CAMILA — Un an et demi plus tôt
— Alors... si tu ne travailles pas pour lui... ça veut dire que tu travailles contre lui.
Silence.
Il me fixait. Et c'était pire qu'une réponse.
J'aurais préféré un mensonge, même mal dit. Il me fixait seulement. Comme si mes mots n'avaient aucune prise sur lui.
Un frisson me traversa, mais je refusai de le laisser paraître. Alors j'ai planté mes talons dans le bitume et j'ai soutenu ce regard. Ce foutu regard qui semblait tout voir en moi, tout décortiquer.
Il ne tremblait pas. Il ne reculait pas. C'était moi qui bouillonnais.
— Si tu travailles contre lui... murmurai-je, la voix basse, plus rauque. Alors t'es encore plus dangereux que je le croyais.
Et plus le silence durait, plus je sentais la chaleur monter dans ma poitrine. Pas de désir. Pas d'admiration. Une rage froide.
— Tu sais quoi ? soufflai-je, glaciale. Va te faire voir, Isaac.
Je reculai d'un pas, mes yeux plantés dans les siens. Je fis volte-face, mes talons claquant contre l'asphalte. Ma voiture n'était qu'à quelques mètres, cinq pas tout au plus. Mais quand j'arrivai à portée de main, quelque chose me frappa.
Un détail. Infime.
La caisse semblait légèrement penchée sur un côté. À peine visible. Mais je connaissais ma voiture par cœur. Je fronçai les sourcils, me penchai... et là je vis.
Un pneu. Complètement à plat.
— Putain... soufflai-je, la gorge serrée. Mon regard se durcit immédiatement.
Quelqu'un l'avait fait exprès.Et je n'eus même pas besoin de chercher longtemps pour savoir qui. Ce connard de Tag.
Je me redressai, mon poing se refermant de rage. Mes yeux glissèrent malgré moi vers l'endroit où Isaac se tenait toujours, à quelques mètres. Il n'avait pas bougé. Il observait, impassible, comme si la scène entière n'était qu'un spectacle qu'il attendait de voir se dérouler alors qu'il s'allumait sa cigarette.
Je refusai de lui donner ce plaisir. Je tirai violemment la portière, montai dans la voiture, et claquai la porte. Mes mains serrèrent le volant. Je ne pouvais pas bouger. Le pneu était foutu. J'étais coincée.
Je jurai entre mes dents, puis frappai le volant de la paume.
— Bordel de merde !
Et malgré moi, mes yeux se levèrent. Vers lui. Mais il ne bougea pas. Il tirait tranquillement sur sa cigarette, ses yeux rivés aux miens avec une patience presque provocante.
Il jeta sa cigarette au sol, l'écrasa du talon, et fit quelques pas vers moi. Ses yeux ne quittaient pas les miens, calmes, presque inébranlables.
— Ton pneu est crevé, dit-il simplement, sans agressivité.
Je fronçai les sourcils, un peu surprise qu'il l'ait remarqué aussi vite.
— Sans blague, soufflai-je, la voix sèche.
— On peut changer le pneu, si t'as une roue de secours, continua-t-il.
Je secouai la tête, frustrée et coincée.
— Non... rien à faire.
Il prit une légère inspiration, ses mains glissant dans ses poches. Ses yeux balayèrent la voiture, puis moi, comme pour jauger toutes les options possibles.
— Personne pour te ramener ? demanda-t-il d'une voix tranquille.
Je secouai la tête.
— Non. Lara... je devais rentrer avec elle, mais elle est parti avec quelqu'un d'autre. Et rentrer chez mes parents... impossible. À cette heure, je ne peux pas. Mon père... je ne veux pas me retrouver face à lui ce soir.
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Secrets That Bind Us
Roman d'amourCamila Harley pensait pouvoir tout laisser derrière elle. Après avoir commis l'irréparable, elle a disparu sans un mot, espérant échapper à un passé trop lourd à porter. Pendant six mois, elle a vécu dans l'ombre, reconstruisant une vie loin de son...
