jamais pu faire cela.

Il descendit dans le hall de l’immeuble pour chercher d’autres indices. Peut-être que quelqu’un le connaissait ? Son courrier pourrait sûrement l’aider à se rappeler.

Lorsqu’il fut en bas, il se sentit complètement perdu. Il s’approcha doucement des boîtes aux lettres, penchant légèrement la tête sur le côté, et passa son doigt sur chaque nom qui s’y trouvait inscrit. Laquelle était à lui ?
Il essaya toutes les clés de son trousseau, mais aucune ne sembla fonctionner. Il n’habitait peut-être tout simplement pas ici.

Il croisa alors un de ses voisins qui rentrait chez lui. C’était un vieil homme à l’air bourru et peu aimable, un journal enroulé sous le bras et les lunettes posées sur le bout de son nez aquilin.

— Bonjour… dit-il hésitant. Excusez-moi, mais par hasard, je me demandais si vous me connaissiez.

— Oh oui ! répondit le voisin en le regardant par-dessus ses lunettes rondes et en prenant son journal pour lui taper sur la tête. La prochaine fois que vous faites autant de bruit, j’appelle la police ! Entendu ?

— Heu… oui ? Mais…

Le vieil homme était déjà monté dans l’ascenseur, et les portes s’étaient refermées avant qu’il n’ait le temps de demander quoi que ce soit d’autre.
Il soupira longuement, pinçant l’arête de son nez entre ses doigts, puis lâcha un bref rire nerveux. Il regarda longuement à travers la porte vitrée et finit par se résigner.

Il rentra chez lui, dépité.

Il but un grand verre d’eau fraîche lorsqu’un téléphone sonna. Il se précipita à sa recherche et finit par le trouver avant que la sonnerie ne s’arrête.

— Hé, Diaz ! J’peux savoir c’que tu fous ? hurla la voix au téléphone.

— Diaz ? C’est… mon nom ?

— Non mais tu te fous d’moi en plus ? Ramène tes fesses ici illico ou j’te vire !

— Attendez ! Donnez-moi l’adresse et j’arrive !

L’homme au téléphone lui donna ce qu’il demandait, et il s’y précipita sans même prendre le temps de se changer.

Il arriva devant un petit boui-boui de poulet frit. Un homme l’attendait derrière le comptoir. Grand, charnu, de carrure imposante et chauve.

— J’peux savoir à quoi tu joues ? demanda-t-il. Tu t’es regardé ? Tu peux pas bosser comme ça !

Il ne répondit pas, se contentant de baisser la tête, complètement perdu.
Alors c’était ici qu’il travaillait ? Dans ce cas, le bel appartement d’où il venait ne pouvait décemment pas être à lui.
Ses jambes se dérobèrent et il se sentit tomber au sol.

— P’tit ? Réo ! Hé, Réo ! Qu’est-ce que tu m’fais ? Reste avec moi !

Ce fut la dernière chose qu’il entendit avant de perdre à nouveau connaissance.

Mais il eut un léger sourire sur les lèvres.

Réo Diaz.

Maintenant, il connaissait son nom.

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