04. Boca Chica

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"La véritable générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent."
Albert Camus












04. Boca Chica















Amara










"Tu es une erreur."

"Je ne t'ai jamais désirée."

"Tu vas finir comme moi."

"Tout comme moi, tu ne seras jamais heureuse."

"Tu ne sers à rien."

Ce sont les mots violents que ma mère me répète presque tous les jours. Enfin, à chaque fois qu'elle a le malheur de me voir.

Le malheur, c'est moi. Son malheur. C'est ce qu'elle me dit. Je la crois. Je suis le malheur en personne.

Je redresse la tête que j'avais enfouie entre mes bras. Mes oreilles, obstruées par mes paumes, subissent une fois de plus les hurlements de ma mère, qui, comme toujours, me sont adressés.

Mais, qu'aurais-je pu faire pour mériter cette haine venant de ma propre mère ?

C'est la question que je me pose depuis toujours. Depuis que j'ai l'âge de comprendre. Depuis que je regarde les autres recevoir l'amour maternel que je n'ai jamais reçu.

Ma mère a toujours été celle qui me hurle sa répulsion. Elle me déteste. Ça, je l'ai bien compris.

Mais pourquoi ?

Aucune idée.

Je suis née pour subir son hystérie.

Je me redresse brusquement lorsqu'elle projette un verre contre le mur qui se brise sous l'impact de celui-ci.

— Qu... qu'est-ce que je t'ai fait ? osé-je demander, c'est une première.

Elle s'arrête net, le énième verre qu'elle se préparait à lancer contre le mur reste en suspens dans sa main qui est levée en l'air.

Elle se tourne vers moi, les sourcils froncés, le regard sombre, bien plus que ses yeux noirs :

— Comment peux-tu oser m'adresser la parole ? Comment ?! crache-t-elle avec toute la hargne du monde.

— Je... J'en ai plus que marre maintenant. Dis-moi... pourquoi tu... ne m'aimes pas ? J'endure sans savoir pourquoi ! Mais qu'est-ce que je t'ai fait ?

Elle éclate de rire, se tenant le ventre, provoquant des frissons qui parcourent tout mon corps. Instinctivement, je fais un pas en arrière. Elle cesse de rire, puis plante à nouveau ses yeux dans les miens.

— Tu ne sauras jamais pourquoi je te déteste. Jamais ! Tu m'entends ?!

Les larmes me montent aux yeux, mais je m'interdis de les faire couler à ce moment. J'ai trop mal au cœur, mais mon cœur attendra encore un peu, tout comme mes larmes.

— P... Pour... Pourquoi... ?

— Tu n'as jamais eu mon amour, tu ne l'as pas maintenant et tu ne l'auras jamais. Souviens-toi de ça. Tu es ma plus grande erreur, déclare-t-elle avant de partir d'un geste sec en direction de la cuisine.

Figée, je reste à la même place au beau milieu du salon pendant de longues minutes.

Je la vois revenir au salon, une bouteille d'alcool entamée à la main. Ma mère sort rarement de sa chambre. Quand elle sort, c'est pour boire. Elle a l'habitude de dissimuler discrètement les bouteilles d'alcool qu'elle achète. À ce jour, avec mâdar, nous ne comprenons toujours pas comment elle parvient à s'en procurer sans que nous le sachions. Nous les jetons lorsqu'on en découvre, mais elle a de très bonnes cachettes.

AMARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant