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Je conduis à toute vitesse sur les petites routes de l'arrière-pays niçois. Le ciel gronde, d'énormes nuages noirs menacent d'éclater à tout moment. Les tempêtes dans la région sont souvent dévastatrices. J'ai l'impression d'être cette tempête. Mon corps est envahi par ma colère. Colère envers ce salopard mais aussi envers moi-même. Encore une victime que je n'ai pas été en mesure de sauver. Encore une famille meurtrie. J'ai de plus en plus de mal à le supporter. Ma haine est tellement immense que j'ai envie de le buter. Je repense à Sophie. L'orage éclate. J'arrive enfin près de la scène de crime. Lorsque je sors de mon véhicule, la pluie se met à tomber très fort. L'orage à nouveau. Ça ne va pas être une petite tempête. Je me réfugie sous mon manteau et cours vers la maison où s'affairent déjà nos équipes.

La maison est plutôt grande, sur un seul niveau, toute en pierre. Je passe devant la cuisine où je vois un homme en train d'être interrogé par une collègue, il est certainement de la famille de la victime. J'arrive enfin au niveau de la scène de crime où des policiers de la scientifique s'affairent ainsi que Marion et Lequellec. A première vue, même mode opératoire : bras en croix, étranglement, montre à gousset. La femme est allongée sur un lit que je présume être le sien. Des bougies sont allumées dans la pièce, comme pour une veillée, c'est nouveau ça. Qu'est-ce qu'il veut nous dire ? Lequellec s'approche de moi et me serre la main, Marion arrive également mais ne me salue pas. Un vent glacial souffle entre nous. Pas étonnant après notre dernière conversation. Après tout, je sais que je l'ai blessée. Mais ça m'attriste de la voir si froide avec moi. Elsa c'est quoi ton putain de problème ? Elle instaure des barrières et c'est exactement ce qu'il faut faire. Marion me fait le topo en gardant un ton très neutre.

-       Le décès remonte à trois heures environ donc elle a été tuée aux alentours de 20h. Même mode opératoire donc étranglement avec gants en cuir. Toujours l'huile sur le front, bras mis en croix post-mortem. Pas de traces de lutte ni de violences sexuelles. Lequellec a le reste des infos, je vais voir mon équipe.

Elle quitte la pièce. Son ton était glacial tout le long et elle ne m'a même pas regardée une seule fois. Je sais qu'elle est nécessaire mais je déteste sentir cette distance entre nous. Distance qui n'a pas échappée à Lequellec qui se rapproche de moi et me chuchote :

-       C'est un peu froid entre vous deux non ?

-       Mêlez-vous de ce qui vous regarde Lequellec.

-       Vous êtes sûre que vous ne voulez pas en parler ? Parfois ça aide d'extérioriser pour mieux comprendre ses sentiments. Vous avez déjà lu les accords toltèques ?

C'en est trop. La colère que je ressentais revient de plein fouet et avant même que je n'ai eu le temps de réfléchir, je plaque Lequellec contre le mur, une main sur son cou. Ses yeux s'écarquillent, l'air complètement sidéré.

-       Pour commencer, je n'ai pas de sentiments pour le docteur Pieri. Deuxièmement, je préfèrerais que des guerriers afghans me dissèquent le foie plutôt que d'avoir ce genre de conversation avec vous. Et c'est la dernière fois que je vous le dis sinon je vous envoie au placard Lequellec et croyez-moi, vous n'avez pas envie d'y aller. C'est bien compris ?

Lequellec acquiesce, de la terreur dans le regard. Je relâche ma prise, consciente d'être allée un peu trop loin. Pour ne rien laisser paraitre, je me dirige vers la victime.

-       Bien. Qu'est-ce qu'on sait sur la victime ?

Lequellec revient peu à peu à lui, il se racle la gorge afin de se donner de la contenance. J'espère que je ne l'ai pas trop secoué. Il sort son petit bloc note de l'intérieur de sa veste et enchaine.

Non, je n'ai rien oubliéDes histoires addictives. Découvrez maintenant