Chapitre 3

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Dimanche. Je m'étais levée une heure avant que mon réveil ne sonne. J'avais décidé d’aller sur le paddock dès la première heure pour ne rien rater. Christian lui-même devait se rendre sur place dès six heures du matin, aussi m'avait-il conseillé de venir vers sept heures, avant que toute l’agitation se crée. La course n’était qu’à onze heures, mais j’avais envie d’observer les mécaniciens travailler sur la voiture, sur place.

Il était donc six heures, et impossible de me rendormir. J'avais donc prit mon second maillot, ma serviette, et avait filé à la piscine. Autant en profiter, j’adorais nager et l’eau était légèrement chauffée, rien de mieux pour se réveiller.
Le soleil se levait à peine, plongeant l’endroit dans une douce lumière orangée. Rien ne me rendait plus heureuse qu’un beau levé de soleil. Je plongeais sous l’eau pour faire quelques brasses coulées, le temps passait tranquillement, j'aurais pu rester des heures si l'air n'était pas venu à manquer. Je remontais tranquillement à la surface, et je remarquais alors une nouvelle présence. Le jeune homme était assit sur le rebord de la piscine, son jogging relevé jusqu'aux genoux pour tremper ses pieds dans l'eau.

_" Max ?
_ Elle est bonne ?
_ Tu m'espionne ? Ça fait deux fois.“

Je m’appuyais sur le rebord afin de sortir de l’eau et attrapais ma serviette pour m’enrouler dedans.

_ “Non, simple coïncidence... ouais bon, je t'ai vue de la fenêtre de ma chambre en fait. Et je me suis dit qu'on avait pas beaucoup parlé tous les deux, c'est dommage."

Je me grattais la nuque, nerveuse, alors qu'il se mettait debout lui aussi. Il rabaissa son jogging sur ses chevilles, et je réalisais :

_" Mais tu n'es pas censé être au circuit ?
_ Si, mais ce matin il n'y a que des réunions ennuyantes. J'ai pas envie."

J'eus un sourire amusé. En fait il n'était vraiment pas méchant, juste... original ? Mais je voyais bien qu'il pouvait être de bonne compagnie.

_"Alors tu es la fille d’un ami de Christian ?
_ Mhmh on peut dire ça. Bon, on se voit plus tard, bonne course Max."

***

_ “Les pilotes se mettent en place sur la grille de départ ! On va avoir droit à du spectacle ! Verstappen P1, Leclerc P2, et Lewis Hamilton P3 ! Un trio de choc !
_ Et c'est parti ! Montez le volume et rendez-vous au premier virage !"

Les moteurs se mirent à hurler, m’arrachant de longs frissons.
Debout au fond du garage RedBull, je fixais l'écran rediffusant la course, un gros casque sur les oreilles pour entendre tout ce qu'il se disait entre les pilotes et les hommes au pitwall. Je mordillais mes ongles, nerveuse, le pied tapotant le sol à rythme régulier. Les gros plans s'enchaînaient sur Max et Isack, ce dernier bataillant pour conserver sa cinquième place avant de vouloir essayer de remonter la grille. Max filait à toute allure, il volait sur la piste, creusant l'écart avec ses concurrents, dixièmes après dixièmes. Isack avait l'air d'avoir un peu plus de mal comparé aux précédentes courses, et ses commentaires que j'entendais dans mon casque me hérissaient le poil. La voiture n'était pas au top. Et c'était un gros problème.

_"Isack, il reste 27 tours. Box, box.
_ Copy."

Le jeune pilote ne tarda pas à s'arrêter à quelques mètres de nous. Le pitstop ne dura qu'une seconde et sept centièmes, mais alors que la voiture fut reposée sur le sol, un léger bruit au niveau du moteur me parvint. Les mécaniciens ne semblèrent pas le remarquer, et la monoplace s'élança tout de même sur la piste. Il me fallut un instant pour réagir, Isack débarqua à toute vitesse sur le circuit, je me précipitais vers Christian en criant.

_" Rappelez-le !! Christian, fais-le revenir tout de suite !"

Christian me fixa, incrédule, et s'exécuta immédiatement. Il avait de quoi me faire confiance. De toute façon, il ne fallut que quelques secondes avant que l'ingénieur au pitwall s'exclame :

_" Il y a une grosse défaillance du bloc moteur !"

Isack dut s'arrêter sur le bord de la piste, dans une plaque de gazon. Il eut à peine le temps de sortir de la voiture que le moteur s'enflamma doucement. Horrifiée, je regardais la scène via la rediffusion, mes pensées se bousculant à toute vitesse. C'était une erreur impardonnable, il fallait en trouver la cause. Je m’adressais à Christian :

_"Ils peuvent rapporter la voiture rapidement ? Je veux voir ça."

Il acquiesça, l'air grave. Il dut se concentrer sur la course de Max, mais moi je restais concentrée sur le cas d’Isack. Heureusement, l'incendie n'était vraiment pas de grande ampleur, et je pourrais regarder la monoplace sans craindre d'être gênée par des dégâts causés par le feu. Tout le personnel présent dans le garage était affolé par la situation.

C'était la première fois qu'un tel problème au niveau de la voiture nous arrivait. Du moins en pleine course. Apparemment certaines pièces de la voiture du jeune pilote avaient dû être remplacées de temps à autre au niveau de la boite de vitesse les dernières semaines. J'avais essayé de trouver la cause, mais rien. Impossible d'en déterminer l'origine. La voiture fut chargée, couverte d'une bâche, et ramenée au garage. Il restait moins de dix tours avant que la course ne se termine, et j'avais envie de voir comment se passait un podium en vrai. La voiture attendrait quelques instants.

Max passa la ligne d'arrivée et tête, tout le monde sauta de joie et ils se prirent dans leurs bras. Je restais un peu en retrait, sans trop oser me joindre à l’euphorie, mais j'avais un grand sourire sur les lèvres. Les voitures furent arrêtée dans le parc fermé pour être vérifiées, et les pilotes regagnèrent leurs places respectives : dans leurs motor-homes pour certains, sur le podium pour d'autres.

Christian me tira au pied du podium, et quelques mécaniciens, ingénieurs ou stratégistes firent de même. L'hymne des Pays-Bas retentit, certains firent mine de se boucher les oreilles et grimacer; ils n'en pouvait plus de l'entendre chaque week-end. Je riais discrètement, et regardais juste les trois hommes s'arroser de champagne et se coller des confettis sur les joues. Max, premier, Lewis second et Daniel troisième. L'Australien avait miraculeusement réussi à pousser la voiture au bout de ses limites, et avait franchi la ligne d'arrivée à seulement quelques dixièmes de Charles Leclerc. La conduite de cet homme me fascinait, il arrivait à tirer le meilleur de la monoplace, tant bien même qu'elle soit mauvaise. Racing Bulls n'avait jamais eu la puissance des écuries reines, mais cet Australien-là arrivait à faire des miracles.
Christian, à mes côtés, se pencha pour me glisser à l'oreille :

_" Alors, c'est sympa de voir ce que tu arrives à offrir à RedBull avec ton travail ?
_ C'est merveilleux. Merci encore de m'avoir invitée Christian.
_ Merci à toi, sincèrement."

Je ris alors de bon cœur avec lui, puis le vainqueur dû passer par les tonnes d'interviews et réunions avant de pouvoir rentrer se reposer. Je me délayais les épaules, essuyant la goutte de champagne qui avait atterrit sur ma veste, et demandais au team principal :

_“Vous permettez que je reste seule avec la monoplace d’Isack dans le garage ?
_ Eh bien... Il hésita, ce n’était pas dans les habitudes de laisser un tel bijou sans personne autour. Oui, si tu veux.
_ Merci Christian.“

La foule s’évacua doucement, et je suivis l’équipe RedBull jusqu’aux garages, déterminée à trouver pour de bon ce qui clochait avec cette monoplace. J’étais persuadée d’avoir anticipé tous les problèmes, et mon travail avait porté ses fruits sur la voiture de Max : absolument aucun abandon par défaillance mécanique. Alors pourquoi celle d’Isack ne suivait pas ?

V-CARB RB 25 - Daniel RicciardoOù les histoires vivent. Découvrez maintenant