Je tentai d'attraper la main qui pendait au-dessus de moi, ses doigts m'appelant à les serrer pour ne jamais les lâcher. Mais j'avais beau tendre le bras et me mettre sur la pointe des pieds, j'étais incapable d'atteindre cette main gigantesque. Agacée, je regardai mes propres mains accrochées à des bras frêles, menaçant de se briser au moindre geste brusque, et à mes ongles cassés de trop lutter contre la vie. J'étais dans un corps qui n'était plus le mien depuis plus de vingt ans, un petit corps faible qui avait été le mien avant de rencontrer mes rocks, ceux qui avaient fait de moi une femme forte. Les sourcils froncés, je relevai les yeux vers le propriétaire de cette main démesurée. D'immenses sabres m'empêchaient de voir le visage de ce géant, mais je pouvais distinguer ses cheveux d'un vert lumineux, attirant. Zoro!
Je bondis sur mes petits pieds et parvins à frôler le bout de ses doigts. Mais, avant que je ne puisse recommencer mon manège, la main s'écarta vivement et Zoro se pencha sur moi avec un regard de dégoût pur. Je me figeai.
- Tu aurais dû y penser avant de la lâcher la première fois.
- Je ne l'ai pas lâchée! Protestais-je d'une petite voix trop aigüe.
Zoro soupira et détourna les yeux vers un Ussop tout aussi gigantesque que lui qui m'offrit un haussement de sourcils dédaigneux.
- Tu ne nous fais pas confiance.
- Tu ne nous a jamais aimés, ajouta un Chopper aux dents retroussées.
- Tu es incapable d'aimer. Tu es cassée.
Je tournai un regard terrorisé vers Zoro. Et s'il avait raison?
- Non, c'est faux..., murmurais-je.
- Tu n'as pas ta place parmi-nous, fît Luffy.
Il dégaina un mini escargophone enfoui dans son short et le porta à ses lèvres :
- Akainu, elle est là, venez la chercher.
Leurs mains gigantesques s'approchèrent toutes à vive allure, et je tentai de lutter de toutes mes forces en hurlant mais j'étais incapable de quoi que ce soit. Ils étaient trop grands, trop forts, trop haineux. Ils ne m'aimaient pas.
- Non, arrêtez, ne me laissez pas!
- Robin!
J'ouvris des yeux embués de larmes. J'étais en sueur, incapable de me concentrer sur ce qui m'entourait, jusqu'à ce que mon regard ne capte une chevelure d'un roux lumineux, chaleureux, rassurant.
- Robin, tu vas bien? Demanda Nami, penchée sur moi.
- Oui, croassais-je.
Je me redressai lentement en balayant mon front trempé et en tâchant de calmer mon rythme cardiaque. Voilà deux nuits que la navigatrice était obligée de me réveiller de force en entendant mes hurlements. La nuit passée, j'avais rêvé que Zoro reprenait ses fonctions de chasseur de pirate pour me vendre à la Marine. Ce que j'avais fait, ce que je lui avait fait, me hantait nuit et jour depuis quarante-huit heures. Je devenais folle, et Nami n'allait pas tarder à le devenir également si je continuais à l'empêcher de dormir.
Je jetai mes jambes à terre.
- Rendors-toi, je vais faire un tour. Excuse-moi de t'avoir réveillée, encore une fois.
- Tu veux que je vienne avec toi?
- Non, je vais juste prendre l'air.
Elle hocha la tête, inquiète, mais remonta tout de même la couverture sur sa poitrine.
Une fois sûre qu'elle ne me suivrait pas sur le pont, j'attrapais une couverture moelleuse que j'enroulais autour de mes épaules et je sortis dans l'air frais et apaisant de la nuit. J'avais vraiment besoin de me remettre les idées en place et, enfermée dans cette petite chambre, j'en étais incapable. Les yeux rivés au plafond, mon esprit se serait rejoué mes dernières discussions avec Zoro à l'infini, et j'aurais fini par aller le rejoindre dans sa chambre. Mais j'avais décidé de ne pas lui parler du moment que je n'avais pas fait le point sur ce que je voulais. Le soucis, c'était que j'étais bien incapable de trouver une solution à mon problème et mes pensées tournaient en rond. Une part égoïste de moi voulait tout oublier dans les bras de Zoro et oublier l'avenir incertain qui nous guettait. Mais la part réfléchie, posée et censée de moi-même préférait m'éloigner. Peut-être pourrais-je m'abandonner à l'amour une fois qu'amiraux et Dragons Célestes auraient passé l'arme à gauche? Peut-être pourrais-je enfin souffler et cesser de regarder par-dessus mon épaule toutes les cinq minutes? Je n'aspirais qu'à ça.
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Bien plus que ça
FanfictionDepuis le rassemblement de l'équipage, Robin ne pense plus qu'à une chose : Zoro. À ses mains sur son corps, à ses lèvres sur les siennes, à toutes ces choses qu'elle s'interdit pourtant. Qui sacrifierait le plus merveilleux des équipages pour un si...
