Chapitre 6 - Summer

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— Attends, non c'est pas comme ça, rigole Boris.

— Vas y recommence, j'ai rien compris, je me marre en tentant de me concentrer.

Il frappe ses deux mains dans les miennes avant de les frapper l'une contre l'autre.

— Un petit poisson sous l'eau, chantonne t il.

Il recommence, mais cette fois à deux reprises.

— Deux petits poissons sous l'eau.

Cette fois, il frappe ses mains trois fois.

— Trois petits poissons sous l'eau et plouf plouf plouf.

J'éclate de rire avant de lui demander qui a inventé ça.

— C'est mon grand frère, me répond il les yeux remplis de fierté.

— Il a l'air génial ton grand frère.

— Il adore l'eau, lui. Il est tout le temps dedans.

— Comme beaucoup de monde, je soupire.

— Pourquoi tu as peur de l'eau?

— J'ai pas très envie d'en parler, tu m'en veux pas?

Il secoue la tête et me fait un énorme câlin qui me prend de court. Du bruit nous parvient de l'autre côté des portes.

— Vous nous entendez? hurle un homme.

— Oui, oui, on vous entend.

— Ok, tout va bien la dedans? On va devoir ouvrir les portes mais ça va faire pas mal de bruit.

— Ok pas de problème, je crie.

Boris plaque ses mains sur ses oreilles et ses yeux s'arrondissent alors qu'il se balance à nouveau.

— Qu'est ce qui se passe?

— Z'aime pas le bruit, z'aime pas le bruit, z'aime pas le bruit.

— Ok, ok, tout va bien chéri. Tu sais quoi... on a qu'à chanter? Tu veux? Viens on va refaire la chanson de ton grand frère.

Il hoche la tête mais ses épaules se crispent lorsqu'il enlève les mains de ses oreilles. Le bruit de machines qui s'activent sur les portes nous vrillent les tympans et j'avoue que même moi, j'ai du mal à le supporter. Je fouille dans mon sac et sors un paquet de mouchoir. Je fais des petites boules que j'enfonce dans ses oreilles. Plus serein, il arrive mieux à se concentrer sur moi et nous chantons à tue tête cette mélodie ridicule. Nos mains se rencontrent, nos voix se mélangent et Boris se détend peu à peu.

Nous rigolons tellement, que je ne remarque pas tout de suite que la porte est ouverte. Les ouvriers se marrent et je me relève en aidant Boris. Il me serre très fort dans ses bras et je ne peux m'empêcher de lui rendre son étreinte avec tendresse.

— Ze t'aime bien Summer.

— Moi aussi, je t'aime bien, je souris en embrassant sa joue. Tu veux que je te raccompagne?

— Non, merci. Le Dr Todd va appeler mon grand frère. Il va venir me chercher.

— Ca marche. A bientôt alors, tu as mon numéro, tu n'oublies pas?!

Je m'éloigne de lui avec de grand signes de la main. Avec 4 heures et 47 minutes de retard, mon gynécologue accepte tout de même de me recevoir. Après un examen complet, je ressors avec une prise de sang aux paramètres long comme le bras à faire. Je n'ai plus qu'à attendre d'avoir tous les résultats pour être rassurée.

Ces heures de rire et de confidence avec Boris me reviennent en mémoire tout au long de la soirée, effaçant peu à peu mes blessures. La vie est belle et j'ai envie de la voir à sa façon plutôt qu'à la mienne. Alors, je me force à sourire et à imaginer l'avenir. Parce que dans cette histoire, c'est lui qui a raison. La vie ne lui a pas fait de cadeau. Malgré son handicap, malgré son petit chromosome en plus, il continue de l'aimer et la chérir. La vie, mais surtout les gens qui l'entourent ne doivent pas être tendre avec lui, alors je serais bien égoïste de me morfondre pour une pauvre partie de jambes en l'air. Samantha est une pétasse, David le dernier des abrutis et moi je vais avancer sans y repenser. Enfin je vais essayer en tout cas. La prochaine fois que je croiserai la route de Boris, je veux sourire et être heureuse et je le serai.

Je me surprends à fredonner la chanson fétiche de Boris et éclate de rire toute seule chez moi. L'écho de mon rire me percute de plein fouet. Je m'effondre en larmes, une dernière fois, c'est promis. La journée a été éprouvante et je ne peux contenir ce flot d'émotions contradictoires qui m'assaillent. J'ai été humiliée et blessée mais je m'en remettrai, je me le dois à moi même. J'ai déjà perdu deux années avec un homme qui n'en valait pas la peine, je refuse de lui donner une journée de plus. Je pleure tout mon saoule une toute dernière fois et me relève plus forte que jamais.

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