Avec beaucoup de délicatesse, Valérian souleva le tissu imbibé de sang, dévoilant le regard sans vie d'Alicia. De la plaie béante de ses poignets sectionnés s'écoulait un sombre et gluant liquide. L'arrière de sa tête était à moitié défoncée par un objet que Valérian ne pouvait identifier, sûrement affreusement banal. Son corps nu, blanc et tendre semblait meurtri sans avoir reçu un seul coup. Encore une fois, Valérian ressenti une légère gêne à la vu de l'intimité de la femme. Son cœur l'avait laissé à l'extérieur de la maison car il sentit un immense vide dans sa poitrine. Cette absence le faisait étrangement souffrir, mais il n'en dit rien, n'y prêta pas même attention. Ses sens s'étaient portés sur les autres corps présents dans la pièce. Alicia n'était pas le seul cadavre que la Mort avait laissée derrière elle.
Les officiers étaient là, une balle logée entre les deux yeux. Symétrie parfaite. D'une perfection écœurante. Valérian imagina son visage à la place des leur et fut secoué d'un frisson. Cette vision ne rendait sa peur que plus justifiée et il n'avait pas besoin de ces confirmations sanglantes. Il sentait la mort se rapprocher petit à petit de lui, avec sa grande faux et ses doigts squelettiques. Sa longue cape déchirée, dépecée, lacérée qui flottait dans une brise imaginaire.
-Valérian ?
Jill se tenait près des autres officiers, la mine inquiète.
-Ca va ?
Valérian hocha la tête avec un petit sourire et se redressa.
-Je ne peux pas m'empêcher de penser que ça aurait pu être un d'entre nous, avoua-t-il.
Valérian avait tant analysé les comportements des plus grands hypocrites qu'il savait que mentir était inutile. Le mensonge était si visible, apparent. Plus on tentait de se cacher et plus on se montrait. Il avait fini par ne dire plus que la vérité car la tromperie ne menait à rien. Et Jill le savait sincère. Elle lui rendit un sourire triste.
-Mais ce n'est pas nous, Val'. Et tant bien même c'est horrible, on a pas le droit de se pisser dessus.
-Je sais bien, murmura Valérian. Mais ose me dire que cette idée ne t'as pas effleuré l'esprit, même juste une seconde ?
-Nan, j'y pense souvent en fait, glissa-t-elle. Et ça me fout une frousse de malade. Mais on a pas le choix alors on continue, c'est tout.
Elle le regarda avec une assurance qu'elle ne ressentait qu'à moitié, car le jeune homme pouvait clairement voir qu'elle aussi, elle avait peur.
-Tu as trouvé des choses intéressantes ? demanda soudainement Jill pour changer de sujet.
Valérian jeta un coup d'oeil circulaire autours de lui. Rapide, mais il avait pu distinguer chaque corps présent dans cette pièce et l'immense flaque de sang qui continuait de se former sur le plancher.
-Darwin a envoyé cinq hommes dans cette maison, fit-il. Il n'y en a que quatre.
-Ils ont trouvé le cinquième dans la rue à côté, dit Xopher en surgissant de la pièce adjacente. Il était encore en vie.
-Comment ce type a pu le louper ? s'insurgea Jill. Il centre ses balles avec une perfection presque maladive, c'est impossible !
Xopher haussa les épaules avec une petite moue qui signifiait que ce n'était pas à lui de savoir ça.
-Il a été emmené à l'hôpital ? s'enquit à nouveau Jill. Est-ce qu'il est blessé ?
-Poignets tranchés mais aucune blessure qui pourrait mettre sa vie en jeu, apparemment.
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Moonless Night
ActionPetit policier d'une brigade campagnarde, l'officier Valérian se voit chargé d'une sérieuse affaire de viol. Lui qui rêvait de grandeur et d'exploits, il réalise les dangers et menaces auxquels quiconque s'attaque au crime subissent. Les chasseurs...
