Chapitre 16 : Garde mon secret.

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« Salut Réo.

C'est Ethan.

Tu ne me réponds pas, alors j'imagine que tu es occupé avec la belle Cassandre. Comment vas-tu ces derniers temps ?

Moi, je prends des vacances. Loin de tout, loin de toi. Je prends du bon temps, mais tu me manques. Enfin... c'est juste que ça fait un bail qu'on n'a plus vraiment parlé, toi et moi.

Toujours à la recherche de tes souvenirs ? Je vais peut-être t'aider un peu, finalement. Tout bien réfléchi, il y a certaines choses dont il serait bon que tu te souviennes.

Je ne te parle pas de choses banales, comme le goût d'un gâteau d'anniversaire ou la musique que tu écoutais en boucle pendant ton adolescence. Non. Je te parle de quelque chose qui va sûrement bouleverser le cours de ta vie. Et de la mienne.

Je parle de quelque chose qui va me rapprocher de toi, que tu le veuilles ou non.

Je ne sais pas exactement ce dont tu te souviens. Mais tu n'as pas pu oublier cet été-là, quand on avait sept ou huit ans. Il faisait si chaud. Et les orages ne cessaient d'éclater.

À cause de ça, on passait le plus clair de notre temps enfermés sous la clim', à regarder des mangas. Je t'avais même apporté ma collection de cartes Magic, et tu me suppliais de t'en donner. Tu adorais ce jeu. Tu n'as pas arrêté de me harceler pour les avoir, même celles que je préférais.

Mais ça ne me faisait rien. Après tout, je ne te l'ai jamais dit, mais elles étaient pour toi.

On a joué tout l'après-midi.

Mais le lendemain, on s'ennuyait. Il pleuvait encore à verse. On ne pouvait pas jouer dehors, alors on s'est occupés comme on pouvait. Au bout d'un moment, on en a eu assez de rester enfermés.

C'est là que j'ai proposé qu'on aille dans la cabane, dans l'arbre au fond du jardin.
En y repensant, ce n'était vraiment pas une bonne idée.

On s'est fait choper par ton père alors qu'on essayait de sortir. On a bien essayé de lui expliquer qu'on s'ennuyait, qu'on voulait aller dehors... Il nous a hurlé dessus. Il disait qu'on n'était pas normaux.

Il demandait à Dieu pourquoi son gosse était comme ça. Pourquoi il n'était pas comme les autres. Pourquoi on était ce qu'on était.

Tu n'as pas pu oublier la dispute qui a suivi.

On était dans ta chambre et on écoutait ce qui se passait derrière la porte. Ta mère prenait notre défense. Ton père, lui, nous blâmait.

Tu t'es mis à pleurer. À te demander ce qui n'allait pas chez toi. Si tes parents s'aimaient encore. Et si toutes leurs disputes étaient de ta faute.

Et moi, je te consolais.

Je ne pouvais pas te dire grand-chose. Après tout, moi non plus, je ne comprenais rien à ces histoires.

Mais maintenant, toi et moi, on est adultes.

Et on sait.

Enfin... moi, je sais.

Je sais que tout cela n'était pas de ta faute. Leur divorce, l'abandon de ton père, la mélancolie de ta mère, les croyances malsaines de tes grands-parents... rien de tout ça n'était de ta faute.

Tu as sans doute refoulé cette culpabilité, cette tristesse, ce sentiment que tu n'aurais jamais dû venir au monde.
Mais moi, je te le dis, Réo : rien de tout ça n'est de ta faute.

Et je te le redirai autant de fois qu'il le faudra pour que tu exorcises tout ça.

C'est peut-être une mauvaise idée de te parler de tout ça. Mais un jour viendra où tes souvenirs reviendront. Tu revivras ces sensations douloureuses, et tu te sentiras à nouveau seul et abandonné.

Mais Réo, dans ces moments-là, souviens-toi que moi, je suis là.

Je garde ton secret. Et tu gardes le mien.
Oui. Même si en ce moment je suis loin de tout, loin de toi... si tu as besoin de moi, alors je serai là. Et je le serai toujours.

J'espère que nous reparlerons très bientôt. Et que cette fois, tu me répondras.

À bientôt, Réo.

Et n'oublie pas : rien de tout ça n'est de ta faute. »

Amnesia Où les histoires vivent. Découvrez maintenant