XV

6 2 2
                                        

Deux semaines après, la nuit, je m'étais emmitouflée sous ma couverture et je me suis endormie. Et alors, je te vis, métamorphosée en Méduse, la créature mythologique ayant des serpents en guise de cheveux. Le jour-là, nous avions débuté une séquence sur les créatures mythologiques et nous avions étudié un extrait des Métamorphoses d'Ovide. Nous étions au Mont Olympe, j'étais assise sur un trône en pierre lorsque tu apparus. Notre professeure de français (la même que l'année dernière d'ailleurs) nous avait dit que les cheveux des méduses, hérissés de serpents sont funestes aux mortels, et que leurs yeux dilatés, comme des ocelles, paralysent et changent en pierre ceux qui les regardent.

Alors, je te vis. Tu te précipitas vers moi et me saisis les deux poignets et me cria dessus : « Alors, tu penses vraiment que nous étions meilleures amies ? Non, je t'ai seulement utilisé pour avoir des bonnes notes. Tu n'étais qu'un pion dans mon jeu d'échec, tu n'étais qu'un vulgaire et misérable pion utile pendant un moment et inutile le moment d'après » Ensuite, tu me regardas dans les yeux et j'essayai d'éviter ton regard. Mon attention se tourna vers les serpents qui te servaient de cheveux et ils me paralysèrent et me changèrent en pierre. Je m'étais réveillée en sursaut et j'avais éclaté en sanglots. Dans l'obscurité profonde de la nuit, j'étais toute seule dans mon lit sous ma couverture, perdue dans les méandres de mon rêve tourmentant.

Mon cauchemar effroyable avait jailli telle une explosion dans mon esprit vulnérable. L'image que j'avais de toi en méduse, les paroles que tu m'avais dite et toi me tenant fermement les poignets secouaient mon âme et me plongèrent dans une détresse presque sans précédent. J'entendais encore ta voix prononcer ces phrases déchirantes que tu venais de me dire. Les larmes commencent à couler telle une cascade de tristesse inextinguible, dévalant mes joues pâles et tremblantes. Je cachai mon visage avec mes mains maigres et tremblantes elles aussi. Chaque goutte était un écho silencieux de ma peur intense et de mon effroi provoqué par ce mauvais rêve. Les sanglots silencieux se transforment bientôt en un cri déchirant, perçant les murs de ma solitude, résonnant dans le vide de la nuit. Les mots ne peuvent exprimer la terreur que j'avais ressenti alors que mon rêve devenait une réalité déformée. Mon rêve était une fleur fragile piétinée par une horde d'ombres menaçantes, un papillon virevoltant pris au piège dans une toile d'angoisse.

Finalement, les derniers vestiges de mon cauchemar arrêtaient de jaillir dans mon esprit et d'apparaître devant mes yeux, mais la douleur demeurait, imprégnée dans chaque fibre de mon âme tourmentée et de mon cœur peiné. Je me mettais alors à regarder toute ma chambre à l'idée que je n'étais pas en sécurité. Je voyais des silhouettes dans le vide de la nuit, pensant à moitié éveillée que c'étaient des créatures prêtes à me tuer ou encore à me dévorer toute entière. Les ombres sinistres dansaient devant mes yeux, créant un ballet macabre qui ébranlait ma raison.

Une pluie de larmes ne cessait de couler des fontaines qui me servaient de yeux, comme une cascade de désespoir qui ne pouvait arrêter de déferler sur mon cœur. Les sanglots éclataient, fracassant la tranquillité paisible et sereine de la nuit. Soudain, une symphonie lugubre commença à résonner dans ses pensées, c'étaient des murmures déchirants que j'entendais dans mes oreilles, c'était les mots assassins et brûlants mon âme que tu avais prononcé. Les images cauchemardesques se fondaient en un tableau effrayant digne d'être peint par Otto Dix, reflétant la réalité.

Ensuite, je me levai. Je m'étais approchée de la fenêtre et je remontai le volet, mon cœur battant la chamade. Dans l'obscurité de la nuit, je regardai à travers la fenêtre. À ma grande surprise un peu de réconfort, la lumière de la lune illuminait doucement l'extérieur. La scène que je vis à l'extérieur était étrangement réconfortante que je ne me sentais pas seule. J'avais ouvert la fenêtre entièrement afin de laisser la lumière de la lune pénétrer la pièce. Ensuite, j'ouvris grand la fenêtre pour admirer le paysage qui s'offrait à moi. Des étoiles nocturnes étincelaient dans le ciel, la lune telle une magicienne illuminait le ciel noir, les constellations étaient comme des diamants rares ajoutant de la beauté au ciel.

Les arbres se tenaient droit et tremblaient à cause du vent nocturne, ils s'endormaient doucement avec leurs feuilles rouges orangées. La rue toute entière était remplie d'arbres. Je pris une profonde inspiration, goûtant au vent nocturne.
Un vent doux qui semblaient se balancer caressait doucement mon visage, m'apportant brise nocturne une sensation de réconfort, comme si il était mon seul compagnon et mon meilleur ami. Soudain, je remarquai un couple marchant main dans la main, ils avaient l'air heureux et unis, ils riaient tous les deux et leur rire était comme une mélodie agréable à entendre pour les oreilles et le cœur. Ils avaient l'air si heureux et unis. Les arbres dansant au loin, le long de la rue, me rappelaient le mouvement d'une rivière dont l'eau coule abondamment sans s'arrêter.

Le paysage qui s'offrait à moi était si doux, si magique et si majestueux. Il était presque inimaginable, je ne pouvais pas croire que la nature pouvait être aussi belle et aussi jolie. Je regardai le couple riant... Ah, j'avais étrangement pensé à toi ma chère... Ils avaient l'air riant, complices, heureux et ils avaient l'air de s'aimer. J'aurai tellement aimer que... notre amitié soit comme ce couple. Ne t'imagine pas que j'étais amoureuse de toi et que je voulais marcher main dans la main la nuit avec toi ! Non, au contraire, ce n'est pas ce que je voulais. Je voulais juste que nous puissions partager une amitié aussi belle que l'amour que ce couple se vouait l'un pour l'autre. J'étais toujours aussi terrifiée alors, je ne voulais pas m'endormir de si tôt. Puis, j'avais regardé quelle heure il était. Quatre heures et demi. Nous avions cours à sept heures mais, je m'en moquais.

La beauté de la nature était plus importante, la beauté de la vie était si importante. J'avais sortie ma tête de la fenêtre et m'appuyai sur le rebord de cette dernière. Je les observai avidement, doucement et silencieusement, ce qu'ils étaient beau ensemble. Ensuite, ils se firent une étreinte et je sentis un pincement de mon cœur. Cela me faisait penser à l'époque où nous étions encore amies et que tu me prenais dans tes bras à chaque fois que j'arrivais au collège. À ce moment-là, je commençais à me remettre en question et à me demander si les étreintes étaient forcément des mensonges. Peu après, j'entendis dire l'homme à la femme cette fameuse phrase que je détestais, trois mots pourtant si beau, *je t'aime*. À cause de toi. À cause de toi, je détestais cette fameuse phrase si belle, témoignage de l'amour et aussi les étreintes. Pendant les vacances, à chaque fois que quelqu'un me prenait dans ses bras ou me disait « je t'aime », je commençais à douter de sa réciprocité et de sa sincérité. Alors, je sentis mon cœur se briser légèrement en les voyant si heureux.

Lettre à l'OppresseurDes histoires addictives. Découvrez maintenant