Je le dois. Je le dois. Je le dois.
Avancer malgré mon désir profond de partir à reculons. Marcher droit, ne plus jamais dévier de cet objectif qui m'a été arbitrairement fixé. Suivre les pas de l'homme que j'étais jadis et dont je ne suis guère plus que l'ombre. L'ai-je jamais été, ou n'est-ce qu'une chimère de plus qui n'a vocation à me mener qu'à ma déchéance ? À supposer bien sûr que je ne sois pas déjà au plus bas... je serais bien tenté de le croire.
Tu es ridicule, Sulys. Saches-le. Tu as bien raison de te haïr avec plus de ferveur que tu ne haïras jamais personne. Tu as le mérite de te connaître et de ne nourrir aucune illusion sur ton propre compte. Il s'agit bien de ta seule qualité.
Qu'écris-je ? Ma plume n'a quasiment plus remué au cours des trois années précédentes. Et aujourd'hui, elle ne le fait que pour écrire...
Je n'ai même plus les mots. Ils devaient être mes plus fidèles alliés, et m'ont eux aussi abandonné. Et pourtant, je ne peux me défiler au prétexte que mon seul atout n'est plus dans ma manche. Je le dois. Je le dois.
J'ignore même pourquoi je m'y oblige. La seule envie qui me reste est d'oublier ce pan de mon existence, qui m'a décidément fait plus de mal que de bien. "Ma vocation", quelle triste plaisanterie... j'en rirais très volontiers, si seulement je n'étais pas le dindon de la farce. Que faire d'une vocation qui ne m'apporte strictement rien, sinon le désir de passer l'arme à gauche ? Je n'ai qu'à peine la force d'y réfléchir, mais... y prenais-je le moindre plaisir, du temps béni où j'étais prolifique ?
Il m'est impossible de le concevoir. Comment retirer la moindre joie de cette tâche laborieuse qui me rappelle mon inutilité et mon vide intérieur dès que je tente de m'y adonner ? Pourquoi la pratiquais-je alors ? Et pourquoi tenté-je aujourd'hui encore de m'y accrocher, alors que m'immiscer dans le monde de l'écriture est sans conteste la pire décision de ma vie ?
Plus que tout arrêter, je souhaites fréquemment n'avoir jamais commencé. Cela m'aurait épargné bien des peines.
Alors pourquoi le dois-je ? Pourquoi suis-je incapable de me détacher du poison qui ronge mon être, et ne tardera pas à le consumer tout entier si je persiste à m'y complaire ? Si c'est pour moi-même que je m'y oblige, c'est que je suis finalement incapable de prendre soin de ma propre santé mentale. Et si c'est pour quelqu'un d'autre... non, quelle idée stupide. Qui donc aurait à cœur de me lire de nouveau ?
Force m'est de l'admettre... j'ai écrit aujourd'hui. "Un peu chaque jour, histoire de reprendre du poil de la bête", m'a-t-on recommandé. Quelle ironie de n'écrire que pour raconter mon rapport scabreux à cet art démoniaque.
Je ferais mieux de partir me coucher. J'ai effectué mon devoir d'écrivain : quand bien même il n'a fait qu'alourdir mon cœur, ma conscience est apaisée. Mon esprit est trop instable pour se fixer sur une seule humeur. Peut-être qu'en relisant ces lignes demain, ma souffrance actuelle me deviendra inaccessible. Exactement comme la passion que j'ai pu éprouver jadis, et qui me paraît désormais inconcevable.
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De la plume d'un lys blanc
PoesieTantôt poèmes , tantôt courtes proses, les textes présentés ici ont pour ressemblance d'avoir été rédigés par la même personne. Bien entendu votre serviteuse, mais également l'une de ses créations. Sulys Irving chérit son passé, navigue sans boussol...
