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Je pousse la porte de chez moi, m'attendant à être submergée par les conversations hautes en couleur de ma belle-mère mais rien. Le silence. Je m'aventure dans la maison, personne dans le salon, personne dans la salle à manger. C'est en arrivant à la cuisine que je me retrouve face à Marina, accoudée à l'ilot central de la cuisine, elle m'attend, le regard noir, un verre de vin posé devant elle. Je ne m'attendais pas à devoir m'expliquer directement en rentrant et je comptais sur la bonne humeur de mes beaux-parents pour adoucir Marina mais il faut croire que ce n'est pas l'option qui s'offre à moi ce soir.

- Tes parents sont partis ?

- Oui. Mon père ne voulait pas prendre la route de nuit. Ils auraient aimé te dire au revoir mais vu que tu as eu une urgence au travail..., son ton est froid et ses yeux me fusillent.

- Je suis désolée, je ne pensais pas que ça allait durer aussi longtemps.

En réalité, ça n'avait pas duré très longtemps avec Marion mais j'avais eu besoin de marcher pour réfléchir après notre entrevue. Évidemment, sa découverte m'a chamboulée mais je mentirai si je disais que c'est la seule raison. Cette proximité entre nous, cette alchimie, ce que je ressens quand elle s'approche de moi, je n'arrive pas à me la sortir de la tête. Moi qui suis si douée pour analyser les comportements et résoudre des énigmes, voilà que pour la seconde fois de ma vie, Marion en devenait une indéchiffrable. C'est dans des moments comme ça que j'aimerais pouvoir parler à Sophie. Elle savait trouver les mots pour me débloquer comme si elle possédait la clé de mon inconscient.

- Ne te fous pas de moi Elsa. Tu vas me prendre pour une conne encore combien de temps ?

Marina ne me laisse pas le temps de répondre et enchaine.

- J'ai vu que c'était l'autre qui t'appelait ! Et tu vas me dire que c'était une urgence de travail ? Un dimanche ? Certo ! Qu'est-ce qu'elle avait de si urgent à te dire hein ?

- Marina, calme toi, lui dis-je en m'approchant d'elle.

- Que je me calme ?! Tu pars rejoindre ton ex pendant des heures alors qu'on était avec ma famille et c'est moi qui dois me calmer ?! Tu as perdu la tête ou quoi ?

- Mais tu ne me laisses même pas le temps de m'expliquer.

Malgré la situation, j'essaye de rester calme. Il ne faut pas que j'envenime les choses surtout que sur la forme, elle n'a pas forcément tort et j'aurai peut-être dû lui expliquer mes soupçons par rapport au meurtre de Sophie. Mais il fallait que je sois sûre. Et puis je ne voulais pas gâcher le week-end avec ses parents. Et elle n'a pas tort pour Marion non plus... A moindre mesure mais quand même... Mais ça, je ne peux pas lui dire.

- Pour que tu me mentes encore ?! Ao basta !

- C'est par rapport à Sophie !

Marina s'arrête net, elle me regarde, les yeux pleins d'incompréhension. Et là, je lui déballe tout. Enfin presque. Comment je me suis retrouvée à lire le dossier archivé, mes doutes qui n'ont fait que s'accroitre, la galerie, l'ADN, le service demandé à Marion (j'ai eu le droit à une moue de sa part à ce moment-là mais elle est restée silencieuse) et enfin les résultats qui confirment ma théorie. Plus je lui parle et plus je vois qu'elle s'apaise. Toujours en silence, elle s'approche de moi et me prend dans ses bras. Je me sens enveloppée, comme bercée par son amour indéfectible envers moi. Marina sait quand il faut laisser place au silence et à la tendresse. Elle sait faire en sorte que je me recentre, que je mette mon cerveau sur pause le temps d'un instant. C'est son super pouvoir.

Non, je n'ai rien oubliéDes histoires addictives. Découvrez maintenant