Chapitre 13 : Borderline

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Les regards de Gaby et Stan se croisèrent. Tout ce qu’ils avaient n’était qu’un nom et une vague description de ce dénommé Ethan. Quel était son nom de famille ? Son lieu de résidence ? Ils avaient fouillé les moindres pistes, les moindres indices, mais rien n’avait jamais prouvé que cet homme était bien réel, comme s’il n’était qu’un fantôme ou, pire encore, un faux témoignage les conduisant vers une personne qui n’existait pas.

Malgré tout, l’attitude de Réo ne laissait entrevoir ni mauvaise volonté ni mensonge. La question se posait alors : si cet Ethan était réellement son meilleur ami, pourquoi ne pouvait-il donner le moindre renseignement en dehors de son prénom ?

Les deux agents étaient perdus. Ils ne savaient plus vraiment que croire entre les paroles d’un individu un peu paumé aux souvenirs flous et la conviction qu’il cachait quelque chose d’important. Couvrirait-il quelqu’un ? Ou lui-même ?
Toutes ces questions se bousculaient dans leurs têtes. En voyant l’hésitation persistante de Gaby, Stan reprit avec professionnalisme :

— C’est bien d’être venu nous dire la vérité, monsieur… Diaz. Mais une chose me chiffonne : que pouvez-vous nous dire de plus qui pourrait nous aider dans notre enquête ? Un nom de famille, par exemple ? Une preuve orale enregistrée ou écrite ? Une photo ? Sans ça… nous sommes un peu dans l’impasse.

— Je… Je ne me souviens pas de son nom de famille ni de son adresse. Mais nous nous sommes retrouvés au bar Le Chat Noir hier matin. Peut-être que le barman pourra mieux vous renseigner ? Ethan avait l’air de bien connaître l’endroit…

— Au… bar… Le… Chat… Noir…, récita Stan en notant mot pour mot les réponses de Réo.

— Bien, intervint Gaby. Nous ferons un tour là-bas. En attendant, essayez de vous renseigner auprès de lui pour nous donner le plus d’indices possible. En toute discrétion, bien entendu.

— Je ferai de mon mieux pour vous aider.

Réo se leva, salua les deux agents et s’en alla. Il se sentait soulagé d’un poids. Il savait qu’il n’aurait jamais pu continuer sa vie en cachant un secret pareil. Oui, ce qu’il avait fait était nécessaire. Mais alors, pourquoi éprouvait-il autant de culpabilité ?

Il soupira longuement et finit par sortir son téléphone de sa poche pour envoyer trois simples mots à son ami : Je suis désolé.

Au moment même où il s’apprêtait à appuyer sur la touche d’envoi, un numéro qu’il ne connaissait que trop bien s’afficha sur l’écran.

— Madame Van Gebruik ? répondit-il.

— Monsieur Diaz, je sais que vous ne souhaitez plus refaire de séance, mais il me paraît important que vous reveniez à mon cabinet, lui dit-elle d’une voix douce. Quelle que soit cette personne qui vous effraie, nous trouverons une solution, je vous le promets.

— Et s’il s’en prenait à vous ? Auriez-vous le même discours ? Il m’a clairement dit qu’il n’hésiterait pas à vous faire du mal si je continue…

— Vous n’avez pas à vous inquiéter de cela. Tout ira bien pour moi. Faites-moi confiance.

— Franchement… j’ai peur pour vous.

— Écoutez, je suis libre dans environ dix minutes. Est-ce que ce serait possible pour vous de venir me voir ?

— D’accord… puisque vous insistez. Mais pas d’hypnose.

— Ce sera juste une discussion entre vous et moi. Personne d’autre.

Il raccrocha sans rien dire, déçu de ne pas réussir à dire non quand il le fallait. Et si Ethan venait à être au courant de cet entretien ? Que dirait-il ? Mais surtout, que ferait-il ?

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