"En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant."
Nelson Mandela
13. Liberté ?
Amara
Recroquevillée sur moi-même, je pose mon front contre mes genoux, mes bras étroitement refermés autour de mes jambes repliées contre ma poitrine. Je me balance lentement d'avant en arrière, cherchant à m'évader, à arracher mon esprit à cette réalité. Pourtant, chaque tentative s'effondre sous les pleurs incessants qui résonnent tout autour de moi.
Alors je m'efforce de rêver.
Je nous imagine, Mâdar et moi, dans un jardin couvert de marguerites, à l'ombre des arbres baignés par la douceur d'un soleil matinal. Je nous revois rire ensemble, sans crainte du lendemain. Puis maman apparaît, un verre de lait bien froid dans une main, le café noir de Mâdar dans l'autre, accompagnés de mes pains perdus fourrés au Nutella, mon petit-déjeuner préféré. Pendant quelques instants, je me laisse croire qu'il n'existe plus que nous trois. Ma famille, mon refuge.
Mais ce rêve est aussi inaccessible que ma liberté. Il suffit que je relève la tête pour que la réalité me rattrape avec une violence implacable.
La pièce dans laquelle nous sommes retenus est bondée de femmes et d'enfants. Tous parlent espagnol et, à leurs traits comme à leur accent, je comprends qu'ils viennent du Mexique. Depuis mon arrivée, lorsqu'ils ont découvert que je parlais anglais, ils n'ont cessé de me supplier de les aider.
Et chaque fois, je me suis sentie un peu plus impuissante. Je suis incapable de me sauver moi-même. Alors comment pourrais-je sauver les autres ?
Tu es inutile, Amara.
Oui, maman... Je suis inutile.
Aujourd'hui, je comprends enfin ce que tu voulais dire. Je n'ai même pas réussi à te sauver, toi non plus.
Des gémissements attirent mon attention vers le sol, où Rosa repose en boule, le corps parcouru de tremblements. Les traits crispés de son visage trahissent le cauchemar dans lequel elle est enfermée.
Un pincement douloureux serre ma poitrine.
Cette scène... Je ne l'oublierai jamais.
Après une brève hésitation, je pose délicatement ma main sur sa tête et caresse doucement ses cheveux.
— Se acabó, estoy aquí, murmuré-je à son oreille. (C'est fini, je suis là.)
Tu ne peux pas savoir à quel point je me blâme, Rosa. Cette culpabilité me hantera jusqu'à la fin de mes jours. Je n'ai pas réussi à te sauver de cet enfer. Tu ne peux pas imaginer à quel point je me méprise.
J'espère qu'un jour, tu trouveras la force de me pardonner. Parce que moi, je ne pourrai jamais me pardonner.
Cet homme est un monstre. Pourtant, à cet instant, j'ai l'impression d'être complice de son horreur.
Sache une chose, Rosa. Si je n'ai peut-être pas trouvé la force de me battre pour moi-même, je la trouverai pour toi. Peu importe le prix à payer, même si cela doit me coûter la vie.
Je ne te connais pas. Pourtant, je me sens redevable envers toi, envers cette jeune femme qui n'aurait jamais dû vivre une telle horreur.
Une petite main vient se poser avec douceur contre ma joue. En baissant les yeux, je découvre le visage rond d'une fillette d'à peine cinq ans. Elle essuie délicatement mes larmes du bout de ses petits doigts.
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AMARA
RomansaAmara, étudiante en psychologie, tente de survivre à une vie fragmentée entre les silences lourds de sa mère, les démons de son passé et ses propres fêlures. À Brownsville, au Texas, où l'ombre de l'illégal plane en silence, tout semble figé dans un...
