CAMILA
Le trajet du retour se fit dans un silence sépulcral, Isaac conduisait avec une raideur mécanique, les mâchoires si serrées que je m'attendais à voir ses dents voler en éclats. Lorsqu'on poussa enfin la porte de la chambre d'hôtel, l'air vicié et l'odeur de moquette poussiéreuse nous accueillirent comme une prison familière. La tension n'avait pas disparu ; elle s'était simplement condensée dans cet espace exigu.
— Va te laver, lâcha-t-il sans même se retourner, alors qu'il jetait ses clés sur la commode avec une violence inutile. Tu pues le sang séché.
— Et toi, tu pues l'arrogance à plein nez, mais je ne t'en fais pas la remarque, répliquai-je en m'appuyant contre le mur pour soulager mon ventre.
Je me dirigeai vers la salle de bain, chaque pas étant une épreuve. Une fois à l'intérieur, je fixai mon reflet dans le miroir piqué. J'avais les traits tirés, les yeux cernés, et cette pâleur qui ne me quittait plus. Je commençai à défaire mon pansement avec précaution, mais mes doigts tremblaient trop. La gaze était collée à la chair, et la douleur me fit monter les larmes aux yeux.
— Fais chier... murmurai-je, les dents serrées.
Soudain, la porte de la salle de bain s'ouvrit brusquement. Isaac se tenait là, l'air sombre.
— Qu'est-ce que tu fais ? Je ne t'ai pas dit d'entrer ! m'exclamai-je en essayant de couvrir ma nudité partielle avec mes mains.
— Tu vas y passer la nuit et tu vas finir par arracher tes points.
Il s'approcha, ignorant mes protestations. Il prit un gant de toilette, le mouilla à l'eau tiède et s'écarta pour me faire de la place devant le lavabo. Ses gestes étaient d'une efficacité brutale, mais ses mains, d'ordinaire si fermes, semblaient hésiter à effleurer ma peau.
— Je peux le faire seule, insistai-je, bien que ma voix manque de conviction.
— Laisse-moi faire avant que je ne perde vraiment patience.
Il commença à tamponner doucement la gaze pour l'imbiber. La proximité était étouffante. Je pouvais sentir la chaleur de son corps, l'odeur de son parfum mêlée à celle du whisky qu'il avait bu. Je gardais les yeux fixés sur son torse, refusant de croiser son regard. Il décolla enfin le bandage. Je grimaçai, saisissant son avant-bras par réflexe. Ses muscles se contractèrent sous mes doigts. Pendant un instant, le temps s'arrêta. Il ne bougea pas, ses yeux rivés sur la plaie, puis ils remontèrent lentement vers les miens. L'hostilité était toujours là, mais elle se mélangeait à quelque chose de beaucoup plus trouble, une électricité que ni lui ni moi ne pouvions feindre d'ignorer.
— Tes points tiennent, finit-il par dire, sa voix étant devenue soudainement beaucoup plus basse. Demain, tu restes ici.
— Tu ne me donneras pas d'ordres éternellement, Isaac.
Il se recula brusquement, brisant le contact comme s'il s'était brûlé. Il sortit de la pièce sans ajouter un mot, me laissant seule avec le bruit de l'eau qui coulait et mon cœur qui cognait contre mes côtes comme un animal en cage. L'eau avait enfin cessé de couler. La vapeur s'échappa en volutes épaisses lorsque j'ouvris la porte de la salle de bain. J'étais vêtue simplement d'un débardeur noir et d'une culotte assortie, une tenue qui me laissait l'impression d'être à nu sous son regard, mais je m'en foutais. La fatigue avait émoussé ma pudeur.
Isaac était assis sur le bord du lit, les mains jointes, fixant le vide. Quand il releva la tête, ses yeux accrochèrent les miens avec une intensité qui me fit marquer un temps d'arrêt. Il tapota le matelas juste devant lui.
— Approche, ordonna-t-il, sa voix n'étant plus qu'un grondement sourd. On va refaire ce bandage.
Pour une fois, je ne protestai pas. Je ne lançai aucune pique. Je m'avançai lentement et m'arrêtai entre ses jambes ouvertes. La proximité était telle que je pouvais sentir la chaleur qui émanait de lui. Il attrapa délicatement le bas de mon débardeur et le remonta juste assez pour découvrir la plaie. Ses doigts étaient froids contre ma peau brûlante, un contraste qui me fit frissonner. Il commença à nettoyer la zone avec une minutie presque hypnotique. Le silence dans la chambre n'était plus chargé de reproches, mais d'une sorte de gravité pesante. Alors qu'il appliquait une nouvelle compresse, il s'arrêta, ses doigts restant posés sur ma hanche. Il ne levait pas les yeux, fixant la cicatrice comme s'il y cherchait une réponse.
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Secrets That Bind Us
Roman d'amourCamila Harley pensait pouvoir tout laisser derrière elle. Après avoir commis l'irréparable, elle a disparu sans un mot, espérant échapper à un passé trop lourd à porter. Pendant six mois, elle a vécu dans l'ombre, reconstruisant une vie loin de son...
