J'étais allongée sur une serviette, le visage couvert par mon chapeau, entourée par la clameur de la foule environnante et, en fond, le doux bruit des vagues. Un bébé pleurait à ma droite, deux femmes discutaient énergiquement pendant que, sur ma gauche, deux enfants jouaient à un jeu de raquettes. C'était animé tout en étant apaisant. C'était.
Une voix éclipsa toutes les autres. Une voix de femme, qui criait. J'ai enlevé mon chapeau pour voir qui s'agitait autant. Une fois mes yeux réhabitués à la lumière du soleil, j'ai aperçu derrière moi une femme à genoux suppliant les gens de l'aider. Elle avait l'air de creuser avec une petite fille. Soudain, mon cœur rata un battement, ma respiration se bloqua et je n'entendis plus rien. La petite fille à côté d'elle était à moitié enterrée dans le sable, on ne voyait d'elle que son bas de maillot de bain bleu et ses jambes qui s'agitaient dans le vide. Je me suis levée à toute vitesse, sans vraiment en avoir conscience, et me suis jetée à côté de la mère pour l'aider à creuse. Le sable glissait entre mes doigts, retombait autour du ventre de la petite, nos gestes étaient rapides et frénétiques et avaient pourtant l'air complètement inutiles. Une ombre a assombrie l'espace que l'on fixait : un homme nous avait rejoint. Il saisit la fillette par la taille et essaya de la tirer. Il le fit d'abord doucement, sans oser forcer par peur de lui faire mal. Mais il comprit très vite qu'il ne pourra sûrement arriver à la sortir qu'en y allant le plus fort possible. Je ne sais pas combien de temps tout cela dura. Je ne me concentrais que sur cette peau que je dévoilais lentement à force de creuser. Tout d'un coup, le corps de la petite fille passa devant mes yeux. L'homme eu un léger déséquilibre mais se reprit rapidement et l'allongea sur la sable. La dame se jeta sur elle et l'appela, la touchant, la frictionnant, la secouant. Elle relevait quelques fois la tête pour crier sur les personnes qui l'entouraient. La petite n'avait pas l'air de respirer, je n'avais même pas vu qu'elle avait arrêté d'agiter ses jambes pendant que l'on essayait de la sortir. Son visage était bleu pâle, elle avait du sable dans la bouche et ses yeux rouges fixaient le vide. Une ambulance arriva et des gens habillés en bleu entourèrent le corps inanimé. Je regardai autour de moi comme si je venais de me réveiller. Le bébé qui était à ma droite n'avait pas arrêté de pleurer, les deux femmes regardaient la scène en chuchotant entres elles et les deux joueurs de raquettes fixaient les ambulanciers qui emmenaient la fillette sur un brancard, un sentiment d'effroi sur le visage. Comme si observer tout cela m'avait reconnecté à la réalité, j'entendis à nouveau les bruits environnants. La mère pleurait, s'accrochait au brancard, criait, se saisit du bras d'un ambulancier, lui parlait, lui expliquait.
« Elle faisait un tunnel. Elle faisait un tunnel pour voir le monde sous le sable. Elle voulait voir le monde sous le sable... »
Puis ils sont tous montés dans l'ambulance qui a démarré et est partie.
Je suis maintenant assise sur le sable de la plage où ça s'est passé. Nous sommes le lendemain de ce « drame innommable » comme l'appel l'article d'un journal que je tiens dans la main. Je suis face à la mer qui effleure doucement mes pieds. Il est tôt, l'endroit est vide et le ciel est clair. J'observe cette étendue bleue en repensant à cette petite fille. Cette mer, ce maillot de bain, ces uniformes... Son visage était bleu.
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Dans ma tête
KurzgeschichtenMélange de toutes petites histoires plutôt sombres qui me passent par la tête. Tout et n'importe quoi s'y entrechoquent pour former ce livre aux multiples personnalités.
