Chapitre 27

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Le beau levé de soleil avait vite été remplacé par des nuages gris et menaçants, qui, à quelques minutes du départ de la course, avaient lâché toute leur pluie sur le circuit. Heureusement, les intempéries ne semblaient pas assez violentes pour retarder le départ, et les pilotes se mettaient tranquillement en place sur la grille après avoir effectué un tour de formation en toute précaution. Les moteurs se mirent à vrombir alors que je plaquais un casque sur mes oreilles pour entendre la cohue d'ingénieurs et mécaniciens débattre sur la meilleure stratégie à adopter avec un tel temps. Je n'avais pas plus discuté que ça avec Pierre, c'est avec un sourire entendu et un dernier long câlin que nous nous étions séparés afin de rejoindre nos équipes qui commençaient à se pointer sur le circuit.

Le départ fut donné, et je retins ma respiration en serrant fort les poings. Déjà qu'en temps normal, il n'était pas rare de voir des accidents au premier virage, alors avec une telle pluie, les chances de collision étaient amplifiées. Je soufflais un bon coup et m'approchais des écrans pour voir les statistiques de départ des garçons, lorsque des cris me parvinrent. Mes muscles se raidirent, et il me fallut une courte seconde pour retrouver mes esprits. Pitié que ça ne soit pas...

_C'est Magnussen et Stroll !!

La culpabilité suivit le sentiment de soulagement qui m'envahit. J'espérais de tout mon cœur que les deux pilotes n'étaient pas blessés, mais au fond de moi il y avait cette joie que ça ne soit pas Daniel ou Max, qui soit touché. Au contraire, nos deux pilotes filaient en tête du classement, en première et troisième position, encadrant le pauvre Russell qui se prenait les gerbes d'eau que le Néerlandais laissait sur son passage. Heureusement, aucun autre accident ne fut à déplorer en ce début de course, et les deux pilotes impliqués dans la collision s'en sortaient sans aucune blessure. La voiture de sécurité laissa champ libre aux dix-huit pilotes, qui malgré l'averse se lancèrent à toute vitesse dans les virages. Quelques dérapages et pertes de contrôle de l'arrière des voitures m'arrachèrent des cris et une série de frayeurs. Les garçons se débrouillaient à merveille, mais j'avais l'impression de mourir de peur pour eux. Les dix premiers tours furent bouclés à une vitesse hallucinante, une bataille sans merci se livrait dans le top 5, et je sentais mon cœur cogner contre ma poitrine alors que j'entendais au loin les cris des commentateurs en folie. Nos pilotes nous offraient un spectacle ahurissant en ce début de course.

Daniel fit son premier arrêt au stand au vingt-neuvième tour, la pluie se calmait doucement et la piste redevint vite sèche. Les stratégistes et météorologues s'étaient mis d'accord pour chausser des slicks aux deux garçons, et voyant que la stratégie fonctionnait avec Daniel, Max se risqua à s'arrêter à son tour. Des hards pour remplacer les intermédiaires, et le triple champion du monde ne tarda pas à mettre plusieurs secondes à ses adversaires. L'australien, lui, se battait toujours avec George pour la deuxième place, le talonnant avec un écart ridicule de deux centièmes. Mon cœur s'emballa à nouveau, pulsant contre ma cage thoracique. Daniel fit un écart, DRS activé, et les courbes de sa monoplace s'affolèrent sur les écrans. Je retins ma respiration, une poussée d'adrénaline brûlant mes veines. Le pilote dépassa l'anglais à une allure dingue, arrivant à toute vitesse dans le virage, freina au dernier moment et manqua de partir en tête à queue alors que l'arrière de la monoplace se décrochait de la piste. Je lâchais un cri aigu et couvrais mes yeux par réflexe, mais seuls des soupirs de soulagement accueillirent ma peur. Les yeux humides, je les relevais pour fixer la rediffusion du direct. Daniel traçait George, s'éloignant de lui centième par centième, à une vitesse tout simplement dingue. Bouche bée, je me précipitais vers les écrans.

Jamais il n'avait piloté ainsi, freinant le plus tard possible dans les courbes et reprenant une puissance étourdissante dès la sortie, adaptant sa trajectoire et l'énergie de la batterie pour en devenir un monstre du pilotage. L'écart entre lui et Max se mit à réduire à vue d'œil, seconde après seconde, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent au coude à coude. Main plaquée sur la bouche, mon regard se baladait entre les plans des caméras et les graphiques affolés sur les écrans des ingénieurs. C'était comme s'il avait des ailes, il volait sur la piste, avalait les kilomètres, et était maintenant prêt à en découdre avec son coéquipier. Un coup d'œil au nombre de tours m'informa qu'il n'en restait qu'une dizaine à présent.

V-CARB RB 25 - Daniel RicciardoOù les histoires vivent. Découvrez maintenant