J'avais passé le reste de l'après-midi à penser à ce matin. Et à Slim.
Le thé était brûlant entre mes mains, il me réchauffait les entrailles, me fit chaud au cœur. Dans le ciel, le soir promenait son joli manteau de couleurs vives. Le soleil allait se coucher en une explosion de flammes immobiles. La forêt s'endormait dans un ultime souffle. L'ocre et le sang brûlaient en scintillant violemment, contrastant définitivement avec les nuages d'un bleu douceâtre. Le coucher du soleil ne m'avait jamais paru aussi artistique. On aurait presque dit la toile d'un grand peintre, barbouillée de couleurs chatoyantes. Le plus joli tableau du plus génial artiste. La peinture du paysage était si harmonieuse, si paisiblement bien orchestrée, que j'en avais même oublié de respirer. J'avais littéralement le souffle coupé devant tant de merveilleuses lumières colorées. La lueur presque divine du jour fuyait face aux ombres effrayantes de la nuit. Ça ressemblait presque à de la magie. Le plus beau tour de magie du plus talentueux prestidigitateur. J'étais assise à ma fenêtre, à mon rebord habituel. Je contemplais ce spectacle quelques temps, puis la somnolence m'étreignit de ses bras chaleureux. Je me sentais partir dans un de ces royaumes oniriques dont je ne sortais jamais vraiment indemne.
Je n'avais aucun souvenir d'avoir titubé jusqu'à mon lit, terrassée par la fatigue. Cependant, j'y étais couchée en chien de fusil lorsque je me réveillai en sursaut, quelques heures plus tard. Déboussolée, je me relevai. Mes yeux me faisaient mal. Ma tête tournait. Mes mains tremblaient. J'avais encore fait cet affreux cauchemar. Celui qui hante mes nuits depuis tant d'années. Je me levai, un peu fébrile, et peut-être bien un peu songeuse aussi. Un bruit sec contre mon volet me sortit de mes pensées inextricables. Comme un caillou qu'on jette. Sursaut. Frisson. Mon cœur s'emballa. Je savais. C'était Slim. D'un seul coup, j'oubliai le mauvais rêve, j'oubliai le froid qui régnait dans ma chambre sombre, j'oubliai ma mère qui dormait au bout du couloir. J'enfilai baskets et veste avec empressement. Mon sang battait fort à mes tempes. J'ouvris la fenêtre, l'âme remplie à ras bord par un profond sentiment de bonheur. Il était là. Je pouvais apercevoir sa silhouette svelte dans l'obscurité. Je sentais son regard si étrange qui se posait sur moi avec une certaine insistance.
-« Je veux bien qu'on ait toute la nuit, mais pourrais-tu te dépêcher tout de même ? » Me dit-il sur le ton de la plaisanterie.
Je ne savais même pas pourquoi, mais j'avais une envie irrépressible de rire aux éclats. Je me hissai dehors rapidement, descendit en silence et rejoignis Slim. Il faisait doux. On avançait vite sous la lune. Son parfum était frais, il sentait le propre et le vent. Une fragrance correspondant parfaitement à l'idée que je me faisais de la liberté. Je souriais dans le noir, consciente qu'il ne me voyait pas et que c'était tant mieux.
-« Où allons-nous ? Demandai-je, intriguée.
- Je t'amène voir quelque chose de joli, si tu veux bien, répondit Slim sans m'en dire davantage.
- Je veux bien. » Murmurai-je dans un souffle. Je savais bien qu'il m'emmenait dans la forêt silencieuse.
Le chemin de terre battue défilait doucement sous nos pieds. Nous n'étions pas pressés. Slim me guida jusqu'à un chêne qui paraissait très ancien tant il était large et haut. Une échelle de corde était dissimulée par le feuillage des branches les plus basses. Elle menait à une petite plateforme en planches, ayant été construite sur la branche la plus forte de l'arbre centenaire.
-« Va falloir grimper en haut. » M'informa Slim.
Sans même attendre ma réponse de protestation, il se mit à l'ascension du tronc énorme à l'écorce rugueuse, avec l'aide de la corde. Il possédait une aisance certaine à l'escalade des vieux arbres. J'eus un léger moment de flottement, hésitante et craintive. Puis, je l'imitai, en moins bien évidemment. Mes poumons asthmatiques s'étaient enflammés sous le feu de l'effort que je fournissais. Je m'accrochai avec désespoir à l'échelle de corde usée. Essoufflée, je vis le bout du calvaire lorsque Slim me tendit son bras pour m'aider à monter sur le petit plancher aménagé. Je me saisis de sa main et il me hissa sans grand mal sur le perchoir. Le contact avec sa peau était doux, chaud et rassurant. La tête me tournait quelques instants.
-« Voilà, c'est ici. C'est mon observatoire pour admirer les lumières mortes dans les cieux obscurs. » Déclara Slim dans un chuchotement qui vint se perdre dans l'air doucereux de la nuit calme.
Nous nous allongeâmes face à l'univers, épaule contre épaule, et nos pieds se balancèrent dans le vide. La beauté de l'endroit m'éblouissait sombrement. La respiration de la forêt était régulière comme celle d'un enfant qui dort. On entendait le froissement des ailes des oiseaux nocturnes et le crissement des insectes dans l'herbe noire en bas. Les astres éclairaient paisiblement le ciel d'encre au dessus de nos têtes. Ça sentait la nuit. Comme une odeur de sommeil. Un sourire s'était dessiné en travers de mon visage malgré moi.
-« Tu viens ici souvent ? Lui demandai-je, voulant en savoir plus.
- Aussi souvent que possible, me répondit-il doucement.
- Pourquoi tu m'as emmené moi ? Répliquai-je, sur la défensive.
- Pour te remercier de m'avoir aidé à accrocher les Asubakatchin cet après-midi. » M'expliqua-t-il brièvement.
Son explication me convenait dans la mesure où je ne voulais pas vraiment savoir. J'ai toujours aimé les mystères.
Je me tus à partir de cet instant, ne voulant en aucun cas briser l'harmonie que nous offrait généreusement la nuit.
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Les Voyous.
PrzygodoweIl était une fois une belle histoire avec de jeunes gens qui jouaient à devenir grands. Il était une fois une bande d'amis aux allures de voyous, qui remplissaient la vie avec des doses excessives de danger. Il était une fois une aventure de jeunes...
