Nolan se tenait debout, face au garçon assis lui sur sa chaise de bureau, exactement comme la dernière fois.
Et même s'il s'était fait explicitement invité aujourd'hui, il restait toujours aussi mal à l'aise.
– Et du coup... entreprit-il pour briser la glace. C'était pour le dessin ?
Le châtain se tourna soudainement et se pencha sur son bureau, sans lui répondre.
– Comment tu t'appelles déjà ?
– Nolan. Et ton nom est Hayden, c'est bien ça ?
– Je t'avais déjà vu, avant que tu ne montes ici, enchaîna-t-il en ignorant totalement la question du brun.
– Vraiment ? Comment ça ? Enfin où...
– Sur les sentiers plus bas. En vélo, coupa-t-il.
Nolan se remémora alors cette soirée où ils s'étaient aperçus l'un l'autre. De ce qu'il avait ressenti en croisant le regard du garçon dans le château fou.
Qui aurait cru une semaine plus tôt qu'il se retrouverait ici entre ces murs mystérieux, en sa présence même ?
– Où habites-tu ?
Il réfléchit à comment décrire la localisation de sa maison.
Elle se trouvait dans un petit quartier pavillonnaire qui faisait la jonction entre les bois et le reste de la ville. Il vivait dans cette partie calme et reculée depuis sa naissance, entouré des mêmes familles, avec les mêmes gosses qui avaient grandis avec lui -dont Alan-, des mêmes vieux vissés sur leurs chaises de jardin qui s'échangeaient les ragots de la semaine... Il avait toujours connu les mêmes barbecues, les mêmes fêtes des voisins...
Il essaya tant bien que mal d'indiquer son emplacement, donnant des noms de rues, mentionnant des lieux plus ou moins iconiques pour lui, mais le plus petit ne réagissait à rien et enchaîna :
– Tu vas au lycée ?
– Malheureusement, rit le brun.
– Quoi ? Tu n'aimes pas ça ?
Nolan ne savait pas si c'était lui mais il avait l'impression qu'au fur et à mesure de cet interrogatoire la voix du garçon se faisait moins autoritaire, mais timidement intéressée. Il ne voyait pas son visage mais il l'imaginait moins fermé, ses yeux peut-être moins méfiants.
– Non je ne dirais pas que je n'aime pas ça... En fait, on a de la chance d'avoir accès à une éducation pareille. Mais les cours, les leçons, les formules à apprendre par coeur... c'est juste pas mon truc.
Il n'entendit pas de réponse pendant un moment, et pensa que le châtain en attendait plus :
– Et puis le lycée au delà des cours c'est aussi les gens, l'ambiance générale... Moi je n'ai pas à me plaindre de ce côté, je crois que les gens m'apprécient et puis j'ai mes potes. En fait je mentirais si je disais que je détestais le lycée... j'y ai rencontré de belles personnes, et pas mal d'abrutis aussi, mais c'est ça qui m'a forgé et qui m'a appris beaucoup de choses de la vie. Sur les autres, sur moi même... des choses qu'on ne peut pas apprendre seul ou dans des livres...
Subitement le châtain chiffonna la feuille sur laquelle il était concentré faisant sursauter Nolan et le coupant dans ces paroles.
Il jeta la boule de papier dans la corbeille à côté :
– Excuse-moi. Tu disais ?
Nolan bafouilla.
– Je... j'ai oublié où j'en étais, et c'était pas super intéressant... rit-il un peu embarrassé. Et sinon toi ? Tu aimes ton lycée ?
Il y eut un silence pendant lequel on n'entendait plus que les coups de crayons sur la feuille, puis le châtain haussa les épaules.
– Et en quelle année es-tu ? Continua Nolan, cherchant à prolonger la discussion.
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Le Petit Prince
Genç Kurgu"Le château fou". Voici le nom qu'avaient choisis les citadins pour désigner cette maison farfelue qu'on voyait émerger du coeur de la forêt au loin, au dessus de la crique. Personne ne savait grand chose sur la famille qui y habitait et la plupart...
