Le retour à la maison se fit sous un ciel gris et un vent frais typique de la Norvège. Tout semblait silencieux, presque trop. Comme si la ville elle-même retenait son souffle pour accueillir cette nouvelle vie.
Leyssa portait leur fille dans ses bras, blottie contre elle, si petite, si fragile... et si belle. Ses traits étaient encore indéfinis, mais Woody n'arrêtait pas de répéter qu'elle avait les yeux de sa mère.
Il n'y avait pas de fleurs ni de ballons. Pas de grande fête. Juste eux trois. Et, quelque part, c'était suffisant.
Les premiers jours furent... chaotiques.
Les pleurs. Les nuits blanches. L'allaitement. Les couches. Les doutes constants. Était-elle trop chaude ? Trop froide ? Pourquoi pleure-t-elle autant ? Pourquoi ne pleure-t-elle plus du tout ?
Leyssa se sentait dépassée. Épuisée. Et parfois, elle se surprenait à pleurer sans raison en tenant sa fille contre elle, juste à cause du trop-plein d'émotions.
Woody, lui, faisait de son mieux. Il se réveillait la nuit, la berçait, apprenait à changer les couches sans se tromper. Il cuisinait, nettoyait, portait Leyssa quand elle n'avait plus la force de marcher. Il était là, à chaque instant.
Et pourtant, une distance persistait. Subtile, mais réelle.
Chaque fois qu'il s'approchait trop, elle reculait d'un pas.
Chaque fois qu'il essayait de l'embrasser, elle détournait les yeux.
Et quand, parfois, leurs regards se croisaient un peu trop longtemps... elle se figeait.
- Tu m'aimes toujours ? demanda-t-il un soir, les yeux remplis de sincérité.
Leyssa resta silencieuse. Le bébé dormait dans ses bras. Elle la regardait, son front si doux, sa bouche entrouverte.
- Oui... souffla-t-elle finalement. Mais je ne peux plus être avec toi.
Il hocha la tête, mais ses doigts se crispèrent légèrement sur le bord du canapé.
- Parce que tu m'en veux encore ?
- Parce que je n'ai plus confiance, Woody. Et l'amour, ce n'est pas suffisant quand le cœur a été brisé.
Il baissa les yeux. Mais il ne lâchait pas.
Quelques jours plus tard, il revint avec une idée.
Ils étaient en train de ranger des vêtements du bébé dans une petite commode quand il dit doucement :
- Et si on partait ? En Italie.
Leyssa releva la tête, surprise.
- Quoi ?
- Ma famille a une maison dans les collines, près de Florence. C'est calme. Sécurisé. On aurait de l'aide. De l'espace. De quoi bien l'élever.
- Tu veux m'emmener dans ta villa de riche ?
Il sourit, un peu gêné.
- Ce n'est pas ça. C'est juste... ici, c'est froid, c'est compliqué. Tu es seule. Tu galères. Là-bas, on pourrait vivre plus facilement. Elle pourrait grandir sans manquer de rien.
Un silence.
Puis Leyssa répliqua, la voix tendue :
- Sans manquer de rien, ou avec trop de tout ? Tu veux qu'elle devienne quoi ? Une enfant gâtée qui pense que tout s'achète ? Non, Woody. Je veux qu'elle apprenne la valeur des choses. Qu'elle sache que ce qui compte, c'est l'amour, pas l'argent.
Il s'approcha d'elle, posa une main sur sa joue.
- Alors viens. On l'élèvera avec amour. Avec patience. Avec tout ce que tu veux. Mais viens... Ne refuse pas quelque chose de bon juste par peur de ce que ça représente.
Elle détourna les yeux, troublée. L'Italie... c'était une idée tentante. Une maison plus grande. Une chambre pour le bébé. Des aides. Une vie plus douce, moins dure. Mais aussi une vie avec lui. Et elle ne savait pas encore si son cœur était prêt.
- Je vais y réfléchir, murmura-t-elle finalement.
Et c'était déjà une petite victoire pour Woody.
Les jours passaient. Les nuits aussi, entre cris et biberons. Et malgré tout, quelque chose changeait.
Il y avait des regards volés. Des sourires esquissés. Des souvenirs qui revenaient en silence.
Un soir, alors qu'elle n'arrivait pas à endormir leur fille, Woody s'approcha et prit le bébé doucement. Il la berça contre lui, murmura une berceuse italienne, et la petite s'endormit presque aussitôt.
Leyssa le regardait, assise au pied du lit, les bras croisés.
- Tu sais que t'as trop d'influence sur elle déjà ? murmura-t-elle avec un petit sourire fatigué.
Il haussa les épaules, faussement innocent.
- Peut-être que j'en ai encore un peu sur sa mère aussi...
Elle ne répondit pas. Mais ce soir-là, elle ne le repoussa pas quand il la serra doucement dans ses bras.
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Un matin, Leyssa se leva plus tôt que d'habitude. Elle sortit sur le balcon, la petite blottie contre sa poitrine dans une écharpe de portage. L'air était froid, vif, mais apaisant.
Woody la rejoignit avec deux tasses de chocolat chaud. Il n'avait rien dit, mais il savait qu'elle avait besoin d'un moment de calme.
- Je crois... qu'on va partir, dit-elle soudainement.
Il se figea.
- En Italie ?
Elle hocha la tête.
- Pas pour te faire plaisir. Ni pour ton argent. Mais parce qu'ici... tout est compliqué. Et je veux qu'elle ait une vie douce. Je ne veux pas me battre contre le monde chaque jour. Mais je garde mes conditions.
- Dis-les.
- Elle ne sera pas élevée comme une princesse. Elle aura des règles. Des responsabilités. Et surtout, de l'amour. Pas de luxe.
- C'est parfait, Leyssa. C'est tout ce que je veux.
Elle le regarda, longtemps.
Et dans son regard, il lut quelque chose de nouveau : de l'espoir.
Peut-être que tout n'était pas encore guéri.
Mais une chose était sûre : ils formaient désormais une famille.
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Amour Inattendu
AbenteuerLeyssa, une jeune collégienne vivant à New York avec sa grande sœur Cloé, tente de se reconstruire après la mort de ses parents. Mais à la suite d'un simple conflit amical, elle prend une décision qui va bouleverser sa vie à jamais...
