Réo devint de plus en plus nerveux à mesure que les jours passaient. Il cauchemardait fréquemment, et l’angoisse de ces rêves se transforma petit à petit en insomnies. Cela devenait difficile pour Charlie, qui le voyait décliner au fur et à mesure dans une sombre dépression. Il avait déjà entendu parler de cette maladie, mais la vivre était une autre histoire.
Plus rien ne motivait le jeune homme, qui peinait à rester éveillé en journée. Évidemment, Charlie ne pouvait pas lui demander de revenir travailler au restaurant. Mais il essayait, autant qu’il le pouvait, de sortir Réo de son apathie.
Les jours passèrent, et le moment de sa première séance d’hypnose avec le docteur Van Gebruik arriva. Charlie aussi était nerveux, ce jour-là.
— Bien, fit Cassandre en replaçant ses lunettes. Monsieur Diaz, comment allez-vous ces derniers jours ?
— Je suis angoissé. J’ai peur de dormir la nuit.
— D’accord. Et est-ce que les médicaments que je vous ai donnés vous aident à vous calmer ?
— Je… Je ne les ai pas pris.
— Pourquoi ne les prenez-vous pas ?
— J’ai… j’ai peur des effets qu’ils peuvent avoir sur moi.
— Intéressant… murmura-t-elle tout en griffonnant sur son calepin. Qu’est-ce qui vous effraie à ce point, Réo ?
— Je ne sais pas. Beaucoup de choses. Il y a l’addiction, les effets secondaires… et si ça ne fonctionne pas ? À quoi bon les prendre ?
— Ce que je vous ai prescrit est très léger, et les risques d’addiction sont minimes. Mais si vous ne les prenez pas, comment pourriez-vous savoir s’ils fonctionnent ?
— C’est vrai… Vous avez sûrement raison. Mais lorsque je regarde les cachets, il y a quelque chose en moi qui me dit que c’est une mauvaise idée…
— Essayez tout de même de les prendre, d’accord ? Et s’ils ne vous conviennent pas, nous aviserons. Vous voyez toujours cet homme dans vos rêves ?
— Oui. Sans arrêt. J’ai vraiment la trouille…
— Bien. Je vous propose de vous installer confortablement sur la méridienne à côté. Nous allons essayer de déterminer pourquoi vous avez aussi peur de cet homme, et qui il est.
Réo s’installa. Il ne croyait pas vraiment que tout ceci puisse fonctionner. En réalité, il avait même l’impression qu’il pourrait s’endormir à tout moment, et que les cinquante billets que Charlie avait généreusement payés étaient du gâchis.
— Bien. Fermez les yeux et concentrez-vous uniquement sur ma voix. Vous inspirez… Expirez… Vous êtes dans un endroit qui vous apaise. Vous ne risquez rien du tout. Continuez d’inspirer et d’expirer. Maintenant, vous êtes devant l’immeuble où se trouve l’appartement dans lequel vous voyez souvent cet homme. Que voyez-vous ?
— Je… Je vois l’entrée avec la porte vitrée. Il y a le vieux voisin qui sort de chez lui avec son chien.
— Quel genre de chien a-t-il ?
— Je ne sais pas. Je ne connais pas trop les chiens. Ils me font peur.
— D’accord. Alors que ressentez-vous derrière cette porte ?
— Je suis nerveux. Je regarde en l’air. L’immeuble est immense, et je me sens vraiment tout petit. Regarder vers le haut me donne le vertige.
— Inspirez profondément et expirez lentement… Voila. Maintenant, vous allez entrer dans cet immeuble et prendre l’ascenseur jusqu’à la porte de l’appartement. Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit, là, maintenant ?
— C’est… comme le soir de la fête.
— Bien. Donc vous allez vous amuser, n’est-ce pas ?
— Je devrais. Mais je dois rencontrer une fille qui s’appelle Lily. Nate et Kader m’ont arrangé une rencontre avec elle.
— Qui sont ces personnes ?
— Des amis. Je crois… Je ne suis pas sûr. Et Lily est une fille que j’ai rencontrée je ne sais plus où…
— Très bien. Maintenant, entrez. N’oubliez pas : dès que vous vous sentez nerveux, inspirez et expirez profondément. Je suis à côté de vous, vous ne risquez rien.
Réo entra dans l’appartement. Nate, un grand blond sportif et musclé juste comme il faut, vint l’accueillir.
— Voilà le héros du jour ! se moqua-t-il en lui faisant une accolade.
— Oh, arrête ! Tu sais bien que je veux juste faire sa connaissance ! répliqua Réo.
— Mais bien sûr ! On te croit ! Tu fantasmes sur elle depuis des semaines, et tu nous sors ton discours romantique ? T’es quoi, un prince charmant ?
Hé, Kader ! Attends que je te raconte ce que Réo vient de me dire !
Le jeune sportif alla à la rencontre d’un autre homme au visage mat, et tous deux rigolèrent tout en buvant de la bière et en mangeant de la pizza froide. Réo râla.
— Sans déconner ? De la bière et une pauvre pizza dégueulasse, c’est tout ce que vous avez trouvé pour faire la fête ?
— Oh, c’est pas vrai… Me dis pas que tu aurais voulu du champagne et du camembert comme dans les films ? répondit Kader.
— Ben non, mais quand même… Y a des limites… Je vais commander de la friture, du soda et du vin, ça fera déjà mieux !
— Oh, j’hallucine ! Il est tout nerveux, ahahah ! rigola Nate.
La soirée passa, et Lily arriva, accompagnée d’une petite rousse aux cheveux longs et bouclés qui affichait un air très sérieux. Derrière elles se tenait cet homme.
Oui. Cet homme qui lui faisait tellement peur.
Il était grand, sec, le regard froid. Très propre sur lui, habillé d’une chemise noire et d’un jean. Ses cheveux châtains étaient parfaitement coiffés, et ses yeux verts le toisaient de haut en bas.
— Il est là ! cria-t-il, effrayé. Il est devant moi !
— Réo, calmez-vous ! Souvenez-vous : vous ne risquez rien. Comment est-il ? Le voyez-vous clairement ?
— Il est juste devant moi. Je le vois très bien. Et il me fixe avec ses yeux verts !
— Bien. Essayez de lui parler. Essayez de savoir qui il est.
Réo lui tendit sa main tremblante. Mais l’homme ne la saisit pas. À la place, il se forgea un large sourire lugubre, dévoilant une dentition parfaite, et lui dit d’une voix enjouée :
— Salut, Réo. Comme on se retrouve.
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Amnesia
Misteri / ThrillerLorsqu'il se réveille, tous ses souvenirs ont disparu... et pourtant ceux-ci révéleront petit à petit un secret bien gardé.
