Ils étaient 18

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Je suis de ces personnes qui discutent, ont des amis et peut-être plus uniquement virtuellement. Je passe mes soirées et mes nuits sur des chats. Fréquentés par une grande majorité d'hommes cherchant uniquement à parler, voir, montrer ou faire quelque chose de sexuel, on y trouve aussi des personnes très sympathiques.

J'y suis allée pour la première fois parce que je m'ennuyais, pour simplement discuter, pour m'occuper. J'avais été désagréablement surprise de voir tous ces messages d'hommes qui cherchaient quelque chose d'intime. « Ça te dis un dial coquin ? » ; « Homme musclé, 21cm, nu, juste pour toi » ; « Je montre tout, tu veux voir ? » ; « Je suis à côté de toi et je bande à mort, tu fais quoi ? »

J'y suis retournée ensuite pour les quelques personnes agréables qui s'y connectaient. Je n'ai jamais continué une discussion qui dérivait, jamais cliqué sur les liens de webcam que l'on m'envoyait et je ne me suis jamais montrer moi-même nue.

Seulement, des fois, l'autre côté à l'air attirant. J'étais curieuse. Une nuit, j'ai cliqué sur un de ces liens. Je me suis retrouvée face à l'entre-jambe dénudé d'un homme qui le caressait frénétiquement. Sur le chat, il n'arrêtait pas de me répéter qu'il me voulait, que je devais être magnifique alors qu'il ne m'avait jamais vue, il me racontait tout ce qu'il avait envie de me faire et de me voir faire.
Tellement d'inconnus m'ont dit vouloir me voir nue, tellement d'hommes me portaient de l'attention...

Je suis restée sur ce site qui permettait de mettre sa webcam publiquement mais pas pour observer cet homme. J'avais cadré de façon à ce qu'on ne voit pas mon visage, uniquement mon torse et le début de mes cuisses. J'étais habillée, en pyjama, et je lisais tous les messages de ces hommes. Ils étaient sept d'après le site. Ils me disaient tous la même chose. Ils voulaient tous me voir nue. Ils me désiraient. J'ai d'abord enlevé lentement mon T-shirt, dévoilant un soutien-gorge blanc simple. Ils m'ont tous mitraillé de compliments et m'encourageaient à enlever autre chose. Ils étaient neuf. J'ai ensuite retiré ce soutien-gorge qu'ils m'assuraient tous être de « trop ». Les compliments ont redoublé, certains me disaient ce qu'ils voudraient faire avec ce qu'ils voyaient, d'autres ce qu'ils voudraient me voir faire. Je ne bougeais pas, ne réagissais pas à leurs paroles. Je ne ressentais rien. J'aimais ce qu'ils disaient. Ils étaient quinze. Et puis, après d'incessantes demandes et supplications, j'ai descendu le bas. J'étais nue. Pour eux, j'étais parfaite. Ils m'adoraient, m'idolâtraient. Leurs messages étaient ininterrompus. Ils me disaient ce qu'ils faisaient, ce qu'ils voudraient me faire, ce qu'ils voudraient me voir faire, à quel point ils jubilaient de pouvoir voir ce qu'ils voyaient, à quel point ils me désiraient. Ils étaient dix-huit. L'un, qui jusque-là ne m'avait encore jamais parlé, m'a demandé d'écarter les jambes. Juste ça. Trois très simples mots, ni autoritaires, ni suppliants. Alors, j'ai écarté les jambes. J'ai attendu son message, sa réaction, mais rien. Ses trois mots restèrent les seuls. Enervée par ce manque de reconnaissance, j'ai éteins mon ordinateur.

J'ai un grand miroir sur le placard de ma chambre. Quand je me suis tournée pour récupérer mon T-shirt, je me suis vue. Je me suis lentement levée et me suis placée debout, face à ce reflet. J'ai regardé ce corps, comme s'il était une image, une sorte de tableau que j'observais dans un musée, une photo que je voyais pour la première fois. Je détaillais tous ce que je voyais, silencieusement, de haut en bas, sans bouger. Puis, un moment, je me suis assise par terre et, très doucement, j'ai écarté les jambes. Mes jambes. Je fixais ce que je voyais. Mon corps fut parcouru entièrement par un frisson glacé. Je ne pouvais plus bouger, juste regarder. Je sentais les larmes qui commençaient à couler sur mon visage, ma bouche ouverte et mes yeux écarquillés d'effroi. Mes jambes écartées se sont mises à trembler.

Ils étaient dix-huit. Ils m'ont vu nue.

Dans ma têteDes histoires addictives. Découvrez maintenant