Je me relevais, un peu hagarde mais très fière de ce que je venais d'accomplir. Je faisais à présent partie des Voyous. C'était officiel. Les wagons filaient à toute vitesse à travers les érables sombres de la forêt silencieuse. Seul le train, bête enragée, hurlait violemment tout son métal. Essayant de retrouver un semblant d'équilibre, je me campais tant bien que mal sur mes jambes. Les soubresauts me faisaient vaciller par moments. Je voyais les étoiles défiler, tournoyer, se mélanger, dans la nuit noire. J'étais ivre de bonheur. La lune éclairait le compartiment dans lequel j'avais atterrit. Éblouie, je me mis à tâtonner pour trouver la porte qui reliait le wagon suivant. Je voulais retrouver les autres et ainsi, faire cesser les sarcasmes de Finn envers moi.
J'entendais des éclats de rire derrière la porte alors je l'ouvris. Les Voyous étaient tous rassemblés là, visiblement autant aux anges que moi d'avoir eu cette poussée d'adrénaline incroyable. Slim fut le premier à lever les yeux vers moi. La joie qu'il ressentait faisait scintiller son regard si étrange. Mon cœur se mit à battre très fort contre mes cotes. Ce n'était plus l'adrénaline. J'avais l'envie dévorante de me blottir dans ses bras protecteurs. Cet instant enivrant dura peu de temps. Finn m'aperçut dans l'entrebâillement de la petite ouverture. Sa première réaction fut de froncer sévèrement ses sourcils noirs. Ses yeux de glace flamboyaient. Peut-être s'était-il attendu à ce que je me fracasse sur le train plutôt que je parvienne à y monter?
Progressivement, son expression changea étonnamment du tout au tout. Son visage trop maquillé se fendit d'un large sourire. Du jamais vu. Les Voyous se mirent à rire bruyamment. Tous, sauf Lana. Elle restait silencieusement seule dans son amère déception. Finn se leva et se dirigea dans ma direction. Je sentais son souffle chaud sur mes joues tant il était proche de moi. Sans prévenir, Finn me prit dans ses bras, finalement franchement joyeux de me trouver en vie.
-« Bienvenue à toi, Mel. » Déclara-t-il de sa voix grave.
Et je lui rendis son accolade.
-« Laissons le Démon terminer sa course et allons prolonger la soirée au Refuge. » Déclara Slim en esquissant un sourire malicieux.
Il était déjà penché à moitié en dehors du wagon ouvert, cherchant un endroit d'atterrissage acceptable. Ses yeux brillaient, chacun de leur couleur unique. Finn posa une main sur son épaule et lui murmura quelque chose à l'oreille. Sous la lune, ils apparaissaient comme deux esprits de la nuit.
Chacun à notre tour, nous sautâmes du train, qui avait sensiblement ralenti l'allure à l'approche d'un virage. C'était beaucoup moins difficile de descendre que de monter du train, pourtant mon épaule droite me fit encore plus souffrir. J'avais dû la cogner un peu trop fort sur le sol du wagon. Je ne m'en plaignis à personne, de peur de passer pour une faible. Malheureusement, Slim remarqua ma grimace de douleur et il me lança un regard inquiet. Je lui décochai le sourire le plus convaincant qui soit, du moins l'espérais-je.
Notre petite troupe marcha un moment avant de retrouver le bord de la route. Daiki marchait en tête, pressé de rentrer au bercail et de s'étaler de tout son long sur le grand canapé effiloché. Finn marchait en regardant le disque d'argent du ciel nocturne. Clara tenait la main à Lana et elles discutaient en riant. Robby trainait derrière nous en sifflotant joyeusement. Je marchais à côté de Slim, heureuse et silencieuse. Lui, se contentait simplement de sourire. De rares voitures nous éclairaient tous ensemble de leurs phares éblouissants. Nous formions un beau tableau, très représentatif de ce qu'on aurait pu définir par le mot « Liberté ». J'avais envie d'écrire. Un poème ou une chanson, ou juste quelques lignes au hasard, peu importe. Ces gens-là, ils méritaient qu'on les écrive. Qu'on écrive leurs noms sur du papier et sur du béton.
Quand nous fûmes arrivés au Refuge, sous le plancher du magasin des Asubakatchin. Daiki réalisa son rêve en se vautrant paresseusement. Les yeux de Finn ne me paraissaient plus aussi froids que la glace. Le masque fondait. Robby sortit sa guitare et joua quelques mélodies issues des Stereophonics. Lana apporta des bières à chacun de nous, même à moi. Clara chantait de sa voix tout à fait juste. Slim fredonnait doucement, tout proche de moi. La chanson disait I wanna get lost with you. Je trouvais que ça résumait absolument tout. On se perdait tous ensemble. J'aimais vraiment ce sentiment d'abandon. C'était beau.
Au fur et à mesure que la soirée avançait, l'alcool se fit plus fort, la musique plus écorchée, le chant plus éraillé. Daiki dormait profondément. Finn embrassait Lana avec désir. Clara continuait à chanter de façon assez chaotique tandis que Robby se trompait dans les accords en riant bruyamment. Je riais avec lui. Le moment était encore plus magique, puisque Slim me contemplait. Je me devais d'utiliser le mot « contempler » parce que c'était exactement ce qu'il faisait à cet instant-là. Il me contemplait rire avec ses amis ivres. Je devais bien être un peu partie d'ailleurs, moi aussi.
Ses yeux vairons posés ainsi sur moi semblaient s'être embrasés. Il se leva d'un seul coup et se pencha à mon oreille pour me chuchoter : « Allons vérifier l'état de cette épaule, si tu veux bien.»
Frissonnante, je n'osai pas lui dire que je n'avais plus mal. C'était un trop joli prétexte pour me retrouver seule avec lui. Depuis le temps que j'attendais ça. Robby nous lança un regard indéchiffrable. Puis, il se remit à essayer de jouer de son instrument et je finis par oublier son expression étrange.
Slim descendit le fond d'une dernière bière et je le suivis dans les escaliers. Il m'ouvrit la trappe, me laissant sortir la première. J'avais les jambes flageolantes et le souffle court. J'avais la tête qui tournait, ou bien était-ce le monde entier qui dansait devant mes yeux ?
Slim s'installa en tailleur, dos à une étagère. Il sortit de quoi se rouler une cigarette, se concentra sur cette activité sans rien dire. Il leva ses yeux originaux vers moi, comme une invitation à m'installer à côté de lui. Ce que je fis maladroitement, parce que j'avais vraiment trop bu. Je m'en rendais bien compte, j'espérais seulement que ce détail ne viendrait pas tout gâcher. J'observais ses mains qui effectuaient des gestes précis et la tige de mort qui se formait entre ses doigts. Une fois qu'il eut terminé, Slim coinça sa cigarette entre ses lèvres et il se tourna vers moi. Il posa ses mains sur mon épaule endolorie et mon corps s'enflamma de désir. Peut-être était-ce l'alcool qui me faisait cet effet-là. Mais, bien entendu, je n'étais pas assez bête pour me convaincre de ça. C'était lui. Il semblait plus puissant que toutes les boissons alcoolisées que mon sang convoyait dans mon être. Slim appuya sur ma clavicule à travers le fin tissu de mon haut et je ressentis une légère douleur.
-« Tu as mal ? Me demanda-t-il avec inquiétude.
- Je me sens bien. » Lui répondis-je avec audace.
Un sourire apparut en travers de son visage. Je n'avais rien de cassé, je le savais bien. Je devais avoir un hématome plus ou moins marqué, tout au plus. Je me sentais réellement bien, en vérité. Slim retira sa main précipitamment, soudainement gêné. Je sentis que mon visage s'empourprait. Il détourna le regard pour reprendre son assurance. Je me concentrai sur un détail de son visage. Il portait des piercings très discrets à l'oreille gauche. C'était des petites pierres violettes.
-« Tu as aimé ta rencontre avec le Démon ? S'enquit-il, les mains un peu tremblantes.
- Absolument, oui. On refait ça quand vous voulez. » Répliquai-je en arrachant de petits morceaux de peau sur mes doigts. Je faisais toujours ça lorsque j'étais nerveuse.
Slim esquissa un sourire malicieux. De petites fossettes apparaissaient aux coins de sa bouche lorsqu'il souriait. C'était joli. Je me rendis compte que mon cerveau s'était mis à emmagasiner tous les petits détails qui faisaient que Slim était beau. Pour moi, à ce moment précis, la beauté d'une personne se définissait par un ensemble de détails qu'on ne retrouvait chez aucun autre individu. Les détails qui composaient la personne de Slim le rendaient magnifique.
Mes yeux se posèrent sur ses lèvres et les siens firent de même.
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Les Voyous.
DobrodružnéIl était une fois une belle histoire avec de jeunes gens qui jouaient à devenir grands. Il était une fois une bande d'amis aux allures de voyous, qui remplissaient la vie avec des doses excessives de danger. Il était une fois une aventure de jeunes...
