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CAMILA

Le silence emplissait la pièce comme une chape de plomb.
Je restai immobile, le cœur battant à tout rompre, incapable de détourner les yeux de lui. Isaac. Après six mois sans un mot. Après cette nuit. Après la dispute qui avait tout détruit.

Il se tenait près du comptoir, les bras croisés, son dos appuyé contre le bois. Ses yeux sombres balayaient lentement la pièce, s'attardant sur chaque détail, la bibliothèque, les photos de famille, la couverture soigneusement pliée sur le canapé. Puis, enfin, il tourna la tête vers moi.

— Ça te ressemble, lâcha-t-il d'une voix calme, presque trop calme.

Mes mâchoires se crispèrent.

— Qu'est-ce que tu fous là ? répliquai-je, sèche.

Il resta silencieux un instant, se redressant lentement, comme s'il choisissait chaque pas, chaque geste. Sa démarche était mesurée, prudente, comme s'il s'approchait d'un animal prêt à mordre.

— Il faut qu'on parle, dit-il simplement.

Un rire amer m'échappa.

— Parler ? On a déjà tout dit, Isaac. Et crois-moi, j'ai parfaitement retenu la leçon. Alors non... tu dégages.

Son regard se durcit à peine, mais il ne broncha pas.

— Camila... ce n'est pas aussi simple.

— Alors rends-le simple ! m'exclamai-je, ma voix tremblant de rage. Tire-toi.

Nos regards s'accrochèrent, un duel silencieux où aucun de nous ne voulait céder. Je voyais ses mâchoires se contracter, son souffle plus lourd, mais il tenait bon.

— Est-ce que ton vrai prénom, c'est vraiment Isaac ? lâchai-je brusquement, le cœur serré. Parce qu'après tout ce que j'ai découvert... je commence à douter de tout ce que tu m'as dit.

Je le poussai d'un geste sec vers la porte.

— Sors. Je veux que tu dégages.

Il ne bougea pas d'un millimètre, ses yeux plantés dans les miens. Quand il posa ses mains sur mes poignets, c'était sans force, juste pour me retenir une seconde. Je me dégageai aussitôt, reculant de plusieurs pas.

— Ne me touche pas.

Il leva ses mains, lentement, comme pour me prouver qu'il n'insisterait pas. Mais son regard, lui, ne lâchait rien.

— Très bien... souffla-t-il, la voix basse, rauque. Je vais partir.

Il recula, mais trop lentement. Comme s'il n'était pas prêt à franchir cette porte.

— Alors qu'est-ce que t'attends ? crachai-je, les bras croisés pour cacher le tremblement de mes mains.

Un craquement retentit dans le couloir. Il tourna la tête, tendu.

— Tu n'es pas seule, souffla-t-il, la voix soudain plus dure.

Je soutins son regard avec défi.

— Non. Et ça devrait te rappeler que tu n'as rien à faire ici.

Il esquissa un rire bref, sans joie.

— Jake, hein ? dit-il, son ton trahissant une jalousie mal contenue.

Je me figeai.

— Comment tu...

— J'ai mes sources, répondit-il simplement, avec ce demi-sourire qui me donnait envie de hurler.

— Je ne veux plus jamais te revoir, tu m'entends ?

Ses yeux se plissèrent, comme si mes mots l'avaient frappé plus fort qu'il ne l'aurait voulu.

Secrets That Bind UsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant