Chapitre VIII

330 14 15
                                        

     J'avais cru la journée très longue mais finalement, contre toute attente, le simple repas du soir me parût encore plus long que l'après-midi entier. Le personnel était aux petits soins et les plats étaient un vrai délice, une explosion de saveur en bouche, et pourtant je me sentais grognon. Contrairement à un peu plus tôt, mon agacement n'avait pas grand chose à voir avec la présence de Nami et Ussop, qui se révélèrent d'excellente compagnie. Non, mes pensées sombres étaient toutes dirigées vers les nombreuses jeunes femmes, clientes et employées, qui s'étaient amassées autour de Zoro pour l'écouter raconter ses aventures. Je pouvais presque voir la bave qui leur pendait aux lèvres. J'aurais rêvé de leur fermer leur clapet pour faire taire leurs voix de crécelles. Elles me hérissaient le poils. Et ce qui me hérissait encore plus le poils, c'était que Zoro leur répondait avec son foutu sourire qu'il leur servait à la pelle.

     Je plantai ma cuillère dans mon dernier morceau de crème brûlée. Elle n'avait pas grand chose à envier à celle de Sanji.

- Alors c'est vrai ce qu'on raconte, tu as vaincu le bras droit de Kaido?

- J'ai reçu de l'aide, dit humblement Zoro. Mais, oui.

- Waouh, c'est fantastique.

     Halte là, est-ce que c'était une main parfaitement manucurée qui venait de se poser sur son biceps bandé? Je sentis un sourire presque cruel étirer mes lèvres, mais je fis mon possible pour ne pas lever les yeux vers le visage de Zoro. Je ne voulais pas qu'il sente mon trouble. Comme il l'avait si bien dit un peu plus tôt dans l'après-midi, lui et moi n'étions pas ensemble. Il pouvait bien laisser qui il voulait le toucher. Alors, afin d'éviter d'attirer son attention, je reportai mon regard sur Ussop, installé à mes côtés.

     Ses yeux n'avaient rien raté du spectacle qu'offraient Zoro et sa copine. Il se pencha alors vers moi et, cachant sa bouche derrière le dos de sa cuillère, il murmura :

- Tu veux qu'on s'en aille?

     J'enfournai la fin de mon dessert et offris un petit sourire contrit à mon ami. Je ne voulais pas qu'il ait conscience de ma jalousie, mais j'étais reconnaissante qu'il cherche à m'aider. Alors, je secouai doucement la tête :

- Je vais bien.

     Après un long échange de regards dans lequel il fît passer toute son inquiétude, il reporta son attention sur la seconde copine de Zoro qui, debout derrière lui, semblait mourir d'envie d'avoir autant de courage que la première et poser les doigts sur l'épaule du sabreur. J'étais prête à lui couper la main si elle le faisait.

- On dit aussi que tu fais jeu égal avec Œil de faucon, c'est vrai? Demanda-t-elle.

- Jeu égal, répéta Zoro en avalant une lampée de saké. Pas encore, non.

     Il était humble dans ses paroles et ne cherchait pas particulièrement à impressionner son auditoire, mais j'avais tout de même envie de lui arracher la langue, peut m'importait toutes les délicieuses choses qu'elle était capable de faire. Qu'il aille se faire foutre.

     Le bout de ma cuillère grinça dans le fond de mon assiette vide, et je la reposai alors.

- En tout cas, vous avez vécu tellement d'aventures, fit Aymdo, l'ex-chasseur de pirates. Je vous admire beaucoup. Et vous avez l'air si soudés, c'est beau à voir. 

- Ça dépend avec qui, marmonna Zoro. 

- Mes compagnons ont tous été tués par les hommes de Kaido, alors je tiens à vous remercier d'être venus à bout de son équipage. Ça compte beaucoup pour moi.

     Puis il pivota dans ma direction :

- On dit que tu as vaincu Black Maria. C'est elle qui a capturé mes compagnons. Merci.

Bien plus que çaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant