Chapitre 34

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Oriana

Depuis une semaine, il me suivait au pied.

Pas une seconde sans que je sente sa présence derrière moi. Silencieux, attentif, presque dévoué. Il anticipait mes gestes, mes silences, mes humeurs. Il faisait tout ce que je lui demandais. Absolument tout.

Et le pire, c'est que ça ne me déplaisait pas.

Non. Ce n'était pas vrai. Ça ne devait pas me plaire.

Parce que Lino n'était qu'un outil. Un problème à régler. Une erreur du passé qui respirait encore.
Et moi, je ne laissais jamais mes erreurs en vie.

Mon plan était en route depuis bien plus longtemps que cette semaine. Il mûrissait dans un coin de mon esprit, nourri par la rancœur, par les nuits sans sommeil, par la rage que je refusais d'admettre. D'ici deux jours, tout serait terminé. Proprement. Sans vague. Comme toujours.

Mais ce soir...
Ce soir, je pouvais agir.

Il suffisait d'une ouverture. Une seule. Dès que j'aurais une touche, je la saisirais.

Je m'arrêtai devant la baie vitrée du bureau, de son bureau, observant la ville s'étendre sous mes pieds. Lumières artificielles, vies factices. Le monde de la mafia ressemblait à ça : brillant de loin, pourri de près.

Derrière moi, je sentis son regard.

- Lino ?

- Oui.

Sa voix était calme. Toujours calme avec moi. Comme si rien ne pouvait l'atteindre tant que j'étais là.

Je me retournai lentement, le jaugeant. Grand, solide, dangereux — et pourtant désarmé face à moi. Fou amoureux. Pathétique, diraient certains. Moi, je dirais... pratique.

- Tu sais, j'aimerais bien aller voir le coucher de soleil sur une colline... Ça ne te tente pas ?

Il n'hésita même pas.

- Tout ce qui pourra te faire plaisir.

Ces mots me firent l'effet d'une gifle invisible.
Tu ne devrais pas dire ça.
Tu ne devrais jamais dire ça.

Mais je hochai la tête, feignant l'indifférence.

- Parfait. Et je ne veux aucun garde du corps.

Son regard se durcit une fraction de seconde. Juste assez pour trahir son instinct de protection.

- Oriana, ce n'est pas prudent—

- J'ai dit aucun garde du corps.

Ma voix était froide. Tranchante. Celle d'une femme qu'on ne contredit pas.

Il baissa les yeux.

- D'accord.

Toujours d'accord.

Nous quittâmes le bâtiment sans escorte. Les hommes nous regardaient passer, surpris. La rumeur courrait vite, mais personne n'osait poser de questions. J'étais la fille de personne et l'ennemie de tout le monde. On me craignait plus qu'on ne me respectait.

Cartello Où les histoires vivent. Découvrez maintenant