17

498 19 10
                                        

Je me réveille, le bras tout engourdi sous le poids de la tête de Marion qui s'est endormie sur moi. Je retire mon bras délicatement pour éviter de la réveiller et regarde l'heure sur mon téléphone. 7h32. Je vois un message de Marina qui me souhaite une bonne nuit et me dit de faire attention à moi. La vague de culpabilité refait surface. Ce n'est même plus une vague à ce stade, c'est un tsunami. Les évènements de la veille refont surface dans mon esprit, comme dans un film en accéléré. Comment j'ai pu lui faire ça ? Comment j'ai pu trahir la femme que j'aime ? Tout ça pour succomber à la tentation de la chair. Si elle venait à l'apprendre, elle ne me le pardonnerait jamais. Elle ne doit pas savoir, jamais. Mais comment vais-je réussir à reprendre une vie normale après ça ? Comment continuer à vivre un mariage que je viens de bafouer ? Je me déteste rien qu'à l'idée d'imaginer partager le quotidien de Marina alors que je lui ai été infidèle. Je sais très bien que ne pas lui dire, c'est lui manquer encore plus de respect. C'est la trahir à nouveau. Mais je ne peux pas risquer de la perdre. Je ne peux pas tout envoyer valser pour le goût du souvenir. J'ai besoin d'une douche pour me rafraichir les idées. Je me dirige vers la salle de bain sans bruit pour ne pas réveiller Marion. La tempête dehors n'a pas l'air de s'être calmée.

Sous la douche, je repense à ce qu'il s'est passé hier. Ce serait mentir de dire que ça ne m'a pas chamboulée. J'ai une sensation à la fois douce et amère dans le corps. Douce parce que ce moment était inoubliable. Je ne pensais pas qu'il était possible d'aimer à nouveau autant un corps. Je croyais que tout meurt avec le temps qui passe. Aujourd'hui, je sais que non. Amère parce que j'ai bravé l'interdit et que nous finirons toutes les trois, indéniablement, par souffrir tôt ou tard. Marina se retrouve mêlée malgré elle à un torrent à venir et j'en suis l'unique fautive.

Je sors de la salle de bain. Marion est réveillée, elle est sur son téléphone. Elle n'a pas l'air tourmentée, au contraire de moi qui me liquéfie en la voyant. C'est comme si tant qu'elle était endormie, ce qu'il s'est passé hier n'était qu'un souvenir, presqu'un songe. Mais maintenant qu'elle est réveillée, tout est bien réel.

- Le département est passé en vigilance orange mais les routes sont toujours barrées pour le moment. Elles devraient être dégagées en fin de matinée, me dit-elle, toujours le nez sur son écran.

J'acquiesce en silence. Je sens qu'elle lève son regard vers moi mais je ne la regarde pas, faisant mine de chercher quelque chose dans mon sac de sport. Je m'assois au pied du lit, dos à elle. Le silence est assourdissant. Mais je sais qu'elle va le briser.

- Tu veux parler d'hier ?

- Il n'y a rien à dire. C'est arrivé, c'est tout.

- C'est tout ? Tu te fous de moi là ?

Je ne réponds pas. Marion dans son élan de colère m'attrape le bras pour que je me retourne. Je m'efforce de rester forte et de ne rien laisser paraitre.

- Elsa, regarde-moi. C'est tout ce que tu trouves à dire ?!

- Il faut oublier ce qu'il s'est passé hier. C'était une erreur et ça ne peut pas se reproduire.

- Tu peux essayer de te persuader mais je ne rentrerai pas dans ton jeu. Hier soir tu en avais envie autant que moi. Et hier soir Elsa, on a pas baisé, on a fait l'amour et ça je te garantis que tu ne pourras pas l'oublier.

- Et alors quoi ?! J'envoie chier tout le monde et on vit notre petite idylle qui durera une seconde et demi ? J'ai une vie Marion ! Une vie avec une femme que j'aime et qui a toujours été là pour moi. Je peux pas tout envoyer en l'air comme ça !

- Mais je ne te demande pas de tout quitter pour moi. Je veux simplement qu'on discute Elsa !

Je me lève du lit, je ne peux pas rester une seconde de plus dans cette chambre. Je me sens oppressée et cette dispute ne mène à rien. Je n'ai jamais été douée pour la communication et là, ce n'est clairement pas le moment. J'ouvre la porte, Marion ne dit rien. Elle me regarde, des larmes lui montant aux yeux. Je sens ma gorge se serrer mais je ne peux pas laisser place à la faiblesse. Il faut ériger à nouveau des barrières. A ce stade, il faudrait plutôt une forteresse...

Non, je n'ai rien oubliéDes histoires addictives. Découvrez maintenant