Beauté endormie

49 8 9
                                        

Ses parents venaient de quitter la grande chambre. Je pouvais m'y faufiler à mon tour sans que l'on ne me voit, telle une ombre discrète et furtive qui glisse le long des murs sans attirer la moindre attention. Je n'avais jamais été là-dedans avant. Plusieurs occasions m'avaient été données mais je n'avais jamais osé, craignant la réaction que ma présence allait susciter. Mais maintenant, j'y étais, pour elle, pour l'amour que je lui porte. Elle étais allongée, paisiblement, au milieu d'un draps soyeux et de gracieux cousins.

Je me suis approché, à petits pas, ayant peur de la réveiller, de la déranger, ou même d'attirer l'attention de ses parents. Plus je m'approchais, plus je sentais comme un malaise à me trouver dans la chambre où elle se reposait tranquillement, paisiblement, dans un calme des plus plats. Je sentais l'angoisse saisir mon ventre et le tordre dans tous les sens, mon cœur s'accélérait petit à petit jusqu'à ce que mon crâne puisse ressentir chacun des battements.

Mes pas lents m'avaient mené au bord de sa couchette. Ses cheveux ondulaient harmonieusement le long l'oreiller, ses boucles étaient si bien formées qu'elle étaient semblables à l'eau des rivières gelées qui coulent dans les cascades enneigées. Elle était si unique, si jolie, si parfaite que sa chevelure ne pouvait se décoiffer même dans le sommeil le plus profond.

Son teint parfait laissait sur son visage un air serein et innocent. Un léger et doux sourire se dessinait sur ses lèvres pulpeuses et profondément rouges me laissant tout le loisir d'imaginer à quoi elle pouvait bien songer.

Ses mains étaient immobiles, posées de manière simple mais parfaite. Semblable aux grandes déesses de l'Olympe enroulées d'un draps aux nuances des nuages, elle se reposait dans une position de divine pureté.

Son odeur était pareille à celle de toujours, à celle qui m'enivrait tous les jours au lycée à chaque fois que je la croisais. Celle dont je me rappelais encore quand je rentrais chez moi. Celle qui émoustillait mes narines si fragiles et sensibles aux plus somptueuses des senteurs.

Dix minutes étaient déjà passées, et mon envoutement ne m'avait pas quitté. Il n'y a rien de plus beau et délicat qu'une jeune fille endormie profondément. Sa grande beauté attirait mon regard et empêchait mon esprit de donner l'ordre à mon corps de partir. J'étais aspiré par tant de délicatesse et de douceur qui dormait ici devant moi, au milieu des draps soyeux.

Soudain, une envie me saisit, une envie si interdite, folle mais si évidente à la fois. Je tremblait à cette idée mais je savais que je devais le faire, pour moi, au moins une fois. Je me suis relevé puis je me suis penché au dessus d'elle, lentement, de peur qu'elle ne se réveille. Mais elle ne me remarqua pas, évidemment. Une fois si proche, je commençais à vouloir partir, courir, m'échapper de ma folle envie. Mais je la voyais, si belle, si pure, si calme, si douce. Alors mes lèvres, comme attirées par une force puissante et imbattable, se sont baissées vers les siennes. Le contact fut rude, salé par les gouttes qui venaient perler ma joue. Un baiser, juste ça, un baiser mortel, un baiser froid.

Une larme venait de basculer au bout de mon menton pour partir dans une chute libre vers linconnu. Elle atterrit sur son visage, laissant s'effacer un bout de son maquillage. Une perle de tristesse qui venait marquer à jamais la cause de son existence.

Je fermai mes yeux, posant un voile devant la raison de tant de chagrin. Alors en essuyant ma joue, je me fis une raison: il était temps de partir, le cortège allait commencer et il était temps de fermer le cercueil.

N O U V E L L E SDes histoires addictives. Découvrez maintenant