Le neuvième mois arriva comme un orage silencieux.
Leyssa marchait moins vite. Dormait difficilement. Son ventre était lourd, sa peau sensible, ses humeurs encore plus. Chaque petit geste devenait une bataille, chaque matin un défi mais elle s’accrochait pour elle pour ce bébé pour ne pas sombrer.
Woody, lui, restait toujours présent en retrait, mais attentif. Il avait appris à connaître ses silences. Ses soupirs. Ses gestes brusques qui voulaient dire "laisse-moi tranquille", et ceux plus lents qui signifiaient "j’ai besoin d’aide, mais je ne dirai rien". Il dormait dans un petit appartement non loin, mais chaque matin, il passait prendre de ses nouvelles. Toujours à la même heure. Toujours sans s’imposer.
Elle le laissait faire.
Parce qu’au fond, elle avait besoin de lui. Même si elle ne l’avouerait jamais.
Mais quelque chose commençait à l’inquiéter.
Elle sentait que son corps ne réagissait plus normalement. Des douleurs inhabituelles, des vertiges de plus en plus fréquents et cette sensation étrange que son bébé bougeait moins qu’avant. Elle tenta d’ignorer de se convaincre que c’était la fatigue, le stress, les hormones.
Jusqu’à ce fameux après-midi.
Leyssa était seule chez elle, étendue sur le canapé, une main posée sur son ventre elle attendait ce petit coup de pied familier. Ce petit signe de vie. Mais rien. Depuis des heures. Elle changea de position, bu de l’eau glacée, parla au bébé… toujours rien.
Un frisson d’angoisse remonta le long de sa colonne.
Elle attrapa son téléphone.
— Woody… je crois qu’il y a un problème.
Il ne posa aucune question. Dix minutes plus tard, il était là.
Le trajet jusqu’à la maternité fut silencieux, tendu. Leyssa serrait sa ceinture, les yeux rivés sur le tableau de bord, le souffle court. Woody gardait une main sur son volant, l’autre tendue vers elle sans la toucher, comme s’il voulait l’entourer sans la heurter.
Une fois arrivés, tout s’enchaîna vite. Trop vite.
Examens. Moniteurs. Prises de sang. Visages inquiets. Voix pressées et puis cette phrase que Leyssa n’oublierait jamais :
— Le rythme cardiaque du bébé ralentit. On doit agir vite.
Woody voulut parler. Poser des questions mais Leyssa l’attrapa par la manche, le regard brûlant.
— Tu restes là. S’il te plaît. Reste avec moi.
Et pour la première fois depuis des mois, il sentit qu’elle l’autorisait à l’aimer à nouveau même si c’était juste pour ce moment-là même si c’était juste pour survivre ensemble.
Elle fut emmenée en salle d’accouchement précipitamment.
Césarienne d’urgence.
Complications placentaires.
Et lui… il attendit dehors. Impuissant. Assis sur une chaise métallique, les coudes sur les genoux, les mains tremblantes chaque minute paraissait une éternité il pensait à toutes les choses qu’il n’avait pas dites. À tous les moments qu’il avait laissés fuir à tout ce qu’il risquait de perdre… encore une fois.
Puis enfin… un cri.
Un minuscule cri.
Et une infirmière qui arriva, le visage fatigué mais souriant.
— Félicitations… c’est une fille.
Woody s’effondra sur le siège, les larmes silencieuses roulant sur ses joues.
Il ne voulait pas être heureux sans elle.
— Et la mère ? Elle va bien ?!
Un silence. Puis un hochement de tête rassurant.
— Elle est fatiguée, faible… mais elle s’en sortira. Vous pouvez aller la voir bientôt.
Quand il entra dans la chambre, elle dormait.
Pâle. Fragile. Un petit pansement sur le bras, des perfusions, des fils. Elle semblait à mille lieues d’elle-même mais il sut il sut qu’il n’avait jamais aimé quelqu’un autant que cette femme-là.
Il s’assit près du lit, sans bruit.
Et pour la première fois, il osa poser une main sur son bras.
Elle ne le repoussa pas.
Puis ses paupières s’ouvrirent lentement. Elle le vit. Elle vit dans ses yeux toute la peur, toute la douleur, tout l’amour et elle murmura :
— Elle va bien ?
— Elle est parfaite, souffla-t-il. Comme toi.
Elle sourit, très faiblement. Puis détourna les yeux.
— Je t’ai détesté, Woody. J’ai voulu que tu disparaisses.
— Je sais.
— Et là, j’ai eu peur de mourir… sans t’avoir pardonné.
Woody ravala ses sanglots.
— Tu n’as pas besoin de me pardonner. Je resterai même si tu ne m’aimes plus jamais. Je veux juste être là. Pour vous deux.
Un silence s’installa. Doux. Apaisant.
Puis, du bout des lèvres, elle chuchota :
— Alors reste mais ne me brise plus jamais.
Et dans ce silence hospitalier, au milieu des machines qui bipaient doucement, Woody jura intérieurement qu’il ne trahirait plus jamais cette confiance.
Parce que maintenant, il ne vivait plus que pour elle… et leur fille.
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Amour Inattendu
AdventureLeyssa, une jeune collégienne vivant à New York avec sa grande sœur Cloé, tente de se reconstruire après la mort de ses parents. Mais à la suite d'un simple conflit amical, elle prend une décision qui va bouleverser sa vie à jamais...
