sous les projecteurs, dans l'ombre Daniel x Charles

346 8 0
                                        


C'est une de ces nuits à Singapour où tout semble irréel. Le ciel est noir, presque étouffant, mais le paddock est en pleine effervescence. Les lumières éclairent tout comme en plein jour, et les moteurs vrombissent au loin.

Je suis assis sur un banc en retrait, près du garage Ferrari. Je viens de terminer toutes les réunions, donné les interviews, souri aux caméras. Mais malgré l'agitation autour de moi, il y a cette sensation d'être hors du temps. Comme si je n'étais nulle part, un peu perdu, mais étrangement à ma place.

- Tu fais quoi tout seul, Leclerc ?

Je lève les yeux, le ton de la voix est immédiatement reconnaissable. C'est Daniel, bien sûr. Un sourire aux lèvres, il s'approche, l'air toujours détendu, comme si rien n'avait d'importance, mais je sais bien que tout le monde autour de lui pense que sa légèreté est une façade.

Je souris à mon tour, sans vraiment savoir pourquoi. Je pourrais lui répondre, lui donner une explication, mais je me contente de répondre par une question.

- Et toi ? Pourquoi tu traînes ici, à l'écart, au lieu de te préparer pour demain ?

Il s'assoit à côté de moi sans demander, sa présence envahissant sans effort l'espace autour de nous.

- Préparer quoi ? J'ai déjà fait tout ce qu'il fallait.

C'est typiquement Daniel. Toujours à prendre les choses avec cette insouciance qui me fait à la fois rire et m'énerver. Il est de ces gens qui n'ont pas besoin de se forcer. Moi, au contraire, j'ai toujours l'impression que je dois prouver quelque chose à chaque seconde. Et ce soir, c'est encore plus fort.

Je secoue la tête, un léger sourire aux lèvres.

- T'es sûr que tu ne veux pas t'entraîner à être plus sérieux ?

Il rit, un rire franc et cristallin qui fait écho dans l'air chaud de Singapour. Mais ce n'est pas ce rire-là qui me touche, c'est l'intensité de son regard. C'est la manière dont il me regarde, parfois, comme s'il me voyait au-delà de ma façade, au-delà du pilote.

Il me scrute un instant, puis, sans changer de ton, il dit :

- Tu sais, Charles, parfois, il faut juste lâcher prise.

Je le regarde, perplexe. Ce n'est pas la première fois qu'il me dit ça, mais je ne sais pas comment réagir. Parce qu'au fond, je ne sais pas si je peux "lâcher prise".

- Facile à dire pour toi, tu n'as pas la pression que j'ai, l'attente de tout un pays.

Il se tourne alors complètement vers moi, une sincérité brute dans ses yeux.

- Mais si justement. Parce que je comprends cette pression. Et c'est peut-être pour ça que je rigole tout le temps. Parce que quand tu es sous cette pression, tu as besoin d'une échappatoire.

Je suis un peu pris au dépourvu. Je ne savais pas qu'il ressentait ça. Je le regarde, un peu plus attentif. Peut-être qu'il ne joue pas tant que ça. Peut-être qu'il est aussi vulnérable que moi.

- Je ne pensais pas que tu... ressens tout ça.

- Oh, je suis un maître dans l'art de la façade. Mais si tu veux savoir, je me sens aussi parfois un peu perdu. Comme ce soir. Comme toi.

Et là, je réalise que depuis tout à l'heure, ma main est posée sur la sienne, sans que je m'en sois rendu compte. Il ne la retire pas, et je n'ose pas bouger. Un silence s'installe, un silence lourd de non-dits.

- Tu veux qu'on aille boire un verre ? me demande-t-il finalement, brisant le silence.

- Je crois que j'en ai bien besoin, oui.

---

Le lendemain : La course

Les choses changent vite, dans ce milieu. La course arrive, et soudain, tout redevient sérieux. On oublie les sourires, on oublie les jeux. C'est la bataille. Et ce Grand Prix de Singapour ne fait pas exception.

Je suis concentré. La ligne droite du circuit s'étend devant moi, et je sais qu'il n'y a pas de place pour l'erreur. Je ne peux pas laisser ma concentration se briser. Mais alors que je me prépare à franchir la ligne de départ, une pensée m'effleure. Cette pensée qui me hante depuis trop longtemps.

Je jette un coup d'œil à Daniel, sur la grille, quelques places devant moi. Il me fait un signe de la main, un sourire complice. Et, pendant un instant, je suis distrait. Je ne devrais pas, mais je suis distrait. Parce que, je me rends compte que je veux le voir. Je veux qu'il réussisse.

Le départ est lancé. Tout est flou pendant les premiers tours. Les moteurs hurlent, les pneus crissent, et je suis dans la course. Mais au fond, ce n'est pas juste la course qui me brûle, c'est l'envie d'être plus proche de lui. De comprendre ce qui se cache derrière son sourire.

Les tours passent, et Daniel est en tête. Mais je le suis de près. Chaque virage, chaque freinage, je suis juste derrière lui, comme si je ne pouvais pas le laisser partir. Comme si, en quelques tours, tout ce que je ressens pourrait se dénouer.

La dernière ligne droite approche. Je pousse la pédale un peu plus fort, rattrapant chaque millième de seconde que j'ai laissé filer. Daniel est à quelques mètres, mais je ne veux pas juste le rattraper. Je veux que ce moment dure. Je veux voir si c'est vraiment ce que je crois.

Les derniers virages arrivent, et c'est là que je prends mon risque. J'accélère un peu plus, mais je n'essaie pas de le dépasser. Non. Je me contente de rouler à côté de lui. En fait, je me laisse guider par cette étrange sensation.

Quand la ligne d'arrivée apparaît, je suis juste derrière lui. Mais cette fois, je n'ai pas gagné. Ce n'est pas important. Parce que, pour la première fois, je me rends compte que la course n'a rien à voir avec le résultat.

---

Après la course

Je suis dans la salle des médias, encore en tenue, tout juste débarrassé de mon casque. Les journalistes m'entourent, mais mes pensées sont ailleurs. L'image de Daniel, là devant moi, à la fin de la course, avec ce regard presque interrogateur, presque... concerné.

Quand enfin je m'échappe, je le trouve là, contre un mur, le sourire toujours présent, mais cette fois, il y a quelque chose de plus dans ses yeux. Quelque chose que je n'avais pas vu avant.

- T'es content de ta course ? me demande-t-il, comme s'il ne savait pas déjà.

Je ris légèrement, mais ma voix est plus douce, plus sincère cette fois.

- Oui, mais... pas autant que je le devrais.

Il lève un sourcil, intrigué, mais il ne dit rien. Il attend.

Je prends une grande inspiration, me rapprochant de lui. Je n'ai plus peur. Pas maintenant.

- Ce n'est pas le résultat qui compte pour moi, Daniel. C'est juste... toi.

Ses yeux s'agrandissent, comme s'il avait du mal à comprendre, mais tout à coup, il me sourit, et il s'avance.

- Tu veux savoir ce que je pense ?

Je hoche la tête, et sans prévenir, il se penche et dépose un baiser léger sur ma joue.

- Je pense que toi et moi, on pourrait très bien se perdre ensemble.

Et là, je sais. Je sais que tout est possible, qu'au-delà de la course, au-delà des moteurs, il y a nous.

---

Fin.

OS Des histoires addictives. Découvrez maintenant