Chapitre 6 : 1502

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— Dis donc, Gaby… Tu crois pas que tu en fais un peu trop ? Je veux dire, ce qu’il nous a raconté n’avait aucun sens. Si tu veux mon avis, c’est l’asile qui l’attend.

— Stan. En tant que flics, il est de notre devoir de fouiller toutes les pistes qu’on nous donne, qu’elles soient foireuses ou non. Si Réo Diaz pense que cet homme a un quelconque rôle à jouer dans la disparition de Smith, alors on doit enquêter.

— Tu crois que le capitaine va accepter ?

— Ça… c’est une autre histoire… J’espère qu’il est de bonne humeur…

Gabrielle posa son mug rempli presque à ras bord de café noir, le regard rivé sur la photo de Nate. Elle se demandait ce qui était advenu du jeune homme. Et surtout pourquoi il avait disparu, et qui était à l’origine de sa disparition.

Tout se bousculait dans ses pensées. Elle relut ensuite la déposition de Réo. Et si ce mystérieux inconnu était l’origine de tout ? Elle prit une grande gorgée de café et inspira profondément avant de finalement se lever et se diriger droit vers le bureau du capitaine, dossier en main, accompagnée de Stanley.






Cet après-midi-là, Réo retourna à l’appartement dans lequel il s’était réveillé, bien décidé à trouver des preuves qui incrimineraient directement cet homme qui le tourmentait. Il s’engouffra dans le hall de l’immeuble, la peur au ventre.

Et s’il s’était trompé ?

— Impossible, pensa-t-il.

Il appuya lentement sur le bouton de l’ascenseur qui descendait déjà, le regard dans le vide. Il se demandait ce qu’il pouvait bien avoir à faire dans cette histoire. Pourquoi ses souvenirs s’étaient-ils envolés ? Et comment un homme qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam avait bien pu le rendre amnésique ?

La réponse, selon lui, ne pouvait se trouver que dans l’appartement 1502.
Lorsque l’ascenseur arriva enfin et que les portes s’ouvrirent, il tomba nez à nez avec le vieux voisin qu’il avait rencontré lors de son réveil. Celui-ci le reconnut et grommela un bonjour à peine audible.
Il passa devant Réo, qui le regardait d’un air étonné, lorsque le jeune homme l’interpella :

— S’il vous plaît, monsieur, attendez !

— Quoi ? Vous me voulez quoi ?

— Je voulais vous demander… pouvez-vous me dire ce qui s’est passé le mois dernier ? Vous vous souvenez ? Le jour où je vous ai demandé qui j’étais…

— Tout ce que je sais, c’est que ce soir-là j’ai entendu des hurlements. Vous vous disputiez sûrement… Et puis il y a eu comme un bruit sourd. Après, il y a eu plein d’autres bruits étranges. Mais bon, il y avait la musique à fond, alors c’était peut-être mon imagination. Ça vous va comme réponse ?

— Oui. Merci beaucoup pour votre aide.

— Alors ne venez plus me déranger. Sinon, j’appelle la police.

Le vieil homme sortit du bâtiment et Réo entra dans l’ascenseur. Une boule d’angoisse se forma dans son estomac.

Qu’allait-il découvrir là-bas ?

Il regarda les étages défiler sur l’écran.
10… 11…

L’ascenseur semblait prendre une éternité à monter, comme si le temps s’était arrêté.

13… 14…

Plus qu’un étage.

Mais alors qu’il allait enfin arriver, l’ascenseur s’arrêta brusquement et la lumière chaude et apaisante qui illuminait l’habitacle s’éteignit d’un seul coup.

— Je t’avais pourtant prévenu de ne pas chercher de réponses, Réo, fit une voix sortant de l’interphone.

— Qui… qui êtes-vous ?

— Enfin… tu ne me reconnais pas ? Rappelle-toi donc ta petite séance d’hypnose avec cette femme magnifique. Ah ah.

— Vous ! Qu’est-ce que vous me voulez ?

— Je veux que tu te sortes cette histoire de la tête. Ou sinon… il y aura une victime. Et puis non ! Il y en aura bien une. Après tout, je t’avais prévenu.

— Comment ça ? À qui allez-vous vous en prendre ?

— …

— Hé ! Répondez !

— …

Seul un grésillement se fit entendre.
L’homme l’avait piégé.

L’angoisse monta encore petit à petit, et il commença à perdre pied, enfermé dans cette cage d’ascenseur.

— Répondez-moi ! hurla-t-il en tapant sur le clavier aussi fort qu’il le put.

Mais aucune réponse.

Il était parti.

La lampe se ralluma et l’ascenseur s’ouvrit finalement devant l’appartement. Il en sortit trempé de sueur, tremblant et suffocant. Il regarda la porte du 1502 un très long moment, une main sur la poignée, les clés dans l’autre.

Il lui fallut tout le courage du monde pour entrer.

Tout était calme. Le silence en était assourdissant, et il fut aussitôt pris d’acouphènes désagréables.





— Non, non et non, Ambrose. N’insistez pas, dit le capitaine sur un ton sec. Vos dernières frasques nous ont bien mis dans la panade ces derniers mois, et nous avons perdu trop de crédibilité. Et maintenant, vous me demandez d’ouvrir une enquête sur une disparition supposée ?

— Monsieur, cette fois je suis certaine d’avoir raison. Quelque chose me dit que toute cette histoire est bien plus complexe qu’il n’y paraît ! insista Gabrielle.

— Je vous préviens, Ambrose. Si vous vous ratez, cette fois je vous mets à la circulation pour le restant de vos jours ! Amenez-moi une preuve. Une seule, et je vous donne mon accord.

— Merci, capitaine ! jubila Gabrielle.

— Vous avez deux semaines. Pas plus.
Déterminée, l’agent Ambrose et son stagiaire retournèrent à leur bureau avec la sensation d’avoir gagné le gros lot.

Puis la radio grésilla.

— Agent Ambrose ? Ici l’agent Martinez. Nous avons un cadavre à l’appartement 1501, bâtiment 7, rue X.

Gabrielle et Stanley se regardèrent, interloqués, puis enfilèrent leurs vestes et sortirent en trombe du commissariat.

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