Chapitre 11 : Quintessence.

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J'entendis le bruit étouffé de quelqu'un qui montait des escaliers d'un pas mal assuré, puis une trappe s'ouvrit brusquement sur ma droite entre deux rayons. Slim en sortit laborieusement. Il avait l'air d'avoir un peu bu et sa démarche était hésitante. Malgré son regard fiévreux d'alcool, lorsque ses yeux étranges se posèrent sur moi, une petite lueur s'alluma dans ses prunelles dépareillées. Il m'avait reconnue, évidemment. Un sourire, rendu imprécis par une ivresse toute relative, se dessina en travers de son visage. Malgré ma gêne, j'étais heureuse de le retrouver, ici, au milieu des Asubakatchin. Je lui rendis son sourire en baissant les yeux, légèrement embarrassée.

-« Que fais-tu là, Melody ? Me demanda t-il, curieux.

- Je...J'ai vu la lumière. Alors je... suis entrée. Je m'apprêtai justement à partir et...

- Et bien, pars. » M'interrompa durement la fille qui attendait avec une impatience désagréable, tenant toujours ses bières qui dégoulinaient sur le plancher.

Slim lui lança un regard en biais qui sonnait un peu comme une menace. Je sentis directement chez cette fille une certaine hostilité. Et ça ne me plaisait pas.

-« Tu n'as qu'à apporter les bières aux autres, Lana. » Répliqua sèchement Slim.

Lana n'émit aucune sorte de protestation, juste un petit grognement incompréhensible. Avant de refermer la trappe, elle me fusilla avec ses yeux de plomb. Je ne savais pas pour quelle raison, mais elle parut me détester déjà. Avant même de me connaître. J'en ressentais une colère grandissante, ignorant pourquoi exactement. En voyant mon trouble, Slim haussa les épaules avec nonchalance.

-« Ne fais pas trop attention à Lana. Elle est souvent comme ça, m'annonça-t-il doucement.

- Mmh... Très accueillant. » Dis-je avec une certaine agressivité.

Je me disais qu'il fallait peut-être que je parte au plus vite. Je commençais à regarder la porte, qui m'appelait comme une attirante sortie de secours. Slim m'observait du coin de l'œil.

-« Tu peux rester, si tu le souhaites, Melody. » Déclara-t-il avec la chaleur d'un sourire dans la voix.

Je crus déceler une douce invitation dans sa déclaration. Je haussai les épaules, comme il l'avait fait quelques instants avant. Étrangement, il m'avait donné envie de rester. Après tout, il restait encore quelques temps d'obscurité avant que le jour ne nous inonde de sa lumière. J'avais encore du temps devant moi. Sans me départir de mon calme apparent, je le fixai dans les yeux. L'un clair et l'autre sombre. Magnifique paradoxe de son regard qui brillait. Mon cœur battait à cause d'un mystère jusque là inexplicable. J'étais dans un magasin de jolies reliques mystiques avec un garçon que je connaissais à peine. Tout avait une dimension magique. Presque absurde. Mais c'était d'une absurdité dont on aime la complexité.

Il s'avança lentement vers la trappe et la souleva en me laissant passer avec galanterie. Je descendis les escaliers étroits et raides qui se présentaient à moi. Mes oreilles furent délicatement enveloppées par des notes mélancoliques jouées à la guitare. Une petite pièce, très basse de plafond, apparut en bas des escaliers. Des volutes de fumée chargées de tabac s'entrelaçaient dans l'air. Des cadavres de bouteilles vidées jonchaient négligemment le plancher qui craquait sous mon poids. De vieux canapés râpés et décolorés occupaient le peu d'espace disponibles. Le papier peint se détachait des murs en plâtre. C'était joli. Joliment bordélique. J'aimais bien. La guitare cessa. Les six jeunes personnes me faisaient face, un peu étonnées. Sauf Lana, évidemment. Elle me semblait amère. Je sentis la main de Slim se poser sur mon épaule, rassurante. Frisson des pieds à la tête. Je sentais le rouge me monter aux joues, incontrôlable teinte de la gêne

-« Je m'appelle Melody. » Déclarai-je d'un seul coup à la petite assemblée qui me fixait avec une curiosité avide.

Les visages se fendirent d'un sourire collectif et amical. La guitare résonna à nouveau, timidement, puis plus ardemment. Peut-être que la musique était une façon de me souhaiter la bienvenue. En tout cas, ça m'en avait tout l'air. C'était comme si j'avais lâché le poids qui pesait depuis des années sur mon dos avec tant de lourdeur. Ils me cédèrent une place sur le plus grand canapé, le vert sombre avec un nombre incalculable de petits fils qu'on aurait été tenté de tous tirer les uns après les autres. Au bout de quelques minutes, j'avais déjà l'impression de tous les connaître et d'être intégrée depuis belle lurette dans cette joyeuse bande. Un garçon aux yeux en amande me proposa une bière et j'acceptai sa proposition. Alors que je n'avais jamais rien bu de plus original dans ma vie que le jus d'oranges pressées matinal de ma mère. Le garçon brun qui jouait de la guitare m'avait lancé un sourire éclatant de blancheur sur le son d'une fausse note retentissante, et je me mis à rire. La fille blonde à côté de moi contempla mes longs cheveux avec insistance.

-« Je peux ? » Me demanda-t-elle en saisissant quelques une de mes mèches brunes sans même attendre ma réponse. Et elle me fit une tresse habilement. J'avais toujours détesté qu'on me touche les cheveux, mais étrangement, ce soir, toute sensation désagréable avait déserté mon corps et mon esprit. J'étais anesthésiée par le bonheur de la nouveauté.

Un autre garçon, tout habillé de noir, discutait silencieusement avec Lana sur un autre canapé. Ce furent les deux seules personnes qui paraissaient légèrement désapprobatrices à mon arrivée. Je n'en fis pas cas. J'étais tellement bien, là, blottie tout contre la saveur délicieuse du moment présent.

Le temps passa. Trop rapide, à mes yeux. La tête me tournait un peu, je dois l'avouer. Cette soirée ne fut que sourires et douceur. Musique et ivresse. Des fils se tissaient, solides, et on n'avait plus envie de les arracher, je crois.

Slim me regardait de ses yeux aux couleurs de la contemplation bienveillante.

-« Tu peux rester, si tu le souhaites, Melody. » Déclara-t-il pour la deuxième fois. Mais à ce moment-là, cette phrase résonna différemment. Elle sonnait semblable à une possibilité teintée d'espoir.

Les Voyous. Des histoires addictives. Découvrez maintenant