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    Darwin était un homme fort. Sous ses allures de paternel collant, il cachait une force mentale peu commune. Il n'était pas un homme de terrain, celui qui risque sa peau. Lui risquait son âme. Depuis toujours, c'était Darwin qui interrogeait les suspects. La salle d'interrogatoire était devenue son domaine, son petit espace. Là où il pouvait démontrer tout ce dont il était capable. Il demandait toujours à quelqu'un de l'accompagner. Les autres passaient à tour de rôle, en fonction de qui en avait envie. Puis Darwin ne réclama plus que Valérian pour l'assister. Il disait qu'il avait cette tête, vous savez, qu'on aime dès le premier regard. Ce genre de personne à qui on pourrait faire confiance sans même la connaître. Une tête familière. C'était pour cela que parfois même des inconnus le taquinait, se moquaient gentiment de lui. "T'as une tête qui revient, disait toujours Jill. Une bonne tête amicale. Les gens vont automatiquement vers toi pour apprendre à te connaître parce qu'ils te trouvent agréable." Mais si Darwin demandait Valérian à ses côtés, le jeune homme savait parfaitement que ce n'était pas seulement à cause de son physique que les inconnus aimaient. Le lieutenant connaissait son habileté à analyser les comportements, le langage du corps. Et ce talent leur était précieux. Darwin et Valérian devinrent donc les deux maîtres de la salle.

    Ce jour-là, comme tous les autres jours, ce fut à eux de poser des questions à la jeune femme sanglotante. Elle n'avait pas voulu faire son dépôt de plainte devant tous les officiers du poste et préférait que seuls les membres de l'équipe de Darwin l'entende. Plein d'empathie, Darwin l'avait entraînée dans la salle réservée à l'interrogatoire des suspects. Sa salle.

-Puis-je vous demander votre nom ? demanda aimablement Valérian en attendant que l'inconnue arrête de sangloter.

-Alicia Oldman, répondit la jeune femme, les joues sèches mais les yeux toujours rouges.

-Quel âge avez-vous ?

-34 ans.

-Votre adresse ? s'enquit Valérian.

    Alicia soupira et leva des yeux exaspérés. Sa patience ne semblait tenir qu'à un fil. Et, au fond de ses yeux, Valérian pouvait lire la raison de son agitation.

-Le 34 Baeker Street, répondit-elle finalement.

-Et quel métier exercez-vous ?

-Est-ce que c'est vraiment important ? Quel est le rapport avec mon agression ?

La jeune femme chercha Darwin Page du regard, dans l'espoir que ce dernier la soutienne. Mais il prolongea son silence et nota les informations données par Alicia dans le formulaire. Cette dernière ne cessait de gigoter sur son siège, mal à l'aise et anxieuse.

-C'est la procédure, madame... Je suis désolé si ça prend un peu de temps, j'ai conscience que vous n'aimez pas être ici. Surtout pour parler de ce genre d'agressions, soupira Valérian. Mais, s'il vous plait, rendez-vous service et soyez patiente.

    Oldman passa sa main sur son visage, la lèvre inférieur tremblante à nouveau. Elle était fébrile.

-J'ai un salon de coiffure, j'en suis la gérante.

    La main de Darwin survolait le formulaire au fur et à mesure des informations données.

-Est-ce que vous êtes mariée ? continua Valérian.

    Les yeux d'Alicia se perdirent quelques instants, se voilant comme le ciel se voile un jour de pluie. Ce trouble ne dura qu'une seconde, peut-être deux, et Darwin, le nez sur sa feuille, ne s'en rendit pas compte. Mais Valérian, attentif, l'avait perçu.

-Divorcée, lâcha-t-elle dans un souffle.

-Depuis longtemps ?

-Ca doit faire cinq ans...

Moonless NightOù les histoires vivent. Découvrez maintenant