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Matinée pluvieuse. Lequellec et moi sommes dans le salon de la mère de Stéphane Davin. L'appartement n'est pas très grand et il donne l'impression de s'être arrêté dans le temps. Les meubles et la décoration sont tout droit sortis des années 90 et il y règne une atmosphère morose, comme si la vie avait quitté les lieux depuis bien longtemps. Catherine Davin nous sert du café, son mari n'est pas avec nous. Il est dans leur chambre et se repose. Elle nous explique qu'il a fait un AVC il y a deux mois et que depuis il est alité et a perdu l'usage de la parole. Stéphane est rentré à Nice pour les aider dès qu'il a appris la nouvelle. Ce qui correspond bien à la temporalité du meurtre de Laura Boileau. Évidemment, je n'explique pas à sa mère pourquoi nous cherchons son fils. Nous prétextons simplement de devoir lui poser des questions pour une affaire en cours.

- Et du coup, vous nous disiez que Stéphane n'était pas revenu chez vous depuis quelques jours. Vous avez une idée d'où il aurait pu aller ? Chez un ami peut-être ? lui dis-je.

- Un ami ? elle se met à rire. Stéphane n'a jamais eu d'amis. Déjà petit, il était toujours dans son coin, toujours seul. Ah si ! Il s'était fait une copine au collège. Comment elle s'appelait déjà ? Il nous parlait tout le temps d'elle. Oui oui, ils étaient copains au collège et au lycée. C'était sa seule amie d'ailleurs. Oh comment elle s'appelait...

- Vous vous souvenez d'endroits où il aimait aller quand il était plus jeune ?

- Il aimait bien aller dans la colline pour chasser des oiseaux. Ah Léa ! Elle s'appelait Léa ! Elle était mignonne comme tout. Stéphane était fou amoureux d'elle mais elle le voyait juste comme un ami. Il croyait qu'ils allaient se marier et tout le tralala. Il a jamais eu grand-chose dans le cerveau vous savez. Non, un bon à rien cet enfant. Tu m'étonnes qu'elle ait pas voulue de lui la petite.

Évidemment, une mère castratrice et dépourvue d'amour envers son fils, un classique dans le profil de tueur en série.

- Vous vous souvenez du nom de famille de Léa ?

- Oh non. Je ne crois même pas l'avoir su un jour !

- Est-ce que vous savez si la religion a une place particulière dans la vie de votre fils ?

- Stéphane ? elle rit à nouveau, ça me rappelle le rire glaçant de son fils. J'en ai des frissons. Quand il était petit, il était même pas capable de retenir un « Je vous salue Marie». Il nous foutait la honte à la messe. Rien dans le crâne je vous dis. C'est pas comme Christian, son grand frère. Le pauvre, paix à son âme, elle fait le signe de croix. C'était un ange mon fils. Il a été percuté par une moto en traversant la route. Stéphane était avec lui mais il n'a rien eu. Enfin, parfois les décisions du seigneur, vous savez...

Très bien, donc elle est clairement en train de nous dire que ce n'est pas le bon fils qui est mort quoi... Cette femme est un enfer. Je vois Lequellec écarquiller les yeux, il n'en revient pas.

- Christian était en dernière année de séminaire, il allait devenir prêtre, dit-elle avec fierté. Stéphane l'a toujours admiré. En même temps, y'avait de quoi ! Regardez.

Elle se lève et va récupérer une photo. Elle s'approche de nous pour nous la montrer, un sourire à la fois triste et fier sur les lèvres.

- Regardez comme il était beau mon Christian.

- Oui très beau, dis-je pour lui faire plaisir.

Mais ce qui m'intéresse c'est le jeune garçon à côté. Un jeune ado en surpoids, l'air taciturne avec un regard en coin qui fait froid dans le dos.

Non, je n'ai rien oubliéDes histoires addictives. Découvrez maintenant