Chapitre 11 : Le corps sous le ponton

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Toutes les chaînes de télévision ne diffusaient plus que cela à l’heure des informations. La nouvelle choqua le pays tout entier : un corps avait été retrouvé sous un ponton, près des quais de débarquement des bateaux de transport de marchandises.

Un marin, qui avait décidé de prendre une pause, s’était assis au bord du ponton, admirant le bleu de l’océan et les vagues qui déferlaient avec panache, s’écrasant contre le muret et les coques des navires. Il avait allumé une cigarette d’un paquet acheté au prix fort à l’étranger lorsqu’il aperçut, flottant sous ses pieds, plusieurs sacs noirs. Cela lui parut suspect.

Lors de son interview, il déclara aux médias :

— J’ai trouvé ça bizarre, alors je suis allé les repêcher. J’en ai ouvert un… et je suis tombé sur ce cadavre.

Encore sous le choc, il avait du mal à rassembler ses pensées et tremblait comme une feuille. Lorsque la police arriva sur les lieux, il fut conduit au commissariat afin de recueillir sa déposition.

Le corps avait été découpé et dispersé dans plusieurs sacs-poubelle. Sur le terrain, Gabrielle Ambrose et son assistant observaient la dépouille avec désarroi. Après avoir passé autant de temps dans l’eau, le cadavre était méconnaissable, rendant toute identification visuelle impossible. Une odeur infâme avait envahi les environs et Stan, malgré les deux mois passés aux côtés de Gaby, n’y était toujours pas habitué : il s’éloigna de quelques mètres.
Le corps fut immédiatement envoyé à la morgue afin de déterminer la cause du décès et, avec un peu de chance, de trouver un indice pouvant mener à un suspect.

— À vue de nez, et au vu des coupures nettes, le tueur n’en est pas à son coup d’essai, confia le médecin légiste à l’inspectrice Ambrose. Il a une précision presque chirurgicale. Les membres ont été sectionnés au niveau des articulations. C’est tout ce que je peux affirmer pour le moment.

Les deux agents retournèrent à leur bureau, décontenancés par cette découverte abjecte. Non seulement ils avaient désormais un meurtre particulièrement violent sur les bras, mais l’enquête déclenchée par le signalement de Réo avait été avortée faute de preuves suffisantes permettant d’établir un danger réel.

Pourtant, sans vraiment savoir pourquoi, Gaby et Stan ressentaient une intuition dérangeante. Pour eux, l’homme décrit par le jeune Diaz était forcément lié à ce crime. Restait à le prouver. Et pour cela, ils avaient besoin de Réo.

Sans attendre, ils le convoquèrent afin de recueillir son témoignage. Mais rien ne se déroula comme prévu.

— Je ne peux rien vous dire à son sujet, déclara Réo, désormais incapable de trahir Ethan, dont il connaissait pourtant les véritables intentions. Cela fait un moment que je ne l’ai plus revu.

— Depuis combien de temps n’est-il plus réapparu ? demanda Stan en prenant des notes sur son ordinateur portable.

— Quelques semaines, je dirais. Il a disparu du jour au lendemain.

— Ne vous a-t-il rien dit ? Rien fait ?

— Non. Étrangement, il ne m’a jamais fait de mal. Mais… pourquoi toutes ces questions ?

— Nous pensons qu’il pourrait être l’auteur d’un meurtre. Vous ne savez vraiment rien, ou refusez-vous de parler par peur de représailles ?

— Je ne sais rien, affirma Réo avec le plus grand stoïcisme.

Il refusait d’impliquer son ami dans une affaire aussi atroce. Pourtant, un doute persistait. Après tout, Ethan avait assassiné le voisin de Nathan de sang-froid, sans exprimer le moindre regret.

Les deux policiers l’observèrent longuement, cherchant la moindre fissure dans son attitude. En vain. Réo tint bon. Faute d’éléments exploitables, ils durent le laisser partir.

Une fois seul avec Gaby, Stan tapota la table du bout des doigts avant de se tourner vers elle.

— Je ne crois pas un mot de ce qu’il nous a raconté.

— En même temps, il n’a pas dit grand-chose…

— Justement. Un harceleur qui menace sans jamais passer à l’acte ? T’as déjà vu ça, toi ?

— Ce qui m’inquiète le plus, c’est son attitude. Il n’a rien de quelqu’un qui se sent traqué. Il devrait être nerveux, anxieux… mais non. Il était d’un calme olympien. C’est ça qui me dérange.

— Il nous cache quelque chose. On fouille son passé ?

— Exactement. Au boulot, le bleu !

— Tu vas m’aider quand même ?

— Non. Je m’occupe d’autre chose. Mais je t’offre le repas et le café.

— C’est déjà ça !

À peine sorti du commissariat, Réo envoya un énième message à Ethan. Cette fois, sa détresse était palpable. Il se rendit dans un café et lui proposa de le rejoindre.

Il attendit longtemps. Trop longtemps.
Finalement, aucun signe.

Dépité, il s’enfonça dans le fauteuil et observa les pâtisseries derrière la vitrine. Avant de partir, il paya sa boisson et acheta une vingtaine de petits gâteaux.

— Ça fera plaisir à Charlie, se dit-il, espérant toucher son père de cœur.

Alors qu’il s’éloignait du lieu de rendez-vous, il aperçut Ethan, debout un peu plus loin, qui lui faisait signe de le suivre.

Il l’emmena dans un petit bar dissimulé dans une étroite allée entre deux immeubles. Ils s’installèrent au comptoir et Ethan commanda un whisky sec.

— Tu veux quelque chose ? C’est moi qui offre.

— Non… je viens de boire un thé glacé, et il n’est même pas midi.

— Il n’y a pas d’heure pour boire. Dis-moi… qu’est-ce que les flics te voulaient ?

— Ils m’ont posé des questions sur toi. Mais ne t’inquiète pas, je leur ai dit que je ne savais rien. Il y a juste une question que je me pose…

— Dis-moi.

— Ils ont retrouvé un corps découpé sous un ponton du port. Est-ce que tu as quelque chose à voir avec ça ?

— Bien sûr. C’est moi qui l’ai tué.

— Mais… pourquoi ? J’ai fait tout ce que tu m’as demandé !

— Et moi, je t’ai promis de te protéger.

— C’était qui ? Pourquoi ?

Ethan vida son verre d’un trait, puis fixa Réo avec un large sourire avant de répondre :

— Nathan Smith.

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