Il arriva, un peu en retard, avec un grand sac noir sur le dos, il ressemblait plus à un élève qu'à un professeur. Il avait déjà des cheveux blancs, pourtant il faisait très jeune. J'étais assez intriguée par son apparence un peu enfantine. « Il est aussi excité qu'un enfant » avait souligné une de mes amies. J'avais secoué la tête. Nous étions arrivé dans une grande salle aux murs roses pâles, plutôt entre le rose pâle et le rose saumon. T'en rappelles-tu ? Je m'étais assise au troisième rang avec une de mes amies. J'essayais à tout prix de m'éloigner de toi. Toute la matinée se résuma à vérifier si les renseignements nous concernant étaient vrais.
Chaque minute, on ne faisait qu'entendre : « Externe ? D'accord. Demi-pensionnaire ? Hmmm... Date de naissance ? Ok. Langue vivante deux ? C'est tout bon ». Nos carnets de correspondance nous avait été distribués, ils étaient entre le vert et le bleu. Nous devions remplir une longue liste d'informations sur nous, ainsi que la liste de nos professeurs. Nous avions douze matières, contrairement à la sixième où nous en avions sept. À la liste, s'était rajouté les cours de technologie, allemand, latin, physique-chimie et sciences de la vie et de la terre, souvent abrégé SVT (oui, car en sixième, la physique et la science étaient regroupées sous le nom de sciences et technologies).
Au bout de deux heures, nous avions enfin eu une pause de dix minutes, la première depuis les vacances d'été. En redescendant les escaliers en métal menant à la cours, je ne pouvais m'empêcher d'avoir une certaine appréhension. Les événements du dernier jour n'arrêtaient pas d'apparaître dans ma tête. Je ne pouvais les oublier. Soudain, j'eus une forte envie d'éclater en sanglots. Des perles voulaient glisser lentement le long de mes joues tandis que ma tristesse se répandait comme un fleuve dans mon cœur. Mes yeux étaient sur le point de devenir des fontaines, déversant un océan de sentiments contradictoires inexprimés que je gardais secret et silencieux au plus profond de mon âme. Chaque goutte aurait été comme une fugue mélancolique, évoquant la symphonie de ma tristesse intérieure.
Tu t'étais faufilée dans la cour de récréation comme un vulgaire rat d'égout. Tu souriais à la vie en ricanant bêtement comme si tu étais possédée par un démon ou une sorcière ou une autre entité inconnue tout aussi dangereuse. Tu jetais souvent des coups d'œil vers moi. Alors, je pensais que je te manquais et que tu t'étais rendu compte, bien que tard, de l'erreur que tu avais faites. Alors, je pensais que tu allais venir t'excuser et me demandais de redevenir ta meilleure amie. Peu avant que l'on se rencontre, lors du confinement en mars 2020, j'avais lu le journal d'Anne Frank, qui reste à ce jour mon livre préféré. Te souviens-tu du jour où je l'avais ramené en classe ?
C'était un petit livre de trois-cent pages, avec le portrait d'Anne Frank dessus. Tout comme mon journal, tu l'avais observé avec une curiosité malsaine. J'étais contente de pouvoir te le montrer et de te parler de la vie d'Anne Frank. « Alors, c'est ça ton livre préféré ? - Oui. » J'avais commencé à te faire tout un récit sur sa vie en cachette, et avant. Tu me regardais ennuyée. « Tu te prends pour sa biographe ? - Quoi ? - Tu connais trop sa vie. Ça fait presque peur » Tu avais éclaté de rire avec ta meilleure amie alors que je cachais ma tristesse derrière un faux sourire. « Tu ne fais que lire ou bien tu fais autre chose ? Il t'arrive d'arrêter de lire ou tu es comme immergée dans la littérature ? Tu sais, nous les filles de notre âge, nous devons faire autre chose. Lire des vieux livres, ça sert à rien » avais-tu dit.
Je savais alors à ce moment précis que je ne pourrais jamais parler littérature avec toi. Je suis sure que même aujourd'hui, si je te demandais qui étaient Guy de Maupassant, Gustave Flaubert, Albert Camus, Anne Frank, Victor Hugo, Fédor Dostoïevski, Franz Kafka, Léon Tolstoï, Honoré de Balzac, Emily Brontë, Francois-Ferdinand Céline, Ernest Hemingway, Marcel Proust, Stendhal, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Louis Aragon ou encore André Malraux, tu pourrais penser que ce sont des acteurs !
Car en réalité, tu ne t'intéressais qu'au maquillage, qu'à la mode, qu'à t'amuser et... qu'aux aux garçons ! Ce jour-là, tu m'avais aussi dit que je n'étais qu'une « fille réservée qui ne s'intéressait qu'aux études et qui devait arrêter de trop lire et de s'intéresser aux notes au risque de perdre les amies qu'elle avait ». En fait, je me demandais pourquoi tu avais autant ri sur une de mes passions ce jour-là. Finalement, avec le recul de toutes ses années, je comprends que ce n'était car, tu voulais me transformer en une copie conforme de toi-même qui ne passe son temps qu'à attirer et draguer les garçons et à me détourner des études pour que je devienne aussi nulle que toi.
Mais, comment aurais-je pu le savoir à l'époque ? Nous devions être en octobre, peut-être au début du mois de novembre. Tu ne m'avais pas encore montré ta véritable personnalité. Tu me disais que tu travaillais de nombreuses heures chez toi. Tu ne t'intéressais pas encore aux garçons et ne commençais pas encore à me mentir. Car, comment donc peut-on se méfier d'une personne qui ne fait aucun pas de travers ?
Tu étais si gentille avec moi, du moins tu le prétendais. Tu étais douce et agréable. Peut-être aurais-je dû m'éloigner de toi ce jour où tu t'étais moquée de ma fascination pour Anne Frank. Peut-être. Mais, je ne l'ai pas fait. Lors de notre pause de dix minutes à dix heures, tu étais de nouveau venue me voir, avec ta meilleure amie. Ce n'est pas étonnant puisqu'elle te suit partout, elle pourrait même te suivre jusqu'au fin fond de l'enfer, qui sait. « Écoute, je veux m'excuser ».
J'ai bien cru mourir de rire en entendant cette phrase. C'était si hilarant et divertissant de t'entendre dire cette phrase que j'étais à deux doigts d'exploser de rire. Je ne ressentais pas de sincérité dans ta voix. As-tu même été sincère un jour ? Ayant décidé que j'étais maître de mon propre de destin et que je ne voyais pas d'intérêt à te répondre, je n'avais fait que t'ignorer. Une fois de plus. Pourtant, c'était si étrange... Si étrange... Autrefois, j'étais toujours avec toi, toujours à te parler, toujours à m'amuser avec toi, à passer du bon temps avec toi. Tu es la première personne au collège à m'avoir procurer mes premiers moments de joie et d'euphorie. C'est vrai que nous étions complices...
Hélas, ma chère, à cause de toi, notre complicité avait disparue. Ce n'était pas ma faute, non, c'était la tienne ! Pendant les vacances d'été, je me disais que c'était de ma faute. Pourtant, en entendant tes excuses ce jour-là, je me suis rendue compte que tu comprenais que tu avais ta part de responsabilité là-dedans. « S'il te plaît, ne m'ignore pas » criais-tu silencieusement. Tu méritais que je t'ignore. Je ne voulais pas de vulgaires excuses même pas pensées, je voulais de vraies excuses, des excuses sincères ! Je ne voulais pas d'un vulgaire « pardon » et enterrer les événements précédents et que nous redevenions amies ne faisant comme si rien ne s'était passé. Du moins, c'est ce que je ne voulais pas le jour de la rentrée.
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Question du jour : Si vous étiez dans la même situation, comment auriez-vous réagi ? (Dites-le moi en commentaires 🩵)
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Lettre à l'Oppresseur
Non-FictionLes plus hauts classements🥇: 🥇: #1 Non Fictif & #1 Autofiction & #1 Cathartique 🥈 : #10 Lettre 🥉 : #11 Autobiographie -------------- Le personnage principal, qui se désigne comme étant « l'ancienne meilleure amie », écrit une lettre à son ancien...
