MATHIEU PRUSKI
Vittoria m'a suivit dans les couloirs de Panenka. J'ai eu un petit sourire en coin en la voyant admirer les noms des artistes et les différentes certifications sur les murs. C'était pas pour me la péter ou quoi. Juste c'était un endroit important pour moi et ça me faisait plaisir que pour une fois, la petite brune respecte quelque chose en lien avec moi. Je l'aurais grave mal pris si elle s'était foutu de ma gueule parce que le rap c'était toute ma vie et j'avais tellement taffé pour en arriver là.
En parlant de choses importantes pour moi, j'aperçois l'une des personnes les plus importantes de ma vie.
- Oh Flav !
Mon manager se retourne en m'entendant. Je le rattrape rapidement en souriant. Il a l'air de galérer à porter un carton.
- Tu te rappelles de Vittoria ?
Flav fronce des sourcils le temps de se rappeller où il a pu la croiser. Franchement il abuse parce que c'est pas comme si je ramenais des tonnes de meufs dans ses locaux. Et encore moins des brunes à l'air insolent.
- Si si bien sur. Ça va ?
Vittoria lui a répondu polimment. J'ai retenu un sourire en voyant qu'elle faisait la timide à limite se cacher derrière moi.
On a rapidement discuté encore quelques minutes avant que je finisse par clore la discussion.
- Bon c'est pas tout mais la miss ici présente à hyper faim donc faut qu'on y aille.
Vittoria m'a jeté un regard noir qui a fait rire Flav. On s'est éloignés après l'avoir salué. Une fois dehors, Vittoria m'a tapé l'arrière de la tête.
- J'étais pas la seule à avoir faim hein.
J'ai passé une main sur l'arrière de mon crane. Fallait pas qu'elle vienne boxer, elle, sinon elle allait faire des ravages.
J'ai rabattu ma capuche sur ma tête et Vittoria ma jeté un regard en coin.
- Dis le si t'assume pas d'être à côté de moi.
- Je veux juste pas attirer l'attention.
Je l'ai rapproché de moi en passant mon bras sur ses épaules avant de poursuivre :
- C'est impossible d'avoir honte de toi voyons.
Elle a levé les yeux au ciel et j'ai maintenu quelques secondes de plus mon bras sur ses épaules avant qu'elle me repousse en secouant la tête.
- Fais pas cette tête Vitto hein. En vrai c'est juste je veux pas qu'on vienne me parler.
La brésilienne a hoché de la tête avec un air compréhensif.
- J'avais zappé. Ça doit être chiant n'empêche. Moi à ta place je voudrais que tout le monde voit que je marche avec une frappe comme moi.
Essayer de comprendre sa phrase à faillit me faire une fracture du cerveau. Mais dans le fond j'étais d'accord. Je dirais pas non à pécho Vittoria. Juste une fois histoire de passer à autre chose ensuite et évacuer la tension qu'il y avait entre nous.
- Te surestimes pas hein. J'en ai vu des plus fraîches que toi.
Vittoria m'a jeté un regard noir. Je me suis décalé au cas où elle aurait encore envie de me frapper. Je commençais à m'habituer à ses pulsions violentes. Elle devrait vraiment voir un psy à ce sujet ou faire du yoga. Ma petite soeur était à fond dans ce bail là. Elles devraient en faire les deux.
- Je vais faire comme si je te croyais.
On est entrés dans le grec le plus proche du studio. Je connaissais les proprios et ils étaient super sympas. Ils ralaient jamais quand on débarquait à dix et qu'on restait posés pendant tout l'aprem. J'ai souris à Samirah qui était derrière le comptoir.
- Mathieu, ça faisait longtemps !
C'était sans doute parce que j'avais un peu déserté le studio. J'avais eu un peu un passage à vide niveau écriture. Mais depuis quelques semaines, ça allait mieux, je saurais pas trop comment l'expliquer mais j'avais retrouvé l'inspi.
On a passé notre commande et on a attendu en silence. Vittoria tapait un message, ses ongles vernis en bleu faisaient un bruit insupportable sur le clavier.
J'ai jeté un coup d'œil à son téléphone. Visiblement elle parlait travail.
- Tu peux pas t'arrêter un coup ?
Elle m'a jeté un regard noir avant de se reconcentrer sur l'écran de son téléphone.
- Non et tais toi.
J'ai attrapé son téléphone et je l'ai rangé dans la poche de mon jean. J'ai croisé mes bras en voyant le regard de Vittoria.
- Quoi ?
Elle a croisé ses bras à son tour en soufflant.
- Rends le moi. Je faisais un truc important là.
- Ton éducation est vraiment ratée. On dit "s'il te plait" d'abord.
J'abusais carrément. Mais c'était si drôle de la voir s'énerver. Elle était si peu crédible à me faire la gueule deux minutes. En plus y avait quelque chose d'un peu sexy chez elle quand elle faisait la go autoritaire. Mais ça valait mieux le garder pour moi, sinon elle serait capable de me tuer.
- Polak je rigole pas. C'est pour le taff.
- M'appelles pas comme ça. Et t'as qu'à venir le chercher.
La brune s'est mordue la lèvre inférieure comme pour peser le pour et le contre. Elle a poussé un soupir avant de glisser sa main dans la poche de mon jean et de récupérer son bigo.
- T'es un gros con.
J'ai attrapé son menton en souriant de toutes mes dents.
- Et toi tu fais trop la meuf.
Elle a secoué la tête avant de finir par sourire.
- T'es trop chiant avec moi aussi.
J'ai baissé les yeux pour voir si elle rigolait. Elle avait l'air bien sérieuse. Après, c'était pas un scoop : j'étais un gros gamin quand je voulais.
- Tu boudes vraiment ?
Elle s'est tournée pour plus me faire face.
- T'es gentil avec toutes les meufs de Paname mais moi t'es là à me harceler.
J'ai du me retenir de sourire en lentendant.
- T'es jalouse Vitto ?
Elle a secoué la tête mais j'ai bien vu qu'elle rougissait.
- Je suis pas jalouse. Je suis juste victime d'injustice.
- Si ça peut te rassurer t'es ma meuf préférée dans les meufs que j'aime le moins.
Vittoria à finit par se retourner pour me regarder, une petite moue énervée sur le visage.
- Ça me rassure. Merci.
On a continué à avancer en silence. J'arrivais pas à savoir si elle était vraiment vexée ou pas. C'était ça mon problème aussi : j'arrivais jamais à comprendre les meufs et je tombais toujours sur des filles révoltées qui me poussaient à bout. Faudrait peut être que j'y aille un peu plus mollo avec Vittoria mais en même temps c'était si drôle de la rendre folle. Et en même temps les fois où je lui fais des compliments elle me remballe sévère. Je lui ai dis "t'es jolie" elle m'a dit "va là bas".
