Il marche, son casque sur les oreilles. Il rentre chez lui comme chaque jour, comme tout le monde le fait. Seulement, lui, il ne rentre pas comme tout le monde. Il a peur. Il sait qu'il pourrait très bien, aujourd'hui, ne pas rentrer. Sa musique, ce n'est pas uniquement un divertissement. Ça le met dans une bulle. Sa seule protection, précaire évidemment mais il n'a que ça. Qu'il entende ou non le danger arriver il ne pourra pas se défendre de toute façon, comme à chaque fois. Alors autant anesthésier sa paranoïa un court instant, en espérant juste et pourtant tellement fortement que rien n'arrivera.
Il tourne à gauche. Ils sont là. Son cœur se met à battre violemment et une sueur froide commence déjà à lui couler dans le dos. C'est idiot, ils vont sûrement l'ignorer. Il va passer devant eux, normalement, sans les regarder et il rentrera chez lui. Il ne peut s'empêcher de jeter quelques coups d'œil rapide vers eux. Ils l'ont vu ! Malgré son casque il les entend. "Bah tu dis pas bonjour !" "Tu nous ignores ?" "Tu viens t'amuser avec nous ?". Il continue de marcher mais il sait que c'est fini. L'un des trois s'approche de lui et lui arrache son casque en hurlant :
-On te parle du con !
-Je... j'ai pas entendu... j'avais mon... mon casque... désolé.
-Qu'il est mignon quand il est désolé ! S'esclaffe-t-il en lui tapotant la joue, faisant aussi rire les deux autres.
Il lui passe un bras autour des épaules et l'entraîne, sa prise ferme le défiant d'essayer de partir.
-Tu sais que tu nous as manqué !
-On est triste sans notre jouet nous, rajoute un autre.
-J'espère que tu as encore ramené de bonne note à maman !
Une blague que seule eux fait rire. Soudain, celui qui l'avait accosté lui attrape le visage, lui serrant les joues comme un étau. Son sourire se fait beaucoup moins amical.
-Hein ? T'en as ramené ? T'en as ramené à ta maman ? A ta maman qu'est plus là ! A ta maman qu't'as tué !
Ces yeux le brûlent et il sent les larmes s'en emparer.
-C'est ça ! Chiale ! Lui crie-t-il en lui balançant un coup de genoux dans le ventre.
Il se plie en deux. Comme un signal les deux autres qui ne tenaient plus en place se jettent sur lui avec de grands sourires. Il sent qu'on lui tire les cheveux pour lui relever la tête, puis une gifle, un choc dans le genou, un autre à nouveau dans le ventre, encore un sur le côté de la tête, son oreille se met a peine à siffler qu'il sent son bras se tordre. Il crie de douleur. Non... il ne faut pas crier. Un poing au niveau de sa mâchoire lui rappelle cette règle. Ne rien dire, juste subir. Les coups et la douleur s'enchaîne, il n'y a aucune pause. Bientôt il ne peut plus respirer, sa souffrance et la peur l'en empêche.
Alors qu'il est à terre, recroquevillé, tout s'arrête. On lui crache dessus puis il les entend partir en riant. Il reste ainsi quelques instants puis s'assoit, s'appuyant contre un mur. L'air pénètre à nouveau dans ses poumons. Il sort un mouchoir de sa poche et essuie les larmes et le sang de son visage. Il se relève doucement en laissant tomber le papier et, après avoir ramassé son casque, se remet à marcher.
Quelques pas et il est devant sa porte, qu'il fixe. Il a finalement pu rentrer chez lui. Il referme la porte derrière lui et s'assoit dans le couloir. Aucun bruit.
Qu'est-ce qu'il doit avoir l'air faible, lui et son corps squelettique, son visage livide, ses pleures et ses tremblements. Après tout, comment ne pas résister a l'envi de le frapper. Et puis il le mérite. C'est vrai, sa mère était morte en couche, à cause de lui. Il ne mérite que ça. Mais même si cette punition est juste, il avait hâte qu'ils finissent. De toute façon, il ne pourra pas tenir encore longtemps.
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Dans ma tête
Kısa HikayeMélange de toutes petites histoires plutôt sombres qui me passent par la tête. Tout et n'importe quoi s'y entrechoquent pour former ce livre aux multiples personnalités.
