Ce matin, ma gorge s'est dénouée.
Ce fut une titanesque surprise, fort agréable de surcroit. J'avais cessé d'espérer un retour à la normale et m'étais résigné à demeurer mutique jusqu'à mon dernier soupir. Bien que cette perspective ne me tourmentât plus depuis quelques mois, la voir s'estomper est une bien bonne nouvelle. Néanmoins, la quiétude dans laquelle je baigne aujourd'hui ne peut rivaliser avec la force du désarroi qui m'a autrefois submergé. Certainement parce que j'avais accompli le deuil de ma voix.
Je suis un homme de verbe. Il s'agit de ma plus profonde certitude, du terreau de ma vocation et de l'habileté à laquelle je m'accroche afin d'affirmer la valeur de mon existence. Verbeux, pas oral ; j'ai toujours eu l'intime conviction que ma plume était ma véritable langue. Si je venais à la perdre également, je n'y survivrai certainement pas. Ce serait me priver de mon essence humaine, de mon identité, de mon âme-même.
Je me suis déjà cru vide. J'ai égaré plusieurs fragments de mon être lorsque j'ai quitté mon sanctuaire, après qu'il m'ait réciproquement abandonné. Aujourd'hui, pourtant, un brin d'espoir m'est venu sans frapper à ma porte. Il y avait bien longtemps que mes cordes vocales n'avaient plus vibré.
Une de mes pertes m'a été restituée, enfin. Les autres subsistent toujours, pareilles à autant de creux performant mon cœur et mon âme. L'un d'eux, le plus étroit, le plus moindre, est désormais comblé. Je le suis également.
Je n'y ai pas réfléchi trop longuement. Il s'agit d'un signe, d'une première victoire sur mes plaies encore entrouvertes. Ce sont les mots que j'ai rédigé ces derniers mois qui ont descellé ma voix. Qu'il en soit ainsi. Voici la route que je dois arpenter.
Mes premiers pas sur ce sentier métaphorique ont été récompensés. À présent, je dois littéralement marcher. Au terme de ce périple, mes bribes perdues m'attendent.
Mon destin est d'écrire et de me réécrire.
Je m'en irai à l'aube.
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De la plume d'un lys blanc
PoésieTantôt poèmes , tantôt courtes proses, les textes présentés ici ont pour ressemblance d'avoir été rédigés par la même personne. Bien entendu votre serviteuse, mais également l'une de ses créations. Sulys Irving chérit son passé, navigue sans boussol...
