La journée s'était déroulée sans accroc, sans risque, sans rien d'exceptionnel. Pourtant, je me sentais très fatiguée. Comme si ma prise de conscience au magasin m'avait vidée de toute ma force vitale. Je ne pris pas de repas, mais ma mère ne me posa aucune question sur mon épuisement soudain. Elle ne me posait jamais de questions lorsque je me sentais mal, vu que j'étais une « grande fille ». Et ce soir, j'aurais bien aimé qu'elle m'en pose, pour une fois. Je montai dans ma chambre et un capharnaüm de pensées emmêlées m'y accompagnèrent. Je ne me changeai pas, je pris juste ma guitare et je fis semblant de savoir en jouer. Les accords résonnaient si faux qu'un terrible mal de tête fit son apparition. J'étouffais. Alors j'ouvris la fenêtre. Les astres s'allumaient doucement, la nuit recouvrait le ciel de son voile obscur et je vis les phares mobiles du petit train au loin. Je sentais le petit attrape-rêve qui se balançait doucement à mon cou.
C'est à ce moment-là que je pris ma décision de ne pas dormir de la nuit et d'aller me promener à la lueur des étoiles et de la lune. J'attendis donc d'entendre les pas de ma mère allant se coucher. Il était déjà tard. Je tournais en rond dans ma chambre pendant une durée indéterminée. Il fut encore plus tard quand je passai enfin à l'action. J'enfilai mon blouson de cuir usé et mes baskets en toile et j'enjambai ma fenêtre, en prenant bien soin de refermer les volets derrière moi. Enveloppée par l'air frais de la nuit, j'étais descendue prudemment. Heureusement, ce n'était pas très haut et j'avais pu sauter.
Je ressentais une excitation intense, comme si ce que je faisais était hors-la-loi. Je me mis à courir comme une dératée jusqu'à la forêt. Mon cœur battait la chamade. J'aimais beaucoup cette sensation nouvelle que me procurait la circulation rapide de mon sang dans mes veines. Je fermai les yeux quelques instants et ce fut comme si j'étais transportée vers un autre monde. Je m'enfonçais dans les entrailles de la forêt sombre. Elle ne me paraissait plus autant menaçante que la veille. Elle était semblable à un monstre inoffensif, mais imposant, qui m'accueillait dans son vaste royaume d'obscurité.
J'avais beau courir, la fatigue me rattrapait, malgré tous mes efforts pour la repousser. Je devais m'arrêter et reprendre mon souffle. Mon rythme cardiaque revint à la normale et ma respiration se stabilisa. Instinctivement, je tendis l'oreille. Le silence me répondit. J'étais dans une petite clairière, éclairée comme un plein jour. Je vis quelque chose de surprenant. Je me frottai les yeux, histoire d'être sûre que je ne rêvais pas. La fameuse clairière était entourée d'Asubakatchin. Ils pendaient par dizaines aux branches des arbres environnant la petite étendue d'herbe. Il y avait aussi de petits bijoux en cristal, qui se balançaient sinistrement au bout de longues lanières de cuir et qui étincelaient parfois comme de minuscules étoiles terrestres. Le tout créait une atmosphère étrange, presque mystique, et presque inquiétante. J'avais du mal à déglutir et mes mains tremblaient : je crois que la peur s'emparait de moi. Je serrais mon attrape-rêve avec un pressentiment viscéral.
Je crus que mon cœur cessait de battre lorsque j'entendis des rires qui éclataient et des chants qui brisaient le calme apparent de la nuit. Je ne savais pas qui ils étaient mais j'étais à peu près certaine qu'ils étaient tout près de là où j'étais. Il devait être une heure assez tardive, mais, sans vraiment réfléchir, je me dirigeais vers le bruit et l'agitation. La curiosité me guidait aveuglément. Sans pitié, les branches me giflaient les jambes et le vent mordait ma peau. Je distinguais un air de guitare. Un chant de fille. Un rire chaleureux. C'était une jolie musique. Il y avait une odeur de bois vert qui brûlait et de bacon qui grillait : ça sentait l'amitié qu'on partage au coin d'un feu de joie. Sans un bruit, telle une voyeuse, je me cachai derrière un arbre et je me mis à observer la joyeuse petite troupe de jeunes qui picolaient.
Mes mains se crispèrent sur l'écorce au moment où j'aperçus le garçon aux yeux vairons parmi eux. C'était lui qui jouait de la guitare. Les flammes faisaient un jeu de lumières sur sa peau cuivrée. Il paraissait très concentré. Contrairement aux autres qui dansaient autour du feu, qui buvaient et qui chahutaient à grands bruits.
Il était beau à en avoir les larmes aux yeux. En vérité, ce spectacle entier était merveilleux à contempler. Comme si d'un seul coup, le temps s'était arrêté et que la magie s'était mise à exister. Juste le temps d'une nuit. Et juste pour eux.
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Les Voyous.
AdventureIl était une fois une belle histoire avec de jeunes gens qui jouaient à devenir grands. Il était une fois une bande d'amis aux allures de voyous, qui remplissaient la vie avec des doses excessives de danger. Il était une fois une aventure de jeunes...
