Immobile, elle observait le souffle calme et lent de Poséidon qui soulevait les flots sur de simples hauteurs avant qu'ils ne s'écrasent sur les fins grains de sable, perturbant leur organisation. La chaleur du ciel faisait tanguer l'horizon, donnant l'impression que tout le domaine du dieu de la mer s'élevait dans les cieux petit à petit.
La jeune femme fixait le tableau qui s'offrait à elle chaque jour, l'horizon. Une ligne immobile et continue, inerte, régulière qui n'apportait aucun divertissement. Elle avait beau avoir fait le tour de l'île, exploré chaque recoin, elle retombait sur la même peinture.
Chaque jour, elle osait espérer rencontrer la pluie, sentir ces gouttes ruisseler sur son visage, inonder ses cheveux, dégouliner sur son corps, trempant son unique et mince tissu. Elle voulait connaître une tempête, juste pour se sentir enfin de nouveau vivante. Entraînée par le souffle fou, elle pourrait ressentir la puissance infinie et impossible à égaler de la nature. Ce rappel à l'ordre de la part de l'indétrônable cosmos était tout ce qu'Ariane demandait pour se sentir à nouveau humaine. Depuis que son amour l'avait délaissée sur cette île, elle s'était enterrée, fondue, effacée jusqu'à se confondre avec la nature. Alors si celle-ci était calme, Ariane se sentait terne, vidée de tout espoir, ennuyée. Mais si les éléments naturels se déchaînaient, s'activaient, bougeaient, la jeune femme se voyait revigorée, renvoyée à ses racines humaines, ancrée dans la réalité.
Assise face à l'horizon, au milieu des remous, elle repensa au traitre qui lui avait dérobé sa confiance et son amour à l'aide d'un sourire charmeur et d'une allure héroïque. Thésée, l'homme qui l'avait convaincue de trahir sa propre famille pour finalement la fausser à son tour. Il avait levé l'ancre, détenant au creux de sa main l'amour arraché violemment de la poitrine de celle qui l'aimait, comme un trophée de plus. Elle était depuis lors, vidée d'espoir, triste, attendant la mort. Elle ne savait pas ce qu'il avait fait de son cœur. Sûrement était-il perdu à jamais dans les abysses. À cette idée, la poitrine d'Ariane se resserra douloureusement sur le néant. Sa capacité à aimer de nouveau était à jamais oubliée dans les profondeurs, là où Thésée l'avait emporté.
Une larme de plus vint rouler le long de sa joue, une perle de tristesse, une goutte d'amertume. Elle ruissela pour finalement atterrir sur le sable. Ariane baissa le regard et observa le trou que l'humidité soudaine avait façonné au milieu des grains.
Quand elle releva la tête, elle vit un magnifique et somptueux oiseau planté à quelques mètres, immobile. Il tenait dans son bec, une longue tige épaisse où étaient attachées quelque feuilles. Une plante dont Ariane ne connaissait ni la provenance, ni le nom, ni les vertues.
L'oiseau fixait la jeune femme si intensément que l'on aurait pu croire que ses yeux ne pouvaient pas se détacher de la belle silhouette féminine. Celle-ci fut intriguée par les minuscules billes qui ne la quittaient pas. Ces minuscules billes qui se perdaient au milieu de ce vaste plumage blanc, pur et soyeux.
Ariane aperçut une tâche rouge, à peine visible, qui perturbait l'harmonie des plumes aux nuances des nuages. L'oiseau se tourna légèrement, laissant ainsi entrevoir la blessure qui l'empêchait de reprendre son envol. La jeune femme put distinguer une entaille longue et profonde sur le flanc gauche de l'animal, comme une longue fissure au milieu d'une vaste plaine enneigée.
Alors, l'animal décida de se déplacer et ainsi, il s'approcha lentement de la jeune femme. Il traînait sa pate dans le sable, dessinant petit à petit une longue tranchée derrière lui. Il atteint Ariane qui, de peur d'effrayer l'oiseau, s'était relevée doucement et calmement, décida de ne point continuer à infliger tant de douleur à cette pauvre bête et se dirigea donc elle-même vers ce nouvel arrivant.
Elle s'agenouilla devant lui et il se tourna pour la laisser observer l'étendue de sa blessure.
Un sentiment de dégoût envahit Ariane. La violence avec laquelle l'oiseau avait été blessé se ressentait dans le déchirement désinvolte mais puissant qui se présentait sous les yeux de la jeune femme. La douleur transparaissait dans le regard de l'oiseau qui de ses minuscules billes, suppliait Ariane de lui venir en aide. Celle-ci, quoiqu'écoeurée devant la gravité de la blessure, dessina un sourire de bienveillance sur ses lèvres.
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N O U V E L L E S
ContoUn recueil de nouvelles, tout ce qu'il y a de plus simple... Chacune d'entre elles est indépendante. Sinon j'y met aussi les sujets d'invention que j'écris pour le lycée, allez, bonne lecture!
