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Il est 20h00 passé et Lequellec et moi sommes toujours sur les dossiers. Il y en avait une bonne trentaine, venant des quatre coins de la France. Nous sommes épuisés d'avoir analysé ces horreurs toute la journée. Même si cela fait partie de notre quotidien, on ne s'y habitue jamais vraiment. Comment pouvons-nous nous habituer à la cruauté humaine ? Nous pouvons concevoir mais nous ne pouvons pas comprendre. Jamais on ne pourra comprendre parce que comprendre c'est aussi accepter. Pour ma part, je ne peux pas accepter. Je ne pourrai jamais accepter la mort d'une personne. Je n'ai jamais accepté la mort de ma sœur. J'ai fait mon deuil, ça oui. Mais je n'ai jamais accepté, jamais pardonné. En partie certainement parce que je suis persuadée que ce n'est pas la bonne personne qui est derrière les barreaux aujourd'hui. Enfin bref...

Nous avons réussi à dégager deux affaires parmi les dossiers. Je suis persuadée que ces deux crimes ont été perpétrés par notre fanatique. Le premier remonte à deux ans, une jeune femme de 27 ans a été retrouvée morte à Brest au niveau du port. De l'ADN du tueur a été retrouvé sur la scène de crime mais il ne fait pas partie de nos fichiers donc nous n'avons pas pu l'identifier. Elle avait été étranglée par derrière, comme notre victime de Cagnes-sur-Mer. Je ne pense pas que ce meurtre ait été préparé, d'où la découverte d'ADN. Cette femme de 27 ans était une prostituée. Mon hypothèse c'est qu'elle était en train de travailler sur le port (comme c'est assez connu à Brest) et notre fanatique a été pris d'un élan de fureur et a voulu mettre en œuvre la parole de dieu sur un coup de tête. Pas de message laissé donc ce meurtre pourrait être son premier. Cette femme n'avait pas de famille et ses amis n'ont répondu que très brièvement aux questions des enquêteurs. De toutes façons, ça ne sert à rien, notre assassin est un tueur isolé qui n'entre pas en relation avec ses victimes ou son entourage avant de les tuer, j'en suis persuadée.

Le second remonte à l'année dernière, une adolescente de 17 ans a été retrouvée sur la plage du Mourillon à Toulon. Cette fois-ci, pas d'ADN retrouvé, les mêmes marques d'étranglement avec des gants en cuir, de l'eau huilée retrouvée sur le front. Son entourage a été interrogé mais ce qui a le plus soulevé mon attention c'est l'audition de son petit-ami. Ils avaient fait leur première fois ensemble quelques jours auparavant à l'endroit où la jeune fille a été retrouvée. Il n'avait pas laissé de message mais pour moi, c'était ça son message. Il avait tué cette ado et l'avait laissée à l'endroit où elle avait perdu sa virginité, ce que l'église condamne si on est pas mariés.

Hormis le mode opératoire de notre tueur, nous pouvons soulever plusieurs points communs entre ces trois crimes. Premièrement, il ne tue que des femmes. Deuxièmement, à chaque fois il condamne ce que l'église considère être de l'immoralité sexuelle. La victime de Brest était une prostituée, celle de Toulon avait perdu sa virginité sans être mariée et celle de Nice trompait son mari. Notre gars a un sérieux problème avec le sexe et je ne serai pas étonnée qu'il soit toujours vierge et célibataire. Mais ce que je n'arrive pas encore à comprendre, c'est le point commun entre ces trois villes. Pourquoi notre tueur avait-il tué dans trois villes différentes ? Est-ce que ça s'était passé lorsqu'il était parti en vacances ? Habite-t-il vraiment à Nice ou bien à Brest ou Toulon ?

Lequellec et moi sommes crevés, assis à mon bureau en train de boire notre dixième café de la journée. Lisant et relisant nos trois dossiers, essayant de trouve la faille. Mais la fatigue embrouille mon cerveau. Lequellec baille à pleins poumons.

- J'ai l'impression que plus on avance sur ce dossier et plus on a de questions, dit-il.

- Tout est là, il y a forcément quelque chose qui nous échappe.

- Je pense qu'il faut qu'on reprenne ça demain à tête reposée Commandant, on arrive plus à réfléchir là.

Je sais bien qu'il a raison mais ça me rend folle de sentir que la réponse est devant moi et que je ne la trouve pas. Je peux rester des heures et des nuits entières à lire et relire des dossiers afin de trouver la faille. Marina me l'a souvent reproché quand nous vivions à Paris. Je ramenais les dossiers à la maison et travaillais toute la nuit. J'étais complètement obsédée parfois, à tel point que je suis passée très proche du burn-out. J'avais vu une psy même si ce n'est pas très bien vu dans la police mais elle m'a beaucoup aidée. Elle m'a permis de m'écouter et d'accepter le fait que parfois, ce que l'on voit dans notre métier et ce que l'on vit peut être traumatisant. Elle m'a montré que ce que je voyais comme étant des faiblesses étaient en fait des forces. Heureusement qu'elle avait été là car je ne pense pas que j'aurai pu avoir ce poste aujourd'hui sans son aide. Et je ne peux pas prendre le risque que ça recommence. Je ne peux pas laisser mes névroses prendre le dessus sur moi.

Non, je n'ai rien oubliéDes histoires addictives. Découvrez maintenant