Chapitre 1 : Le déménagement.

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Je pinçais les cordes de la guitare, en faisant mine de savoir en jouer. C'était stupide, je le savais. Je n'étais pas douée pour ça. J'avais tout essayé pourtant : le piano, le violon et même le triangle. Ce furent des échecs cuisants malgré mes efforts : je ne possédais pas le sens du rythme. Moi, ce qui me plaisait c'était d'écrire des chansons, pas de les jouer.

-« Melody ! Tu as fait ton carton ? Me cria ma mère d'en bas des escaliers.

- Oui maman, il arrive, mon carton. » Lui répondis-je avec nonchalance.

Je détestais les déménagements. Je n'avais jamais eu le temps de prendre racine quelque part qu'on en partait déjà. Je n'avais pas non plus d'amis, j'évitais tout contact prolongé avec les gens, je ne voulais pas m'attacher inutilement. Pas d'attache, pas de problème. C'était aussi simple que ça. Et ça évitait pas mal de souffrances au moment des départs.

Je pris mon unique carton, ma guitare et mon sac et je descendis. La maison était presque entièrement vide, c'était désolant. Un an qu'on habitait dans la périphérie de Philadelphie. J'avais beaucoup aimé le soleil brûlant de l'été, les grandes places pavées, les allées d'arbres verts, les gens souriants et polis. J'espérais revenir vite à Philly. C'était une belle ville ensoleillée. La Pennsylvanie allait me manquer terriblement.

-« Dépêche-toi Melody. Je t'attends pour partir, moi. » Me rappela ma mère qui était déjà derrière le volant de sa berline grise.

Je fermai la maison à clef et je mis mes affaires dans le coffre. Je pris ensuite place à côté de ma mère, le cœur serré malgré tout. La voiture démarra, et on était déjà parties, laissant derrière nous les souvenirs de la Philadelphie pour vivre une autre vie, ailleurs. J'observai ma mère conduire du coin de l'œil : son front était plissé, faisant apparaître de petites rides aux coins de ses yeux noisette, ses cheveux longs et frisés retombaient lâchement sur ses épaules en cascade brune. Elle paraissait concentrée sur la route. J'aimais beaucoup la tête qu'elle faisait quand elle était absorbée toute entière dans une activité.

-« Où ton travail t'envoie-t-il cette fois ? Lui demandai-je en passant une de ses mèches sombres derrière son oreille.

- Dans le Vermont, à Chittenden, un endroit perdu où on ne devrait pas passer plus de six mois, me répondit-elle avec un sourire d'une blancheur éclatante.

- Il y a quoi à voir là-bas ?

- Une montagne immense au milieu d'une forêt immense. Les touristes viennent faire de la randonnée, je serais leur guide cet automne. »

Elle semblait enchantée. Son métier de guide touristique lui plaisait plus que tout, même s'il fallait beaucoup voyager. Je respectais cela mais je commençais à en avoir assez de devoir migrer d'un endroit à un autre. New York, la ville où j'étais née pendant cinq ans et demi, Washington pendant trois ans, Boston pendant trois ans et demi, Montréal pendant quatre ans, et la Philadelphie pendant un an. Elle, ça n'avait pas l'air de la déranger plus que ça. C'était pour cette raison qu'elle avait accepté ce poste dans le Vermont à plus de six heures de route de là où on était.

Je pris une grande inspiration et je me retournai pour voir la maison qui s'éloignait : encore une vie potentielle que nous n'avions pas vécue jusqu'au bout.

-« Tu penses qu'on pourra prendre racine quelque part, un jour, maman ?» Murmurai-je doucement.


Note de l'auteure concernant cette histoire : J'écris cette histoire en même temps que Cœur de Métal, cela veut dire qu'il y aura du retard parfois sur l'une ou l'autre histoire parce-que je ne suis qu'une pauvre humaine et que je ne peux pas me couper en deux. 

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