"Les grandes choses ne sont pas accomplies par la force, mais par la persévérance."
Samuel Johnson
06. Salut, beauté
Jeudi 28 Septembre
17h25
Amara
Je souffre en silence tandis que je m'épile le corps à la cire. Une fois cette torture terminée, je m'occupe du duvet au-dessus de mes lèvres, puis je redessine légèrement mes sourcils. Ma pilosité étant naturellement fine, je n'ai jamais grand-chose à retirer, mais j'aime cette sensation de netteté que cela procure. Tout me paraît plus lisse, plus soigné, et j'éprouve une satisfaction discrète à prendre soin de moi jusque dans ces petits détails.
Lorsque j'ai enfin terminé, je range la cire et les accessoires avant de masser délicatement ma peau avec un peu d'huile pour retirer les derniers résidus.
J'enfile une culotte et mon peignoir, me lave les mains, puis quitte la salle de bain pour rejoindre la cuisine. J'attrape les cuisses de poulet que j'avais laissées mariner, les dispose sur une plaque et les enfourne dans le four déjà préchauffé.
C'est à ce moment-là que ma grand-mère entre dans la cuisine. Elle m'observe quelques secondes en silence avant de souffler :
— Je t'avais dit que je m'en occupais. Va te préparer.
— Mais ça ne prend que deux minutes, mâdar.
— Tu vas être en retard.
— Ce n'est pas grave. Je prépare juste le riz, ça te va ?
— Oui, azizam.
Je mets de l'eau à chauffer pendant que je verse le riz, préalablement rincé, dans une casserole. Dès que l'eau frémit, je la verse dessus, ajoute une pincée de sel, puis replace le couvercle.
Lorsque je me retourne, j'aperçois ma grand-mère adossée au mur. Mon cœur manque un battement. Sans réfléchir, je me précipite vers elle.
— Mâdar ?! m'écrié-je, paniquée.
— Ça va... Je vais bien..., articule-t-elle avec difficulté, le visage soudain vidé de ses couleurs.
— Appuie-toi sur moi, dis-je doucement en passant son bras autour de mes épaules pour l'aider jusqu'au canapé.
Je l'installe avec précaution, glisse un petit tabouret sous ses jambes pour les surélever, puis je m'accroupis devant elle et serre doucement sa main dans la mienne.
— Tu fais une baisse de tension ? demandé-je, incapable de masquer mon inquiétude.
— On dirait bien..., souffle mâdar d'une voix faible.
Je vais lui chercher un verre d'eau avant de revenir aussitôt près d'elle.
— Tiens, bois doucement. Je vais vérifier ton taux de sucre.
Ma grand-mère est diabétique et il lui arrive parfois de faire des chutes de tension. Heureusement, j'étais à la maison cette fois-ci. Plus d'une fois, ce genre de malaise est survenu alors que j'étais en cours, et chaque appel de tia Esmeralda suffisait à faire monter l'angoisse avant même que je ne franchisse la porte.
Je prépare le glucomètre, pique délicatement le bout de son index, puis dépose une goutte de sang sur la bandelette en attendant que l'appareil affiche le résultat.
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AMARA
RomanceAmara, étudiante en psychologie, tente de survivre à une vie fragmentée entre les silences lourds de sa mère, les démons de son passé et ses propres fêlures. À Brownsville, au Texas, où l'ombre de l'illégal plane en silence, tout semble figé dans un...
