Je ne savais même pas pourquoi j'avais accepté cette demande étrange, venue d'un inconnu. J'avais donc aidé le jeune Indien à accrocher les attrapes-rêves dans les arbres à l'aide du fil blanc qu'il avait apporté. La tâche ne fut pas très difficile et elle s'effectua dans un silence serein, pas gênant mais serein. Ce genre de silence magique dont on ne pouvait pas se passer, et qu'aucune musique n'avait le pouvoir d'égaler tant il était beau. J'admirais chaque Asubakatchin avec émerveillement : tous étaient incroyablement sublimes, tissés minutieusement par des mains expertes et habiles.
Lorsque j'étais trop petite pour nouer la ficelle, il volait à mon secours, tout en me décochant un sourire amusé qui lui octroyait un charme abyssal. Il savait parfaitement ce qu'il faisait, comme si ça avait été une habitude pour lui de suspendre des reliques au milieu d'un océan de verdure. Je crois bien que je retrouvais en lui un peu de cette beauté sauvage qui caractérisait la forêt. Nous n'avions pas échangé un seul mot. Seuls nos yeux parlaient. Ils faisaient connaissance en silence. Et les siens m'hypnotisèrent par leur particularité. Je me demandais ce qu'il trouvait dans les miens. Peut-être bien la banalité qui lui manquait.
Nous avions terminé vers midi ou midi trente. La notion du temps nous avait échappé, à l'un comme à l'autre. Il ramassa la ficelle en trop, l'enroula autour de sa main gauche et puis, dans un geste un peu solennel, il me tendit sa main droite. Je la serrais avec amusement.
-« Merci pour l'aide, déclara-t-il en révélant ses dents droites et blanches. Ses yeux étranges me dévisagèrent longuement.
- Ce fut un plaisir, lui répondis-je en rassemblant toute l'assurance dont j'étais capable.
- Je t'ai vue hier soir, tu sais, lâcha-t-il en plissant les yeux. Son ton était grave, mais son sourire n'avait pas disparu pour autant. Je me sentais un peu mal-à-l'aise. Je m'arrachais la peau des doigts, comme à chaque fois que j'étais nerveuse.
- Je pensais que tu aurais voulu nous rejoindre, mais tu es repartie comme tu étais venue, continua-t-il sans se départir de son sourire.
- Je ne voulais pas déranger, je n'étais que de...passage, répondis-je en tâchant de garder mon calme.
- On est tous de passage. Faut profiter tant qu'on le peut. Tu aurais dû venir. » Me dit-il en effaçant son sourire et en contemplant la clairière qu'on avait clôturée de capteurs de rêves.
Nous nous mîmes à marcher sur l'étroit sentier de terre battue qui menait au chalet. Il ne disait plus un mot et observait les cimes des arbres rouges. Et moi je le contemplais du coin de l'œil, fascinée. Il avait les cheveux mi-longs et noirs comme de l'encre. Cette tignasse sombre encadrait son visage aux traits fins mais durs. Sa mâchoire était joliment marquée et sa peau apparaissait cuivrée sous le soleil de la fin de l'été. Il était bien plus grand que moi, sans l'être trop. Robuste et agile furent les deux seuls mots qui me vinrent à l'esprit pour le décrire physiquement. Chacun de ses gestes étaient animés par une certaine aisance, une sorte de fluidité naturelle. Tout ce qu'il effectuait semblait si facile, si instinctif. Il évitait les ornières du chemin comme s'il les connaissait par cœur, il se baissait sous les branches qu'il savait trop basses, il sautait par-dessus les flaques d'eau avec souplesse.
Et puis, il y avait ses yeux. Un regard comme je n'en avais encore jamais vu. L'hétérochromie irienne n'était pas chose courante, mais des yeux vairons tels que les siens paraissaient être plus rares encore. Son iris gauche était d'un joli marron foncé, qui semblait par moment devenir presque noir. Tandis que son iris droit était coloré d'un vert sublime et hypnotisant. Le tout ressemblait à un contraste permanent, à quelque chose de si beau qu'on ne pouvait détacher son regard du sien. J'avais dû mal à ne pas être perturbée lorsqu'il me regardait en face. Peut-être même qu'il en jouait, je ne savais pas trop.
Le chalet apparut au bout du petit chemin, et j'en fus presque déçue.
-« C'est chez moi. Tu veux entrer un moment ? Lui proposai-je avec espérance. Sa réponse ne se fit pas attendre très longtemps. Et mon espoir s'évapora rapidement aussi.
- Non, merci. J'ai des choses à faire cet après-midi. »
Il ralentit le pas à la fin du sentier, à l'orée de la forêt.
-« C'est ici qu'on se sépare, déclara-t-il avec un petit sourire.
- Mouais. » Fis-je en haussant les épaules.
Il fit une moue amusée et me fixa avec ses yeux uniques quelques instants. Je baissai les miens, gênée par l'étrange intérêt qu'il me portait. Il fit demi-tour sans rien dire, et moi je restais là, seule, à contempler ma toute nouvelle maison.
J'entendis un sifflement strident derrière moi et je me retournai automatiquement. Il avait stoppé son cheminement rapide.
-« Au fait, comment tu t'appelles ? Me demanda-t-il. Il était déjà à quelques mètres de moi, je ne pouvais donc pas apercevoir l'expression de son visage. Mon cœur se gonfla presque douloureusement.
- Mélody Brown. Et toi ? Interrogeai-je.
- Slim... Slim, c'est tout. » Répondit-il en affichant un sourire éclatant.
Et sur ce, il reprit sa route en sens inverse de moi.
Mes doigts se posèrent doucement sur le petit attrape-rêves qui oscillait autour de mon cou.
Slim.
Ce fut comme si ce nom peu commun s'imprimait indélébilement dans mon cerveau.
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Les Voyous.
AdventureIl était une fois une belle histoire avec de jeunes gens qui jouaient à devenir grands. Il était une fois une bande d'amis aux allures de voyous, qui remplissaient la vie avec des doses excessives de danger. Il était une fois une aventure de jeunes...
